(Brossard) Le soir de l’affrontement inaugural entre le Canadien et les Hurricanes de la Caroline, le 3 octobre 2019, Phillip Danault, 26 ans, tombait exactement dans la moyenne d’âge des joueurs de centre de son équipe.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Il dépassait légèrement Max Domi (24 ans) et largement Jesperi Kotkaniemi (19), mais il était bien loin derrière Nate Thompson, qui s’apprêtait à fêter ses 35 ans.

Lorsque le Tricolore affrontera les Maple Leafs de Toronto, mercredi soir, en lever de rideau de la saison 2020-2021, le même Danault, 27 ans, sera désormais le doyen d’une ligne de centre rajeunie complétée par Kotkaniemi (20 ans), Nick Suzuki (21) et Jake Evans (24). La nouvelle moyenne : 23 ans.

Bien sûr, son objectif premier demeure de faire fonctionner le trio qu’il pivote depuis un bon moment déjà avec Tomas Tatar et Brendan Gallagher. Mais il embrasse volontiers le nouveau rôle qui lui échoit, celui de « mentor » pour ses jeunes coéquipiers – le mot est de Kotkaniemi.

« Ça prend de l’expérience dans une équipe, je suis là pour ça », a dit Danault, samedi matin, pendant un point de presse virtuel après l’entraînement de son club.

« Je m’attends encore à avoir de grosses responsabilités, mais j’aime aussi ce qu’on voit chez les jeunes jusqu’ici [au camp d’entraînement]. Je ne suis pas inquiet pour les kids. »

La formule condensée du camp ne permet pas de partager largement ses connaissances, a convenu le Québécois, mais il donne volontiers ses trucs au cercle de mise en jeu.

Là aussi, il prend la relève de Thompson, qui exerçait un fort ascendant sur de jeunes joueurs comme Evans, Suzuki ou Ryan Poehling, la saison dernière, avant d’être échangé aux Flyers de Philadelphie.

« Ça nous aide de pouvoir compter sur un gars comme ça, qui nous enseigne chaque jour des trucs », a confirmé Kotkaniemi.

L’entraîneur-chef Claude Julien s’est de son côté réjoui de voir cet esprit d’émulation s’installer dans son équipe. Danault, estime-t-il, se veut en quelque sorte l’exemple parfait d’un joueur « très bon dans les deux sens de la patinoire », qui est aussi « notre meilleur sur les mises en jeu ». « Phillip a appris de bonnes choses avec des joueurs qui l’ont aidé » plus tôt dans sa carrière, a souligné Julien. Aujourd’hui, il donne « au suivant », en quelque sorte.

En paix

Il est difficile de discuter du rôle de Phillip Danault chez le Tricolore sans aborder, par la force des choses, sa situation contractuelle.

Avec Gallagher et Tatar, il a formé, la saison dernière, l’un des trios les plus efficaces de la LNH à cinq contre cinq. Il a la confiance aveugle de son entraîneur dans les missions défensives les plus délicates, dont il s’acquitte avec brio. Et on le voit désormais comme le grand sage chez les centres du CH.

Cela n’empêche pas que Danault amorce la dernière année de son contrat et qu’il pourrait devenir joueur autonome sans restriction l’été prochain.

Les prolongations de contrat accordées à Gallagher et à Jeff Petry pendant la saison morte ont laissé présager que le directeur général Marc Bergevin ferait du Québécois sa prochaine priorité. Or, les deux camps n’ont eu aucune discussion au cours des dernières semaines.

Néanmoins, Danault affirme approcher la saison « en paix » avec sa situation. Une condition essentielle à ce qu’il puisse « performer à [sa] juste valeur », dit-il. « Ça fait partie de la business », a-t-il convenu, comme il l’avait déjà fait dans le passé.

Julien juge quant à lui que le numéro 24 est « confortable » et qu’il veut « connaître une bonne saison, avoir du plaisir ». À ce stade, il peut seulement « espérer que les choses tomberont en place », a-t-il conclu à ce sujet.

Romanov, Kotkaniemi…

Résolument zen, Danault peut donc parler d’autre chose. De hockey, par exemple.

Évoquant les nombreux nouveaux venus chez le Canadien, il s’enthousiasme du poids saupoudré dans la formation, de même que de la vitesse et des habiletés injectées en attaque. Il a aussi failli échapper un gros mot pour qualifier le tir de Josh Anderson – indice : ce juron se cache dans le terme « périostite ».

Quant au défenseur Alexander Romanov, il estime que, malgré le peu de temps disponible, il s’adapte rapidement au jeu nord-américain : « À mes yeux, il est prêt. »

Parlant de l’équipe en général, il croit que les quelques jours restants au camp serviront à peaufiner la chimie dans les nouveaux trios concoctés par Julien. Même son unité, pourtant rodée, est un peu rouillée, comme c’est le cas après une longue pause, a-t-il avoué. « Mais je ne suis pas inquiet, les gars sont prêts. »

Son analyse la plus franche, il l’a toutefois réservée à Jesperi Kotkaniemi.

