(Brossard) Ilya Kovalchuk n’a peut-être disputé que 22 matchs avec le Canadien, cela n’a pas empêché la direction de lui offrir le traitement royal pour adoucir son départ de Montréal.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Non seulement Marc Bergevin a-t-il fait une priorité d’accommoder le Russe de 36 ans en l’envoyant dans une équipe qui pourrait gagner la Coupe Stanley dès cette saison, mais il a en outre laissé sur la table au moins une offre qui aurait généré un meilleur retour.

Pour obtenir Kovalchuk, les Capitals de Washington ont en effet cédé leur choix de troisième ronde au repêchage de 2020. Vu leur position au classement, on peut présumer que cette sélection sera presque la 90e de l’encan de juin prochain.

Il s’agit d’un scénario relativement avantageux pour le Canadien, puisque l’embauche de Kovalchuk en janvier dernier ne lui avait, à toutes fins pratiques, rien coûté. Mais c’est tout de même une acquisition bon marché pour l’équipe d’Alex Ovechkin. Les Penguins de Pittsburgh ont essentiellement payé le même prix pour Patrick Marleau, 40 ans, dont la production offensive est en décroissance depuis des années.

Lors de son ultime mêlée de presse, lundi matin, Kovalchuk a causé une certaine surprise en se réjouissant que la transaction ait eu lieu même si Bergevin avait reçu « de meilleures offres d’autres équipes ». Il a salué que son ex-patron lui ait donné droit au chapitre — l’échange a été élaboré en collaboration avec le joueur et son agent.

Le directeur général a nuancé ces propos. Il a dit qu’il était « peut-être possible » qu’on lui ait offert « un petit peu mieux ». Il ne semblait toutefois pas s’agir de propositions fermes.

Talonné par le collègue François Gagnon, de RDS, qui l’invitait à préciser sa pensée, il a assuré qu’on ne lui avait pas fait miroiter de choix de premier tour, mais il est demeuré évasif sur la possibilité d’un choix de deuxième tour, qui lui aurait fait gagner une trentaine de rangs.

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Marc Bergevin

Sa réponse exacte : « Quand tu dis deuxième ronde, il y a toujours des endroits dans la deuxième ronde, il y a des conditions, alors… Pour moi, il n’y avait pas une grosse différence pour prendre le risque [qu’une transaction achoppe]. »

On ignore la nature de l’offre (ou des offres) en question, mais plusieurs choix conditionnels ont été échangés au cours des derniers jours. Par exemple, le choix de 3e ronde que les Penguins ont envoyé aux Sharks pour Marleau deviendra un choix de 2e ronde si l’équipe remporte la Coupe Stanley. Ou encore, si le défenseur Marco Scandella signe un nouveau contrat avec les Blues de St. Louis cet été, le Canadien recevra un choix de 4e ronde en 2021 en plus du 2e choix de 2020 déjà assuré par la transaction.

Dans tous les cas, Bergevin a surtout répété à quel point il voulait envoyer Kovalchuk dans une destination qu’il apprécie. À Washington, il retrouve quelques compatriotes russes, dont Ovechkin, et rejoint une équipe qui est actuellement troisième au classement général de la LNH.

« Je pense qu’il méritait ça de notre organisation, a estimé Bergevin. Il a accepté de venir ici, c’est probablement un futur membre du Temple de la renommée. J’ai eu la même conversation avec Nate Thompson. Les joueurs de cet âge, avec les services qu’ils ont rendus à l’organisation, c’est important de travailler ensemble. »

Vers un retour ?

Cette opération séduction vise-t-elle à convaincre Kovalchuk de revenir chez le Canadien lorsqu’il deviendra joueur autonome sans compensation l’été prochain ?

Bergevin n’a pas fait de remarque à ce sujet. Mais « Kovy », lui, a laissé cette porte grande ouverte, confirmant que la métropole serait au nombre des destinations qu’il envisagera à compter du mois de juillet.

Candide, il a avoué que lorsque son agent lui a indiqué que le Canadien s’intéressait à ses services, en décembre dernier, il était dubitatif. Il s’est toutefois laissé convaincre. Et le coup de foudre, instantané, a été réciproque entre Montréal et l’ex-joueur étoile.

« C’est une des meilleures décisions que j’ai prises dans ma vie, a-t-il lancé. J’ai été ici seulement deux mois, mais c’est comme si j’étais là depuis bien plus longtemps. »

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Ilya Kovalchuk

De son passage chez le Canadien, il a dit avoir tout aimé. Ses coéquipiers, la direction, le personnel de soutien. La présence de Claude Julien, un entraîneur « de la vieille école » qui « dit les choses telles qu’elles sont » et qui lui a donné abondamment de temps de glace pour s’exprimer. « C’est comme une famille », a-t-il résumé.

Il a également adoré la passion des partisans. Il gardera d’ailleurs longtemps en tête la récente victoire à domicile contre les Maple Leafs de Toronto : son but en prolongation a carrément déchaîné la foule au Centre Bell.

Il prédit à cette équipe un avenir « radieux » avec Nick Suzuki pour mener la charge, et il ne doute pas que ses coéquipiers vont « pousser jusqu’au bout » leur quête des séries éliminatoires.

À moins d’être un sacré bon comédien, Kovalchuk semblait éminemment sincère dans son hommage à l’organisation dont il n’a porté le chandail que 22 fois.

Peut-être le portera-t-il un jour de nouveau. Mais pour l’instant, c’est vers Washington que son parcours le mène.

« Ce n’est pas un adieu », a-t-il toutefois promis.