« S’ils veulent que je joue sur le quatrième trio, au centre, à l’aile ou comme 13e attaquant, je vais le faire ! Je vais être content dans n’importe quel rôle… »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Au bout du fil, Hendrix Lapierre en a long à dire. Depuis mercredi, il sait qu’il sera du camp de sélection d’Équipe Canada junior (ÉCJ), qui a rendu officielle sa liste d’invitations jeudi. À la mi-novembre, il s’envolera donc pour Red Deer, en Alberta, afin de tenter de se démarquer au sein d’un groupe de 47 joueurs, dont la plupart (26) ont été, comme lui, sélectionnés au premier tour par une équipe de la LNH.

« Mais s’ils me veulent sur le premier trio, je vais le faire aussi ! », précise-t-il en riant.

Lapierre, on le sait, revient de loin. Des commotions cérébrales et une grave blessure au cou l’ont privé de la grande majorité de la dernière saison. Mais avec 8 points en 4 matchs depuis le début de la présente campagne chez les Saguenéens de Chicoutimi, il a dissipé n’importe quel doute qui pouvait persister à son égard. Voilà aussi que les Capitals de Washington en ont fait leur premier choix (22e au total) au début du mois d’octobre. Il a d’ailleurs signé son premier contrat professionnel cette semaine même avec l’équipe d’Alex Ovechkin.

L’invitation au camp d’ÉCJ arrive donc comme une cerise sur le gâteau. Lapierre sait toutefois trop bien qu’il devra mettre les bouchées doubles pour se démarquer et décrocher un poste au sein d’une escouade aussi nantie.

« Plus tu montes les échelons, plus l’entonnoir se referme, analyse-t-il. C’est normal qu’il y ait beaucoup de bons joueurs. Mais je vais arriver avec une bonne mentalité et tout donner. J’ai deux buts : faire l’équipe et l’aider à gagner. On va avoir une belle gang. J’ai hâte ! »

Camp élargi

L’année dernière, 34 joueurs qui avaient été invités par ÉCJ. Cette fois, ils seront 47.

La raison en est bien simple : le camp qui s’amorcera le 16 novembre en est un de sélection, certes, mais également d’évaluation. La direction a examiné quelque 90 candidatures sur vidéo, mais avec deux des trois ligues juniors canadiennes qui sont paralysées depuis le mois de mars, et alors que la LHJMQ fonctionne au ralenti, il fallait donner l’occasion aux joueurs de se rendre justice sur la glace.

Et du temps, il y en aura : au camp, on créera une « bulle » fermée, sans public ni médias, que les membres de la formation définitive ne quitteront qu’au terme du tournoi, 50 jours plus tard. Entretemps, la bulle canadienne se sera déplacée à Edmonton, qui accueille le Mondial. Les heureux élus passeront donc un peu plus de 7 semaines ensemble.

Des premières coupes auront lieu au terme de trois duels intraéquipes, après quoi on souhaite disputer six rencontres contre des équipes universitaires de l’Ouest canadien. L’équipe disputera ensuite deux matchs hors concours à Edmonton, contre la Suède et la Russie. Le premier match officiel d’ÉCJ aura lieu le 26 décembre contre l’Allemagne.

À compter de leur arrivée en Alberta, tous les membres de la formation subiront des tests de COVID-19 aux trois à quatre jours.

En visioconférence, jeudi, l’entraîneur-chef d’ÉCJ, André Tourigny, a souligné que le camp inhabituellement long permettrait au personnel d’entraîneurs non seulement de former l’équipe la plus aboutie possible, mais également d’installer une chimie jamais vue auparavant. Les appels téléphoniques des derniers jours, destinés à soumettre aux joueurs leur invitation, ont relevé de la « magie », a-t-il raconté.

