En renonçant aux droits sur leur premier choix au repêchage en 2020, en quatrième ronde, les Coyotes de l’Arizona ont atteint un nouveau sommet de médiocrité.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Dans l’histoire récente du repêchage, aucune équipe n’avait été exclue des quatre premières rondes.

Les Coyotes ont échangé leur choix de première ronde pour obtenir Taylor Hall. Ils ont été privés d’un choix de deuxième ronde (en plus d’un choix de première ronde en 2021) pour violation des règles du repêchage et leur choix de troisième ronde a été cédé à l’Avalanche pour Carl Soderberg, qui, comme Taylor Hall, n’aura pas joué plus d’un an en Arizona.

Le défenseur Mitchell Miller a donc constitué leur premier choix, au 111e rang, mais devant le tollé général depuis une semaine (Miller a intimidé et brutalisé pendant plusieurs années un camarade de classe noir et déficient intellectuel), les Coyotes ont décidé de le larguer.

Quelques mois plus tôt, les Coyotes, avec leur nouveau président d’origine latino-américaine, se targuaient d’avoir une organisation proactive dans la lutte contre le racisme.

Carson Bantle, un attaquant d’Onalaska, au Wisconsin, devient donc leur premier choix au repêchage. Il a été choisi au… 142e rang.

Le Canadien a eu le loisir de repêcher Kaiden Guhle, Luke Tuch, Jan Mysak, Jack Smith, Blake Biondi, Sean Farrell et Jakub Dobes avant que le nom de Bantle soit prononcé…

Les Coyotes ne sont pas les seuls à avoir repêché sur le tard. En 1999, les Red Wings de Detroit avaient obtenu leur premier choix en quatrième ronde. Ils avaient échangé leur choix de première ronde aux Blackhawks de Chicago pour un certain… Chris Chelios. Celui-ci allait jouer 10 ans à Detroit. Leur choix de deuxième ronde avait été utilisé pour acquérir un autre défenseur, Ulf Samuelsson, en prévision des séries. Leur choix de troisième ronde leur avait permis de récupérer l’ailier Doug Brown, perdu à Nashville lors du repêchage de l’élargissement des cadres.

Les Red Wings ont éliminé les Ducks d’Anaheim en première ronde, avant de perdre au second tour en six matchs contre l’Avalanche du Colorado, après avoir remporté les deux premières rencontres. Ils allaient remporter quelques Coupes avec Chelios lors des années suivantes.

L’attaquant suédois Jari Tolsa a donc constitué le premier choix des Red Wings, au 120e rang, en 1999. Cette année-là, les Thrashers d’Atlanta avaient obtenu le premier choix au total et jeté leur dévolu sur Patrik Stefan.

Mais Detroit a réussi quand même à ridiculiser les 27 autres clubs de la LNH en repêchant le meilleur joueur de cette cuvée au 210e rang, en septième ronde : un certain Henrik Zetterberg.

Avec le recul, ce repêchage aura été l’un des plus faibles de l’histoire. Seulement sept choix de première ronde ont disputé au moins 500 matchs dans la Ligue nationale. Deux joueurs du top 6, Pavel Brendl et Brian Finley, en ont joué moins de 100.

Zetterberg a obtenu 960 points en 1082 matchs. S’il n’avait pas dû se retirer prématurément en raison d’une blessure au dos, il aurait aisément surpassé les frères Sedin ; Henrik a amassé 1070 points en 1330 matchs et Daniel 1041 points en 1306 rencontres.

Comme les Red Wings, les Penguins de Pittsburgh n’ont pas repêché avant la quatrième ronde en 2008. Ils ont eu moins de flair que les Wings. Mais ils n’ont pas gaspillé leur choix de première ronde eux non plus. Marian Hossa a obtenu 26 points en 20 matchs de séries éliminatoires et leur a permis d’atteindre la finale. Ils ont aussi obtenu Pascal Dupuis dans l’échange. Angelo Esposito, Colby Armstrong, Erik Christensen et le joueur choisi en première ronde, Daultan Leveille, tous inclus dans la transaction, n’ont jamais donné satisfaction aux Thrashers d’Atlanta. Le choix de deuxième ronde leur a donné Hal Gill et celui de troisième Georges Laraque. Les deux ont joué avec les Penguins une année supplémentaire à Pittsburgh. Gill a gagné la Coupe avec Pittsburgh en 2009.

Plus récemment, les Blue Jackets de Columbus ont dû attendre quatre rondes avant de repêcher. Ils ont sacrifié leur choix de première ronde de 2019 pour obtenir Matt Duchene et celui de deuxième ronde pour protéger Josh Anderson du repêchage de l’élargissement des cadres. Ils avaient un choix de troisième ronde, mais l’ont échangé aux Panthers de la Floride pour obtenir deux choix de quatrième ronde.

Les Predators ont eu aussi vécu cette situation en 2018, mais comme les Blue Jackets, ils ont échangé leur choix de troisième ronde pour un choix dans la même ronde l’année suivante. Le pari de sacrifier leurs choix de première et deuxième ronde n’a pas rapporté (Ryan Hartman et Kyle Turris), mais ils avaient atteint la finale de la Coupe Stanley l’année précédente et avaient encore de grandes aspirations cette année-là, avec une année de 117 points.

Les Coyotes et leur jeune DG déchu John Chayka, eux, ont voulu apprendre à courir avant de marcher. Ils venaient de rater les séries sept années de suite lorsqu’ils ont acquis Taylor Hall. Ils ont aussi donné deux espoirs dans cette transaction.

Le successeur de Chayka, Bill Armstrong, se retrouve les mains vides aujourd’hui. L’équipe ne pourra pas repêcher en première ronde non plus l’an prochain ni en troisième. Et ce pauvre Armstrong n’a même pas participé au repêchage (donc au fiasco Mitchell Miller) en raison d’une entente entre les Coyotes et son ancienne organisation, les Blues de St. Louis.

La pente sera difficile à remonter.

NOTE : En 1983, les Blues de St. Louis et leur controversé propriétaire Ralston Purina ont boycotté le repêchage en protestation dans une querelle entourant la vente de l’équipe.