Au cours des prochaines semaines, nous vous offrirons une analyse détaillée des 31 clubs de la LNH : le travail du directeur général, le repêchage, les échanges, les joueurs autonomes, les perspectives d’avenir. Aujourd’hui, les Blue Jackets de Columbus.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

SITUATION ACTUELLE

Les Blue Jackets de Columbus ont mis du temps à atteindre le seuil de la respectabilité après leur entrée dans la LNH en 2000. Ils ont participé une seule fois aux séries éliminatoires à leurs douze premières années d’existence. Ils n’ont pas été aidés par leur premier directeur général, Doug MacLean, charismatique, certes, mais un peu trop pressé de gagner. Les nombreux raccourcis au détriment d’une patiente construction pris par MacLean au fil des années ont souvent fait reculer l’équipe. La situation s’est redressée à l’arrivée de John Davidson à titre de président en 2012. Davidson avait relancé les Blues de St. Louis au cours de la décennie précédente. Un an après sa nomination, Davidson posait un geste historique en nommant un premier directeur général européen, Jarmo Kekäläinen. Les deux avaient travaillé ensemble chez les Blues. Mais en 2010, Davidson lui avait préféré Doug Armstrong à titre de directeur général de l’équipe, malgré le formidable travail effectué par Kekäläinen à titre de directeur du recrutement amateur (Jaden Schwartz, Vladimir Tarasenko, Alex Pietrangelo, Jake Allen, Lars Eller, David Perron, T. J. Oshie, Ryan Reaves, Ben Bishop, Patrik Berglund, David Backes, Lee Stempniak, Roman Polak). Amèrement déçu, Kekäläinen était rentré en Finlande diriger le club Jokerit. Trois ans plus tard, l’occasion était la bonne. Ensemble, Davidson et Kekäläinen ont relancé les Blue Jackets à coups de bons choix au repêchage et d’échanges spectaculaires. Les deux ont aussi changé la culture de l’entreprise et fait des Blue Jackets une formation réputée pour son ardeur au travail. Ils ont participé aux séries quatre fois en six ans après l’arrivée de Kekäläinen, 53 ans. Celui-ci a entre autres eu le mérite de bâtir une formidable défense avec l’arrivée de Seth Jones, obtenu en retour du centre Ryan Johansen, et de Zach Werenski, premier choix de l’équipe en 2018. Le prédécesseur de Kekäläinen, Scott Howson, a quand même laissé l’organisation en bon état. Ryan Johansen, Boone Jenner, David Savard, Cam Atkinson, Ryan Murray et Joonas Korpisalo avaient été repêchés au cours des années précédentes. Howson avait aussi réussi un coup de maître en obtenant le gardien Sergei Bobrovsky des Flyers pour un choix de deuxième ronde et deux choix de quatrième ronde. La première phase du cycle de Kekäläinen a pris fin le printemps dernier. Bobrovsky et la vedette offensive de l’équipe, Artemi Panarin, obtenu deux ans plus tôt par Kekäläinen, allaient devenir joueurs autonomes sans compensation sans volonté de rester à Columbus. Le DG a tenté le tout pour le temps afin de permettre à ce groupe de gagner et obtenu Matt Duchene et Ryan Dzingel eux aussi d’éventuels joueurs autonomes sans compensation, pour de hauts choix au repêchage. Les Blue Jackets ont surpris en éliminant le Lightning de Tampa Bay en première ronde. Mais leur parcours allait s’arrêter lors du tour suivant. Il s’agissait néanmoins de leur seule ronde gagnée en séries éliminatoires en 19 ans d’existence. Columbus a subi des pertes importantes cet été, dont le départ de John Davidson pour New York, mais ils ont déniché un nouveau gardien de qualité, Elvis Merzlikins, leur défense figure encore parmi les meilleures de la LNH avec Jones, Werenski, Savard et Murray et leur centre numéro un, Pierre-Luc Dubois, a seulement 21 ans. Menés par l’autoritaire entraîneur John Tortorella, ils luttaient pour une place en séries éliminatoires au moment de l’interruption des activités dans la LNH.