« On voit qu’il a travaillé sa game, a lancé Danault sur son coéquipier. C’est bien de le voir en forme, plus prêt physiquement. »

Selon lui, le jeune homme apporte davantage de sérieux à son entraînement. « Il vient travailler. »

« Quand tu sors de l’aréna, tout est beau, tu peux revenir à “KK-minion” », s’est-il amusé, faisant écho à un échange entre les deux joueurs sur Instagram.

« Mais sur la glace, il faut que tu travailles fort. KK l’a compris. J’aime sa maturité. »

Interrogé sur sa nouvelle approche, Kotkaniemi s’est fait laconique. Il a souligné avoir travaillé sur sa puissance avec son entraîneur de patinage en Finlande et a dit récolter les fruits des matchs disputés dans son pays natal au cours de l’automne.

Il a toutefois préféré ne pas s’étendre sur sa dernière campagne avec le Canadien, ponctuée de bien plus de bas que de hauts.

« Je crois que tout le monde connaît des moments durs dans sa carrière, ç’a été mon cas, a-t-il dit. Maintenant, il faut avancer. »

En bref

Droitier à gauche

Depuis le début du camp, Kotkaniemi joue au centre de Joel Armia et de Tyler Toffoli, deux droitiers habitués de jouer de leur côté naturel. Il semble que ce soit Toffoli qui sera finalement appelé à patrouiller à l’aile gauche pour amorcer la saison. En Finlande, Kotkaniemi s’est habitué à évoluer avec des compagnons de trio qui jouaient de leur côté opposé. « C’est très bon pour [Toffoli], car il peut couper au centre et décocher un bon tir. La menace offensive viendra des deux côtés », a analysé le numéro 15.

Gaucher à droite

Jusqu’au prochain rebondissement, ce pourrait être le point final à un fascinant feuilleton : Claude Julien a confirmé que si le duo de défenseurs gauchers composé de Brett Kulak et d’Alexander Romanov demeure intact, c’est le Russe qui jouera à droite. La question suscitait jusque-là les passions, puisque Shea Weber et Jeff Petry sont les deux seuls vétérans droitiers du club. Julien a toutefois tranché : « On verra Romanov à droite tant et aussi longtemps qu’il sera avec Kulak. S’il joue avec un droitier, il ira de l’autre côté. » De la nourriture pour les pensées.

Belle mobilité

Parlant de Romanov, il a continué à étaler son savoir-faire lors d’un exercice mettant aux prises défenseurs et attaquants à un contre un. Parti du centre de la patinoire, l’attaquant devait tenter de déborder le défenseur le long de la bande pour se rendre jusqu’au filet, alors que son adversaire devait le contrer le mieux possible. Romanov, 20 ans, a montré sa force de patinage en neutralisant complètement Nick Suzuki. Il a davantage peiné contre Josh Anderson, qui fonçait tel un train, mais il s’est repris en le dérangeant suffisamment devant le filet pour l’empêcher d’obtenir un bon tir. La palme est toutefois revenue à Paul Byron, qui a complètement semé le pauvre Xavier Ouellet.

Le tir de KK

Le tir de Jesperi Kotkaniemi fait résolument jaser ces jours-ci. Le gardien Jake Allen l’a décrit comme un « missile » plus tôt la semaine dernière, ce qui a fait sourire son coéquipier. « Il a juste dit ça parce que je lui avais tiré sur le masque par inadvertance », a-t-il révélé. Claude Julien a toutefois confirmé qu’il comptait sur son joueur pour tirer davantage cette saison. Depuis ses débuts dans la LNH, Kotkaniemi ne contribue qu’à raison de 1,64 tir par match, l’un des plus faibles totaux chez les attaquants de l’équipe. « Il faut qu’il soit dans le bon état d’esprit et qu’il se place en position de tirer », a fait valoir son entraîneur, qui a précisé avoir eu une discussion à ce sujet avec Max Domi à son arrivée à Montréal en 2018. Le conseil a porté ses fruits, puisque Domi, à sa première saison avec le Canadien, a ajouté 53 tirs et 19 buts à sa récolte de la saison précédente en Arizona.

Match intraéquipe

Le mini-camp d’entraînement est déjà dans sa dernière ligne droite, et l’équipe tiendra ce dimanche soir son deuxième et dernier match intraéquipe. Cette fois, c’est du sérieux, avec trois périodes complètes jouées à temps arrêté. La rencontre sera même présentée à la télévision, sur les ondes de RDS2. On peut s’attendre à ce que des coupes soient effectuées lundi, puisque le Tricolore prendra le chemin de Toronto mardi en vue de l’affrontement de mercredi.

Des fleurs pour Crawford

Phillip Danault n’a côtoyé Corey Crawford que le temps d’une trentaine de matchs chez les Blackhawks de Chicago, mais le gardien québécois lui a laissé une sacrée bonne impression. Crawford a annoncé sa retraite du hockey samedi, créant la surprise alors qu’il venait de signer une entente de deux ans avec les Devils du New Jersey. « Il n’avait pas de lettre sur son chandail, mais c’était un grand leader à Chicago, a dit Danault. Quand j’étais là, il m’a pris sous son aile. Je venais juste d’arriver, et comme c’était ma fête, il est venu souper avec moi. C’est une bonne personne, un gagnant, en plus d’être un excellent gardien. »