Claude Julien a souligné une chose importante lors de son point de presse, jeudi.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Il faudra cesser d’identifier les trios du Canadien par numéros. Pour certains, ça frôle parfois l’obsession : qui joue à la gauche du premier trio ? Danault est-il un centre de troisième trio ? Tatar a-t-il vraiment été muté sur un… troisième trio ? ? ? Les questionnements n’en finissent plus…

Avec autant de profondeur, le Canadien pourra compter sur trois bons trios, et un quatrième de luxe capable de jouer 13, 14 minutes par rencontre.

Avec le peu d’effectifs de qualité à droite l’an dernier, les trios étaient plus facilement identifiables. Après Brendan Gallagher, on retrouvait un ailier de qualité au gabarit intéressant, Joel Armia, mais dont la meilleure production de buts en une saison avant l’an dernier s’établissait à 13.

Le centre jumelé avec Jordan Weal, dont le sommet en carrière est de 8 buts et 21 points en une saison, pouvait donc aisément porter l’étiquette de troisième centre.

L’arrivée de Tyler Toffoli et de Josh Anderson change la donne. Si Phillip Danault conserve ses ailiers Tomas Tatar et Brendan Gallagher, comme semble le laisser entendre l’entraîneur du Canadien, peut-on vraiment parler d’un troisième trio ? Gallagher est le meilleur buteur du Canadien, après tout, et Tatar a terminé au premier rang des compteurs de l’équipe l’an dernier.

Mais Nick Suzuki n’est-il pas destiné à occuper le rôle de premier centre, entre Jonathan Drouin – 15 points en 18 matchs en début de saison avant de se blesser et meilleur compteur en séries avec sept points, sur un pied d’égalité avec Suzuki – et Josh Anderson, l’attaquant le mieux payé en 2020-2021 après… Drouin ?

Quel serait le premier trio, selon vous ? Difficile de répondre, n’est-ce pas ?

Et Jesperi Kotkaniemi ? Serait-il en peine si on lui confiait Tyler Toffoli, l’ailier droit du premier trio des Canucks de Vancouver en fin de saison avec Elias Pettersson et J.T. Miller ? Avec soit Paul Byron ou Artturi Lehkonen à gauche, ou Toffoli à gauche et Joel Armia à droite ? Troisième trio ? Deuxième trio ?

Et si Byron se retrouvait sur le « dernier » trio avec Jake Evans et Lehkonen ? Parlerait-on d’un quatrième trio à proprement parler avec deux ailiers capables de marquer entre 15 et 20 buts et d’amasser entre 30 et 40 points ?

Pour mélanger encore davantage les gens un peu trop prompts à placer les joueurs et les trios dans des moules, il faut compter sur les nombreux changements de combinaison au fil des matchs, des semaines, des mois, au gré des performances de l’équipe.

Cette situation arrange évidemment le Canadien. Elle donne le luxe à Claude Julien d’utiliser Phillip Danault au sein d’un trio intéressant sans que celui-ci sente que le tapis lui glisse sous les pieds avec l’émergence de Suzuki et de Kotkaniemi. Elle permet aussi au coach d’affirmer publiquement, comme il l’a fait jeudi, que le rôle de Danault ne va pas changer l’an prochain.

Mais continuons avec notre sujet du jour. En vérité, le temps d’utilisation fait foi de tout. Artturi Lehkonen est en principe un ailier identifié à un troisième trio. Pourtant, seuls Phillip Danault et Nick Suzuki ont joué plus que lui en séries éliminatoires.

Max Domi a entamé les séries éliminatoires au centre du « quatrième trio » et Jesperi Kotkaniemi au sein du « troisième trio ». Lors du premier match, Domi a joué 15 min 33 s et Kotkaniemi 13 min 49 s. L’écart s’est creusé lors de la deuxième rencontre, 14 min 40 s pour Domi et 10 min 21 s pour Kotkaniemi. Domi était pourtant toujours identifié au quatrième trio.

Au fil des séries, les performances décevantes de Domi, combinées aux buts opportuns de Kotkaniemi, ont contribué à renverser la tendance. En fin de compte, la moyenne de temps d’utilisation de Domi était supérieure à celle de Kotkaniemi, mais la moyenne de celui-ci a été réduite par un match de cinq minutes au cours duquel il a été expulsé.

Le même principe s’applique en défense. Shea Weber et Ben Chiarot étaient généralement opposés aux meilleurs trios adverses, et Jeff Petry jumelé à Brett Kulak, dont la position au sein du top 6 est désormais fragilisée par l’arrivée d’Alexander Romanov et de Joel Edmundson, mais Petry a été le défenseur le plus utilisé en séries éliminatoires.

Certaines équipes ont des trios plus facilement identifiables. À Buffalo, Jack Eichel, Taylor Hall et Victor Olofsson formeront le premier trio, Eric Staal, Jeff Skinner et Sam Reinhart le deuxième. Il n’y a aucun doute sur l’identité du premier trio à Boston avec Patrice Bergeron, Brad Marchand et David Pastrnak.

Mais à Toronto, par exemple, quel est le premier trio ? Matthews, Nylander et Hyman, ou Tavares, Marner et Mikheyev ?

À Long Island, y a-t-il une si grande différence entre le trio de Barzal, Eberle et Lee et celui de Nelson, Beauvillier et Bailey ? En séries éliminatoires, sept attaquants ont été utilisés en moyenne au moins 17 minutes.

Claude Julien ne déteste pas cette formule. Notre collègue Arpon Basu, du site theathletic.com, nous a d’ailleurs rappelé jeudi dans sa chronique une citation de l’entraîneur-chef du CH en août. « Nous sommes à notre meilleur quand nous pouvons compter sur quatre bons trios capables d’imposer un rythme élevé et d’épuiser l’adversaire. C’est le secret de notre succès. Espérons que l’on puisse améliorer notre profondeur à l’attaque pour pouvoir le faire. Nous en avons parlé et Marc [Bergevin] y travaille très fort. »

Pendant des décennies, on a identifié les trios d’une façon très simple dans la LNH : un premier trio très offensif ; un deuxième trio offensif peut-être un peu moins doué que le premier ; un troisième trio constitué des meilleurs éléments défensifs de l’équipe ; un quatrième trio utilisé avec parcimonie, avec un centre teigneux et baveux, et un, parfois deux durs à cuire, capables d’intimider l’adversaire et de défendre le centre baveux. Cette époque est désormais révolue.

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Premier de quatre portraits des nouvelles acquisitions du Canadien. Richard Labbé ouvre le bal avec Tyler Toffoli.