REPÊCHAGE (2009-2019)

Les Blues Jackets ont surpris le monde du hockey en 2016. La majorité des experts étaient pourtant convaincus de voir Jesse Puljujärvi, fumant au Championnat mondial junior quelques mois plus tôt et compatriote de Kekäläinen et de son directeur du recrutement Ville Sirén, aboutir à Columbus, détenteur du troisième choix au total. Le duo finlandais a plutôt opté pour le Québécois Pierre-Luc Dubois. « Les opinions populaires ne correspondent pas toujours à celles des hommes de hockey sur le terrain, me confiait le DG des Blue Jackets en janvier. Il n’y a jamais eu de doute sur notre choix au troisième rang. Il n’y avait pas de zone grise. Il n’y a même pas eu de discussion. Dubois était notre homme. Ce n’était même pas serré. Nous l’avons suivi toute l’année ». Repêché au quatrième rang après Dubois, Puljujärvi n’est pas dans la LNH cet hiver. Après quelques saisons difficiles, il est rentré en Finlande en attendant de voir les Oilers l’échanger. Sirén est un ami de longue date. Les deux hommes ont joué ensemble à Tampere, en Liiga finlandaise, au milieu des années 80 et se sont croisés à quelques reprises dans la LNH. Après sa retraite, en 1995, Kekäläinen a reçu une offre pour devenir recruteur à temps partiel pour les Sénateurs d’Ottawa. Le directeur général adjoint des Sénateurs à l’époque, Ray Shero, lui offrait 3000 $ pour la saison. Quelques jours plus tard, Kekäläinen l’a rappelé pour lui donner sa réponse. Avant que Kekäläinen ne puisse parler, Shero lui a indiqué qu’il n’avait pas de budget supplémentaire. Or, le Finlandais ne l’appelait pas pour négocier son salaire. Il demandait à Shero de partager son salaire en deux pour permettre à Sirén de travailler avec lui ! Sirén l’a suivi à St. Louis, puis à Columbus en 2013. Le duo finlandais a frappé un grand coup avec Zach Werenski au huitième rang en 2015. Celui-ci est vite devenu l’un des meilleurs jeunes défenseurs de la LNH. Le prédécesseur de Sirén, Paul Castron, a signé son arrêt de mort à Columbus en 2013. Les Blue Jackets détenaient trois choix de première ronde. Ils ont repêché Alex Wennberg (14e), Kerby Rychel (19e) et Marko Dano (27e). Ils ont boudé des joueurs comme Ryan Pulock, Anthony Mantha, Andre Burakovsky et Shea Theodore. Castron est allé sévir avec les Devils du New Jersey de son pote Ray Shero à compter de 2015. Il est toujours en poste pour l’instant malgré le congédiement de Shero.

Meilleur coup (Ville Sirén)

Zach Werenski, défenseur, première ronde, 8e au total en 2015.

Werenski avait 41 points en 63 matchs au moment de l’interruption de la saison, une troisième saison de 40 points ou plus en quatre ans pour lui.

Pire coup (Ville Sirén)

Sonny Milano, première ronde, 16e au total en 2014.

Milano est toujours dans la LNH, sans grand succès. Il a été échangé récemment pour un joueur de soutien, Devin Shore. Le jeune homme a été repêché devant Travis Sanheim, Tony DeAngelo, Nick Schmaltz et David Pastrnak, entre autres.

Meilleur espoir

Kiril Marchenko, deuxième ronde, 49e au total en 2018.

Cet attaquant de 19 ans a obtenu six points en sept matchs au Championnat mondial junior et amassé 16 points en 31 matchs dans la KHL l’hiver dernier malgré son jeune âge.

ÉCHANGES

Quelques mois après son arrivée à Columbus, en février 2013, Kekäläinen a tenté le grand coup : il a échangé Derick Brassard et John Moore aux Rangers contre Marian Gaborik. La transaction n’a pas été un succès. Un an plus tard, Gaborik passait aux Kings de Los Angeles en échange de Matt Frattin et de choix de deuxième et troisième tours. Il reste un seul élément de cet échange, mais pas le moindre, le gardien Elvis Merzlikins, repêché au troisième tour grâce à l’un de ces choix. Le DG des Blue Jackets s’est repris par la suite. L’acquisition d’Artemi Panarin pour Brandon Saad a constitué un coup de maître. Panarin a donné aux Blue Jackets deux saisons de 80 points ou plus. Mais l’échange pour obtenir le défenseur Seth Jones, quatrième choix au total en 2013, pour le centre Ryan Johansen, quatrième choix au total en 2010, a eu le plus gros impact. Jones, 25 ans, est devenu l’un des meilleurs défenseurs de la Ligue et il a changé l’identité des Blue Jackets. Johansen, 27 ans, est bourré de talent, mais il offre des performances irrégulières à Nashville. L’an dernier, par contre, il a perdu un choix de première ronde, deux choix de deuxième ronde et Anthony Duclair avec son immense coup de poker. Columbus a repêché seulement trois joueurs… à compter de la quatrième ronde. Kekäläinen a aussi eu à se départir d’un choix de première ronde en 2017 pour se débarrasser du contrat de David Clarkson et protéger Josh Anderson au repêchage de l’élargissement des cadres. En acceptant ce choix, Vegas a aussi promis de choisir William Karlsson au lieu d’Anderson. Karlsson avait obtenu seulement 25 points, dont 6 buts, en 81 matchs lors de la saison précédente avec les Blue Jackets.

