L'ancien DG félicite Marc Bergevin pour l’arrivée des nouveaux-venus à Montréal, notamment Josh Anderson

Publié le 22 janv. 2021
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Serge Savard est le dernier DG à avoir soulevé la Coupe Stanley à Montréal, il y a bientôt 28 ans. Lui ont succédé Réjean Houle, André Savard, Bob Gainey, Pierre Gauthier et Marc Bergevin. La version actuelle du Canadien est-elle la meilleure depuis 1993 ?

« Oui, sans aucun doute, répond Savard sans hésitation. J’étais un de ceux qui mentionnaient souvent que le Canadien avait un des plus petits clubs de la Ligue. Quand tu arrivais dans les moments importants contre les équipes aspirantes à la Coupe Stanley, le mot d’ordre, c’était de nous frapper. Quand Victor Mete est dans tes deux ou trois meilleurs défenseurs, tu es dans le trouble. Du jour au lendemain, on devient l’un des gros clubs de la Ligue avec ce qu’on a ajouté. C’est en plein ce dont le Canadien avait besoin. En plus, tout le monde dit que le Canadien a le meilleur gardien de la Ligue. »

Serge Savard s’est donc demandé s’il ne rêvait pas éveillé en apprenant l’arrivée de Josh Anderson à Montréal en retour de Max Domi, le 6 octobre.

« Des gros bonhommes comme ça, tu ne peux pas les laisser partir, confiait cette semaine à La Presse l’ancien DG du Canadien joint à Hilton Head, en Caroline du Nord, où il passe ses hivers. Je sais qu’il a été blessé et qu’il y avait cette histoire de contrat, mais c’était le meilleur joueur sur la glace dans la série entre les Blue Jackets [de Columbus] et le Lightning, il y a deux ans… »

Savard a vu Anderson marquer deux buts à son premier match dans l’uniforme du Canadien, la semaine dernière à Toronto. Il n’a pas été étonné.

Il me rappelle Cam Neely. Il est capable de marquer des buts et il est tough.

Serge Savard, au sujet de Josh Anderson

Surtout, Anderson donne au Canadien une nouvelle identité, estime celui dont le numéro 18 a été retiré en novembre 2006. « Quand j’ai obtenu Bobby Smith [en octobre 1983], je ne dis pas que c’est lui qui m’a fait gagner la Coupe en 1986, mais il m’a donné une nouvelle dimension dans l’équipe. C’est ça qu’Anderson amène. La même chose en 1993 avec [Vincent] Damphousse contre [Shayne] Corson, qui était au bout du rouleau. Il nous a donné une dimension qu’on n’avait pas. Ce sont des petits détails qui font que tout est arrivé après. »

PHOTO DENIS COURVILLE, ARCHIVES LA PRESSE

Mats Naslund et Bobby Smith (au centre), le 15 mars 1989

Damphousse, devenu analyste à RDS, comparait justement Anderson à son ancien coéquipier John LeClair en ondes cette semaine. LeClair n’a jamais débloqué à Montréal, sauf en séries éliminatoires lors de la conquête de la Coupe Stanley en 1993, mais il a connu quelques années de 50 buts ou plus à Philadelphie.

« John Leclair, c’était un gros bonhomme lui aussi [Josh Anderson mesure 6 pi 3 po et pèse 225 livres], il a eu du succès, surtout à Philadelphie, mais il n’était pas robuste. Anderson, lui, est agressif. Il est gros et il frappe. »

Serge Savard n’était pas un grand fan de Max Domi, malgré sa récolte de 72 points lors de sa première saison à Montréal il y a deux ans, après avoir été obtenu pour Alex Galchenyuk.

« C’est un bon patineur, mais je ne trouve pas qu’il a un grand sens du jeu. Aussitôt qu’il avait la rondelle, il tirait ou, quand c’était serré, il s’en débarrassait. Ce n’était pas un fabricant de jeu. C’est une bénédiction, un échange comme ça. Il ne comprend pas le jeu. »

Savard prône la patience avec Kotkaniemi

Savard, souvent critique à l’égard du Canadien ces dernières années, aime beaucoup l’équipe actuelle. « Quand tu ramènes des joueurs comme ça, c’est de toute beauté pour le Canadien. Tu avais des joueurs de troisième ou quatrième trio qui étaient sur le premier ou le deuxième trio, mais maintenant, tout le monde tombe dans sa chaise. »

En 1983, Savard croyait avoir trouvé son gros attaquant de puissance. Il avait échangé Doug Wickenheiser, Gilbert Delorme et Greg Paslawski pour obtenir Perry Turnbull, un colosse de 6 pi 2 po et 200 livres qui venait de connaître trois saisons de 30 buts ou plus à St. Louis. L’expérience n’a pas été concluante et Turnbull a été échangé six mois plus tard pour Lucien Deblois.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Serge Savard

« Perry Turnbull n’avait aucun sens du jeu », répond l’ancien DG et capitaine du CH, qui garde la forme en jouant au golf cinq jours par semaine à Hilton Head. « Il arrivait dans le coin, le défenseur faisait une feinte d’un côté et il partait du mauvais bord. Il n’était pas capable de tourner. Ça n’était pas un bon joueur de hockey. C’était un gros bonhomme, il patinait, mais il ne comprenait pas le jeu. »

Savard n’a jamais craint de faire confiance aux jeunes à l’époque. Il aime la relève du CH. « [Nick] Suzuki, ça fait depuis qu’on le voit qu’on sait qu’il va devenir un joueur d’impact pour le club de hockey Canadien. Il est même un peu plus grand que je pensais. [Alexander] Romanov, je l’ai vu au tournoi junior, j’ai vu son but contre Edmonton. Je ne le connais pas assez pour le juger, mais avec tout le bien qu’on dit de lui, et faire l’équipe à 20 ans, ça en dit long. »

Il prône aussi la patience envers Jesperi Kotkaniemi.

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

Jesperi Kotkaniemi

Il a du potentiel. Et contrairement à Domi, il a un sens du hockey et un bon tir. C’est juste une question de temps. Il était peut-être un peu tôt pour lui les deux premières saisons. Tu dois lui donner une couple d’années au moins.

Serge Savard, au sujet de Jesperi Kotkaniemi

Bobby Smith et Vincent Damphousse demeurent les transactions les plus importantes de Serge Savard. Le choix au repêchage dont il est le plus fier ?

« Patrick Roy en troisième ronde [en 1984], répond-il sans grande surprise. Tu regardes tout ce qu’il a accompli, mais je savais qu’on l’aurait en troisième ronde. Personne ne prenait de gardien de bonne heure et il jouait pour le pire club junior au Canada. J’avais obtenu un choix de troisième ronde de Winnipeg pour l’avoir. Mais ce dont je suis le plus fier, à part Patrick, c’est d’avoir gagné la Coupe Stanley en 1986 avec neuf joueurs de mes deux premiers repêchages, et quelques agents libres comme [Brian] Skrudland et [Mike] Lalor. [Notre recruteur] André Boudrias était très bon. Il avait du talent comme joueur et il aimait repêcher des joueurs de talent. »

Le Canadien a un club au goût de Serge Savard. Reste maintenant le plus ardu à accomplir. « On ne devait pas gagner en 1993, mais on avait un club soudé et on s’est améliorés à chaque ronde. Tu as beau avoir une bonne équipe, tu dois l’emmener dans le contexte favorable. »