Les attentes n’étaient pas très élevées à l’endroit des Sénateurs d’Ottawa cet hiver.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Après une victoire inattendue aux mains des Maple Leafs de Toronto lors du match d’ouverture, les choses sont revenues à la normale par la suite.

Et malgré la perspective de jours meilleurs une fois la reconstruction achevée, dans quelques années, la morosité semble s’installer parmi les fans des Sénateurs.

Depuis ce match contre les Maple Leafs, Ottawa a perdu quatre fois à la régulière et une fois en surtemps. Ils ont accordé 17 buts à leurs trois derniers matchs et en ont marqué… cinq.

L’entraîneur D.J. Smith a haussé le ton mardi. « Certains de nos joueurs prennent leur poste pour acquis, a-t-il déploré. Il faudra donner à d’autres l’occasion de montrer qu’ils peuvent travailler un peu plus fort que ceux qui sont dans la formation. »

Smith visait sans l’ombre d’un doute les vétérans. Certains d’entre eux avaient été rétrogradés mardi à l’entraînement.

Mais peut-on demander à des joueurs d’en donner plus que ce qu’ils peuvent fournir ?

Parmi les nombreuses acquisitions de Pierre Dorion pour « encadrer » ses jeunes, Derek Stepan, 30 ans, a coûté un choix de deuxième ronde. Il était sur la pente descendante depuis deux ans en Arizona, avec des saisons de 35 et 28 points.

PHOTO BOB FRID, USA TODAY SPORTS

Derek Stepan

On comprend néanmoins le choix de Dorion, dans un contexte d’austérité à Ottawa. Le salaire de Stepan occupe 6,5 millions de la masse salariale, mais il restait seulement 2 millions à lui verser pour sa dernière année de contrat.

Son embauche permettait aux Sénateurs de gonfler artificiellement sa masse salariale à moindre coût. Mais ça se complique sur la glace. Il a deux points à ses six premiers matchs et une fiche de -5. Il commencera vraisemblablement le match de mercredi soir à Vancouver sur un quatrième trio.

Erik Gudbranson a aussi permis à Pierre Dorion d’atteindre plus facilement le plancher salarial. Il touche 4 millions annuellement en cette dernière année de contrat, avec 3 millions de salaire à verser. Il a coûté un choix de cinquième ronde, offert aux Ducks. Ceux-ci avaient acquis Gudbranson au préalable pour un choix de septième ronde un an plus tôt.

PHOTO JONATHAN HAYWARD, LA PRESSE CANADIENNE

Erik Gudbranson

Mais s’imaginer transformer un défenseur de troisième paire en défenseur de premier duo (avec Thomas Chabot) relevait de l’utopie. Gudbranson reculera d’une case. C’est encore trop haut dans son cas. Il complète une paire avec l’ancien défenseur du Canadien Mike Reilly. Celui-ci avait perdu à Montréal sa bataille pour un poste aux mains de Brett Kulak et Victor Mete.

On a été généreux envers Evgeni Dadonov. Cet ailier de 31 ans a connu des saisons de 28, 28 et 25 buts en Floride, mais jouait avec de grosses pointures. On lui a offert 5 millions par saison pour trois ans. Le voilà déjà sur un troisième trio. Son contrat est structuré de façon particulière. Il touche 3,5 millions cette année et recevra 6,5 millions dans deux ans. On pourrait épargner de l’argent en rachetant l’entente l’an prochain. Mais donnons-lui encore la chance de se faire valoir.

L’acquisition du gardien Matt Murray paraissait mal le jour de la transaction et elle parait encore plus mal aujourd’hui. Murray avait perdu son poste de numéro un à Pittsburgh l’hiver dernier. Son taux d’arrêts n’atteignait même pas le seuil du .900.

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Matt Murray

Les Penguins cherchaient à s’en départir pour alléger leur masse salariale. Les Sénateurs leur ont rendus ce service. On leur a même offert un choix de deuxième ronde en prime. Pierre Dorion l’a enrichi de 25 millions pour quatre ans, soit 6,25 millions par saison. Après cinq matchs, Murray affiche une moyenne de 4,47 et un taux d’arrêts de .862…

Évidemment, les Sénateurs seraient plus compétitifs si certains jeunes avaient épaté au camp d’entraînement. Mais Logan Brown, Alex Formenton, Erik Brannstrom et Lassi Tompson, tous des choix de première ronde, sauf Formenton, sont au camp d’entraînement des Sénateurs de Belleville et non à Ottawa à l’heure actuelle.

Parmi les rares bonnes nouvelles, le premier trio composé de Josh Norris, Brady Tkachuk et Drake Batherson, tous âgés de 22 ans ou moins, fait bien dans les circonstances. Ils totalisent 11 points en six matchs.

PHOTO JOHN WOODS, LA PRESSE CANADIENNE

Josh Norris et Brady Tkachuk

Le colosse Nick Paul, qui traine dans les mineures depuis son arrivée à Ottawa dans l’échange de Jason Spezza en 2014, connait un bon début de saison.

Tim Stützle, troisième choix au total en 2020, a marqué un but spectaculaire, mais ça reste difficile dans l’ensemble et c’est normal pour un jeune de 19 ans. Le premier choix au total Alexis Lafrenière a d’ailleurs été blanchi à ses six premiers matchs à New York (on rappelle, pour des fins d’analyse, que Jesperi Kotkaniemi avait 19 ans l’an dernier…).

Il faudra aussi attendre le défenseur Jake Sanderson, cinquième choix au total, solide au Championnat mondial junior. Il a cinq points en neuf matchs à l’Université North Dakota. Son coéquipier Shane Pinto, repêché en deuxième ronde en 2019, connait une très bonne saison lui aussi avec 19 points en 16 matchs.

À ce rythme, les Sénateurs repêcheront aussi probablement à nouveau dans le top 3 cette année. Ils seront sans doute très bons un jour. Mais pas tout de suite.

À lire

1- Philippe Cantin se remémore une interview avec Joey Saputo en 1996. Les progrès immenses de l’organisation au fil des ans. Fallait-il effacer l’histoire de cette équipe en changeant de nom, se demande Philippe ? Devinez sa réponse…

2- Malgré ses victoires, le Canadien ne joue pas très bien défensivement. Claude Julien y veille, Simon-Olivier Lorange analyse.

3- Nos athlètes olympiques commencent à trouver lourdes toutes ces rumeurs sur la possible annulation des Jeux. On les comprend. Simon Drouin leur a parlé.