Meilleur coup

Même si Ryan Johansen avait une bonne valeur pour les Blue Jackets à titre de premier centre, mais Seth Jones a transformé l’identité des Blue Jackets et sera un atout de taille pour les dix prochaines années.

Pire coup

David Clarkson et un choix de première ronde aux Golden Knights de Vegas en retour de la promesse de sélectionner William Karlsson au lieu de Josh Anderson au repêchage de l’élargissement des cadres. Karlsson a marqué 43 buts la saison suivante. Qui l’eut cru ? Vegas s’est servi de se choix pour avancer davantage jusqu’au 13e rang à la suite d’un autre échange, avec les Jets de Winnipeg, et repêcher un certain Nick Suzuki.

JOUEURS AUTONOMES

Jarmo Kekäläinen a fait une gaffe de taille sur le marché des joueurs autonomes, quelques mois après son entrée en poste, en 2013, mais il ne l’a jamais répété par la suite. Cette année-là, il a offert 37,1 M$ pour sept ans au robuste ailier Nathan Horton. Celui-ci avait 28 ans et venait de connaître de fantastiques séries éliminatoires avec les Bruins de Boston. Horton avait amassé 19 points en 23 matchs. Mais il était déjà un joueur usé. Il a disputé seulement 35 matchs avec les Blue Jackets avant de voir sa carrière interrompue à long terme par une blessure au dos. Il n’a plus jamais joué au hockey par la suite. Dans une transaction complexe par la suite, mais logique au plan salarial pour Toronto comme Columbus, on s’est échangé deux joueurs gravement blessés, David Clarkson et Horton. Les répercussions négatives à long terme sont évoquées dans le paragraphe ci-haut. Le DG des Blue Jackets a effectué une seule autre grosse dépense par la suite, Gustav Nyquist (22 M$/4 ans) l’été dernier, une acquisition nécessaire en raison de la perte de nombreux attaquants. Nyquist n’était pas vilain avec 42 points, dont 15 buts, en 70 matchs.

Meilleur coup

Anthony Duclair, un an, 650 000 $ en juillet 2018. Un joli pari pour pas cher. Malheureusement, on n’a pas été patient avec le jeune homme et il a été échangé pour Ryan Dzingel l’an passé avec deux choix de deuxième ronde. Duclair a 23 buts cette année à Ottawa.

Pire coup

Nathan Horton. Il occupe toujours 5,3 M$ sur la masse salariale de l’équipe cette année, mais cette somme permettait aux Leafs d’excéder le plafond. Son contrat prend fin le 1er juillet.

Dix saisons (une ronde remportée, cinq exclusions)

2010-2011 : 34-35-13, 13e Ouest, OUT.

2011-2012 : 29-46-7, 15e Ouest, OUT.

2012-2013 : 24-17-7, 9e Ouest, OUT.

2013-2014 : 43-32-7, 7e Est, défaite première ronde.

2014-2015 : 42-35-5, 11e Est, OUT.

2015-2016 : 34-40-8, 15e Est, OUT.

2016-2017 : 50-24-8, 3e Est, défaite première ronde.

2017-2018 : 45-30-7, 7e Est, défaite première ronde.

2018-2019 : 47-31-4, 8e Est, deuxième ronde.

2019-2020 : 33-22-15, 8e Est, (dernier club qualifié, un point devant les Islanders, mais deux matchs de moins à disputer).

(Demain : les Stars de Dallas)

À LIRE

Plus de 600 joueurs ont été sondés par leur association. Plus de 41 % soutiennent que Carey Price est le meilleur gardien de la LNH. Andrei Vasilevskiy est 2e à 17 %. Merci de ne pas nous lancer des roches. Ce n’est pas un choix des journalistes montréalais. Les joueurs ont parlé. Les détails ici dans ce texte de Guillaume Lefrançois.