En 2019, qui ont été les trois joueurs les plus connus à avoir signé une entente au cours de la deuxième semaine de juillet ?

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Si vous avez répondu Ryan Dzingel, Micheal Ferland et Michael Del Zotto sans hésiter, vous avez soit une sacrée mémoire, soit une existence misérable.

Après la première semaine du marché des joueurs autonomes sans compensation, dans la LNH, on remarque chaque année un retour au calme. À ce compte, le silence ambiant des derniers jours n’a donc rien de spécial, alors que Joe Thornton (Toronto) et Cody Ceci (Pittsburgh) ont pris la tête d’une courte affiche complétée par Joakim Nordstrom et Dmitry Kulikov.

Ce qui est surprenant cette année, c’est la qualité des joueurs encore disponibles 15 jours après l’ouverture du marché. Chez les attaquants, Mike Hoffman et Anthony Duclair, auteurs respectivement de 29 et 23 buts la saison dernière, sont toujours libres comme l’air, à l’instar de vétérans aguerris comme Derick Brassard, Mikael Granlund, Andreas Athanasiou et Erik Haula.

Au total, parmi les patineurs ayant disputé plus de 30 matchs la saison dernière, 29 attaquants se cherchent toujours du boulot, tout comme 17 défenseurs. Là aussi, la qualité des clients est élevée.

Travis Hamonic et Sami Vatanen, tous deux âgés de 29 ans, ont chacun disputé plus de 21 minutes par match la saison dernière. Le premier a passé toute la saison à Calgary, où il a été l’arrière le plus utilisé après Mark Giordano. Le second a été cédé par les Devils du New Jersey aux Hurricanes de la Caroline à la date limite des transactions contre un quatrième choix au repêchage, un espoir et un joueur des ligues mineures.

Andy Greene a valu aux mêmes Devils un deuxième choix au repêchage des Islanders de New York en février. Comme Ron Hainsey, qui n’a raté que 22 matchs au cours des sept dernières saisons, il est toujours au chômage. Idem pour Michael Del Zotto. On pourrait aussi inclure à cette liste le bon vieux Zdeno Chara, 43 ans, pour qui « toutes les options sont ouvertes », selon ce qu’a confié son agent à des médias américains au cours des derniers jours.

Mince lueur d’espoir pour eux : les équipes n’ont pas encore tout à fait terminé leur magasinage. Dmitry Kulikov vient de s’entendre avec les Devils, et Deryk Engelland a suscité l’intérêt de deux formations, confirme son agent, Allain Roy. Mais à 38 ans, l’ancien des Knights de Vegas n’a pas encore décidé s’il désirait poursuivre sa carrière ou accrocher ses patins – un emploi l’attend chez les Knights, le cas échéant. Et de toute manière, il gagnait le salaire minimum de 700 000 $ l’an dernier. Ce n’est donc pas lui qui fera flamber les prix s’il signe un contrat !

Marché ingrat

De fait, les défenseurs sont prisonniers d’un marché particulièrement ingrat. Des 37 qui ont signé une entente depuis le 9 octobre, seulement 10 touchent un salaire annuel moyen de 2 millions ou plus. Et à peine 12 ont conclu un pacte de plus d’une saison.

Nous avons tenté de joindre les agents de Hamonic, Vatanen, Hainsey, Greene et Chara. Seul le représentant de Vatanen, Miko Rautakallio, nous a répondu… pour nous indiquer qu’il ne commenterait pas la situation.

On comprendrait son client d’être nerveux. Car hormis Chara (2 millions), les quatre autres gagnaient tous de 3,5 à 5 millions en 2019-2020. Une baisse de salaire les attend tous, quasi inévitablement. Elle pourrait même être drastique, comme celle de 73 % qu’a acceptée Dmitry Kulikov pour jouer au New Jersey.

Mine de rien, il reste de moins en moins d’argent disponible à la grandeur de la ligue. Selon les calculs du site CapFriendly, en date du 23 octobre, sept équipes avaient une masse salariale supérieure au plafond de 81,5 millions, et trois autres profitaient d’un coussin inférieur à 1 million.

