Un joueur à la dernière année de son contrat est rarement une bonne nouvelle pour une équipe

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

D’un côté, les négociations ou l’incertitude peuvent constituer des distractions pour le joueur, qui ne jouira donc pas de sa pleine concentration. L’entraîneur-chef sera pris avec un problème. Dans les cas extrêmes, ça donne le Canadien de 2008-2009, dernière année des contrats de Saku Koivu, Alex Kovalev et Mike Komisarek, pour ne nommer qu’eux. Avec comme résultat que Guy Carbonneau a été congédié à un mois de la fin d’une saison misérable.

D’un autre côté, si le joueur carbure à cette pression et connaît du succès, il se place en meilleure position pour négocier. C’est alors le directeur général qui sera pris avec le problème.

Avec l’automne qu’il vient de connaître, Marc Bergevin s’est évité une bonne partie de ces soucis, et il en a aussi évité à Claude Julien. Avec les contrats à long terme que Bergevin a accordés dernièrement, ce sont 14 joueurs qui ont une entente pour les deux prochaines saisons. Même si on se projette à l’été 2023, il y a 10 joueurs de la formation actuelle qui seront encore liés au Canadien.

Joueurs embauchés jusqu’à l’été 2023 (ou plus tard)

• Josh Anderson
• Paul Byron
• Jonathan Drouin
• Brendan Gallagher
• Tyler Toffoli
• Joel Edmundson
• Jeff Petry
• Shea Weber
• Jake Allen
• Carey Price

La situation n’est pas parfaite pour autant. Des joueurs figurant dans la liste ci-dessus sont déjà dans la trentaine, et il y a ici un consensus scientifique : le vieillissement est un phénomène irréversible. Une personne de 32 ans aura forcément 33 ans l’année suivante. Alors oui, le vieillissement guette le Tricolore.

Mais à court terme, cela signifie que Julien n’aura pas à composer avec des joueurs incertains de leur avenir parmi ses meneurs.

« Les joueurs, c’est leur gagne-pain. Ça met beaucoup de pression sur eux quand ils sont en dernière année de contrat, a rappelé Julien, en visioconférence, jeudi matin. Dans notre cas, Marc [Bergevin] et John Sedgwick [vice-président aux opérations hockey, responsable du plafond salarial] ont fait du bon travail pour donner de la stabilité à l’équipe. La stabilité des joueurs, ça donne de la stabilité aux entraîneurs. »

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Les cas en suspens

Tout n’est pas réglé pour autant. Des éléments relativement importants de l’équipe écouleront la dernière année de leur contrat. C’est le cas de Tomas Tatar et de Joel Armia, joueurs autonomes sans compensation au terme de la saison 2020-2021. C’est aussi le cas d’Artturi Lehkonen et de Jesperi Kotkaniemi, mais eux seront joueurs autonomes avec compensation, ce qui signifie que leur avenir passe par Montréal, en théorie.

Et il y a un certain Phillip Danault. Lors de sa dernière rencontre avec les médias, Bergevin ne parlait pas comme un DG sur le point de s’entendre avec son joueur de centre. Les négociations s’annoncent corsées.

Julien aimerait-il que le dossier soit clos avant le début de la prochaine saison ?

« Tout le monde aimerait ça. Je suis sûr que Marc et Phillip aimeraient que ce soit réglé, pour avoir un peu de sécurité. Mais si ça n’arrive pas, ça fait partie du hockey. »

Danault, lui, tient surtout à ses responsabilités. « J’adore produire de l’attaque et j’ai bien aimé mon rôle lors des deux dernières saisons. Je ne sais pas si je veux me limiter à un rôle précis, qui serait seulement défensif », avait déclaré Danault après l’élimination du CH.

C’est là une réflexion normale pour un joueur dont la carrière est relativement jeune, et qui amorce une négociation cruciale pour la suite de sa carrière. Mais c’est aussi un dossier délicat pour un entraîneur. Heureusement pour lui, il a un seul cas majeur dans son groupe.

Suite et fin (?) de la saga Domi

Parlant de joueurs en fin de contrat… Max Domi était dans cette situation la saison dernière. Il a finalement connu une saison en deçà des attentes et en séries, ça n’a guère été mieux. Au bout du compte, Domi l’a eu, son nouveau contrat, mais c’est avec Jarmo Kekalainen qu’il l’a signé.

Les entraîneurs sont souvent réticents à revenir sur les problèmes du passé, surtout en ce qui concerne des joueurs qui sont rendus ailleurs. Mais Julien a offert une réponse des plus détaillées sur ce qui n’a pas fonctionné avec Domi.

« Max n’était pas présent à la première semaine du camp, a-t-il rappelé. Les deux jeunes [Suzuki et Kotkaniemi] jouaient très bien. Ça nous permettait d’avoir quatre bons trios et cette profondeur nous a aidés à battre Pittsburgh et à compétitionner contre Philadelphie. […]

« Je sais que Max a aimé jouer avec Dale Weise, il disait qu’il aimait jouer avec lui. […] On a créé quatre trios équilibrés. Kotkaniemi, on voulait l’entourer de bons vétérans. Il fallait assembler le casse-tête. On s’est retrouvés dans une situation où Max n’était plus indispensable, parce que nos jeunes ont bien joué. Ça nous a permis d’obtenir un gros joueur [Josh Anderson] dont on avait besoin. »

En entrevue après la transaction, Domi avait déploré un manque de communication de la part du Canadien. Charles Hudon, dans nos pages, et Karl Alzner, au 91,9 Sports, avaient ensuite émis des doléances semblables.

Comme Bergevin l’a fait la semaine dernière, Julien s’est défendu.

« Premièrement, avec toutes mes équipes, j’ai toujours dit que ma porte était toujours ouverte. Deuxièmement, tu gères de 22 à 26 joueurs. Ce n’est pas toujours facile de parler à tous les joueurs tous les jours.

« On a rencontré tous les joueurs avant les séries. Tous les trios, les paires de défenseurs, les gardiens, même les joueurs en surplus. On a discuté, on a mis les rôles au clair. Je ne vois pas de problème de communication. Avec les réseaux sociaux, les joueurs s’expriment plus que dans le passé. Dans mon temps, on t’envoyait à une place et une autre, tu ramassais ta poche de hockey et tu partais ! Les temps ont changé.

« Comme entraîneur, c’est difficile de plaire à tout le monde. Tu le fais le mieux possible. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai toujours eu la meilleure communication possible. Les trois personnes mentionnées sont de bons gars. Je les respecte énormément. Mais ce sont des athlètes fiers. À un moment donné, tu sens le besoin de te défendre et je comprends ça. »