« À part les gars de la LHJMQ, les autres ne jouent pas depuis des mois, a dit le Québécois. Ils auront la chance d’avoir des coéquipiers et des amis autour d’eux. On n’a jamais eu l’occasion d’être ensemble aussi longtemps, ce sera une chance incroyable pour nous tous. On sera comme une famille. Les joueurs vont créer des liens qui vont rester pour toujours. »

La formule de la bulle implique toutefois que tous les membres de la délégation canadienne seront isolés de leur famille et amis pendant tout le temps des Fêtes. Hockey Canada a d’emblée affirmé se soucier de la santé mentale de ses joueurs et de son personnel et s’est engagé à mettre à leur disposition des ressources professionnelles s’ils en avaient besoin.

Absent de marque

On évoque le chiffre de 47 joueurs invités au camp, mais il y en a un 48e, et pas le moindre, dont le sort n’est pas encore déterminé.

Les Rangers de New York n’ont toujours pas décidé s’ils prêteraient ou non Alexis Lafrenière à ÉCJ le temps du tournoi. À coup sûr, le tout premier choix du dernier repêchage de la LNH ratera le camp de sélection, car il sera justement à New York pour rencontrer des membres de l’organisation et amorcer son entraînement là-bas. La direction canadienne a toutefois indiqué qu’il pourrait rejoindre l’équipe directement à Edmonton en décembre.

Tom Renney, chef de la direction de Hockey Canada, a affirmé avoir eu une « bonne discussion » avec le directeur général des Rangers, Jeff Gorton, et a assuré que l’organisation gardait « l’esprit ouvert » quant à la possibilité de donner le feu vert à Lafrenière. Les deux camps se reparleront dans une dizaine de jours.

Gorton n’a pas commenté la situation, jeudi. Un porte-parole des Rangers nous a simplement indiqué que la situation serait « réévaluée » au cours des prochaines semaines.

Les Blackhawks de Chicago, eux, n’ont pas eu à se faire prier et ont déjà libéré Kirby Dach, leur premier choix en 2019 (3e au total), afin qu’il se rende au camp.

Peu de Québécois

En incluant Lafrenière, seulement sept Québécois ont reçu l’appel d’ÉCJ, soit un seul de plus que l’année dernière.

En plus de Lafrenière et Lapierre, on compte 4 autres attaquants — Mavrik Bourque, Jakob Pelletier, Samuel Poulin et Xavier Simoneau — ainsi qu’un gardien, Devon Levi. Ce dernier doit s’aligner cette saison avec l’Université NorthEastern, dans la NCAA, tandis que les autres jouent dans la LHJMQ.

Quatre autres représentants du circuit québécois sont également sur les rangs, soit Dawson Mercer, Justin Barron, Lukas Cormier et Jordan Spence. Les neuf joueurs de la LHJMQ représentent eux aussi une mince augmentation par rapport aux huit du camp de 2019.

La Ligue junior de l’Ontario, avec 18 invités, ainsi que la Ligue junior de l’ouest, avec 15, arrivent loin en tête de liste. Quatre Canadiens évoluant dans la NCAA complètent la sélection.

Six joueurs médaillés d’or au dernier Mondial seront vraisemblablement de retour au sein de la formation canadienne, à savoir Quinton Byfield, Bowen Byram, Dylan Cozens, Jamie Drysdale, Connor McMichael et Dawson Mercer.

Décrivant cette seconde invitation comme un « grand honneur », Mercer s’est dit impressionné de la formation « incroyable » qu’ÉCJ pourra envoyer sur la glace. Prêt à « tout donner », « peu importe ce qu’on lui demande », il compte miser sur son expérience et sa polyvalence pour faire sa place, ne tenant rien pour acquis même s’il a déjà goûté au Mondial.

Contrairement à l’an dernier, alors que l’événement avait lieu en République tchèque, sa famille ne fera pas le voyage depuis Terre-Neuve, pandémie oblige.

Jouer devant des gradins vides alors que le tournoi aura lieu au Canada est évidemment une déception, concède-t-il, mais « les circonstances sont les mêmes pour tout le monde ».

« Même si les partisans ne sont pas dans l’aréna, on saura bien qu’ils seront très nombreux à nous regarder de la maison, dit-il. On ne va jamais les oublier. »