Ces données sont imparfaites à quelques égards – les salaires de blessés à long terme, par exemple, pourraient être soustraits pour certaines équipes –, mais le portrait se précise. Toujours en date du 23 octobre, les 24 équipes de la LNH respectant le plafond salarial possédaient un « coussin » combiné de 182 millions. La moyenne s’établit à 7,6 millions et la médiane à 5,6 millions.

A priori, ce n’est pas si mal. Mais une analyse détaillée relativise cette aisance.

À Tampa, on n’a toujours pas dénoué l’impasse pour accorder de nouveaux contrats à Anthony Cirelli, Mikhail Sergachev et Erik Cernak. On dispose de moins de 3 millions, une somme qui suffirait à peine à garder l’un des trois, à moins de liquider des vétérans.

À Dallas, la marge de manœuvre de 4 millions peut sembler confortable. Mais quand on se sera entendu avec le jeune Roope Hintz, on risque de fermer les livres.

Hintz fait d’ailleurs partie des nombreux joueurs autonomes avec restriction sans contrat pour la saison prochaine. Sam Reinhart, Tyler Bertuzzi, Brendan Lemieux et Ryan Strome sont tous en attente d’une audience en arbitrage. Anthony Mantha n’a pas voulu emprunter cette avenue, mais on s’attend à ce que Steve Yzerman et les Red Wings de Detroit fassent tout pour l’accommoder. Pierre-Luc Dubois et Mathew Barzal devraient eux aussi voir leurs efforts récompensés généreusement.

À eux seuls, ces 11 jeunes joueurs sont susceptibles de s’approprier une sacrée part des fonds disponibles dans leur équipe respective. Tout ceci, on s’échine à le répéter, sur fond de pandémie, de plafond salarial fixe et d’instabilité économique.

Des miettes

Pour les derniers joueurs autonomes sans compensation, il reste donc des miettes. Quand il en reste.

Frédérik Gauthier, par exemple, est devenu disponible après que les Maple Leafs de Toronto eurent renoncé à lui proposer une offre qualificative il y a quelques semaines. De nombreux partisans du Canadien ont espéré voir ce géant obtenir le poste de quatrième centre à Montréal.

Or, il n’a reçu aucune offre, confirme son agent, Gilles Lupien. Rien à voir avec un autre de ses clients, Corey Crawford – une dizaine d’équipes se cherchaient un gardien, elles ont toutes appelé.

Vieux routier de l’industrie, Lupien n’est pas surpris de la situation. Avec des budgets serrés au possible et une abondance de joueurs disponibles, la balle n’est pas dans le camp des sixièmes défenseurs ou des attaquants de quatrième trio. Et comme c’est le cas chaque année, les équipes dressent leur « liste d’épicerie » en commençant par les joueurs à haut profil.

Mais il n’est pas inquiet non plus. Le marché ne reprendra pas « avant décembre », prédit-il, alors que la LNH vise un retour au jeu vers le 1er janvier.

PHOTO ARCHIVES GETTY IMAGES

Gilles Lupien, agent de joueur et ancien joueur de la LNH

Les clubs prennent des chances, c’est ça, la game. C’est normal. Quand les joueurs ont le pouvoir, c’est eux qui font “sécher” les gérants !

Gilles Lupien, agent de joueur

Le plafond salarial, présumé rester au beau fixe, pourrait bien baisser, selon l’agent. L’hypothèse est loin d’être farfelue : le plafond est lié aux revenus, et la LNH semble condamnée à essuyer de lourdes pertes pour des années. Le garder fixe serait en soi une immense victoire.

Les joueurs autonomes de 2022 et 2023 risquent donc d’en pâtir encore davantage. À moins que, comme Geoff Molson l’a soulevé dans son entrevue avec La Presse cette semaine, le « système » ne soit appelé à « changer ».

Ce serait là un chantier d’une tout autre envergure, disons.