« J’aurais aimé jouer avec un joueur comme Gally dans mon équipe. »

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Marc Bergevin est loin d’être parfait depuis son arrivée à Montréal, mais il a toujours été conséquent sur l’importance d’avoir des joueurs qui placent l’équipe devant l’individu. Ça lui a valu des critiques au fil des ans, l’échange de P. K. Subban contre Shea Weber étant l’exemple le plus probant de cette approche.

Et voilà qu’il avait comme mandat de s’assurer de retenir à long terme Brendan Gallagher, le joueur qui incarne le plus cette vision. Ce qu’il a accompli mercredi, pour six ans.

L’admiration de Bergevin pour son petit ailier est telle qu’à au moins trois reprises en visioconférence, il a refoulé des sanglots. « Un joueur zero maintenance », a-t-il dit à quelques reprises. « Gally, c’est une personne spéciale », a-t-il ajouté. Sans oublier le regret, cité plus haut, de ne jamais avoir joué avec un Gallagher.

Tu l’as vu en séries, il a reçu un double échec dans la face et il ne voulait pas rentrer au vestiaire. D’autres joueurs se cassent un ongle et cherchent une excuse pour ne pas jouer. C’est ce que j’aime de Gally.

Marc Bergevin, directeur général du Canadien de Montréal

Quelques minutes plus tard, Gallagher a été mis au fait des propos de son patron pendant sa visioconférence. Réponse :

« J’essaie juste de faire mon travail. Mon rôle dans l’organisation a changé depuis mes débuts, mais mon travail ne change pas. Je suis ici pour travailler. J’ai eu de bons coéquipiers, de bons entraîneurs, donc mon travail a été grandement facilité. »

C’est un homme libéré

C’était une drôle de conférence de presse. Le Bergevin maussade, parfois cassant, qu’on avait vu ces dernières semaines a laissé place à un homme rayonnant, émotif, détendu, qui riait même de ses propres impairs avec la langue française.

En faisant un pas de recul, on peut comprendre le changement. Pensez à une personne qui livre un gros projet, sur lequel elle a travaillé nuit et jour. Forcément, une fois le projet livré, c’est une tonne de pression qui disparaît.

Bergevin s’est entendu avec Joel Edmundson le 16 septembre. Depuis, 48 autres contrats de 2 millions de dollars par année ou plus se sont signés dans la LNH, selon CapFriendly. De ces 49 contrats, six ont été signés par Bergevin. C’est dire à quel point il a géré de gros enjeux depuis un mois, comparativement à ses homologues.

La cerise sur le gâteau, ç’a été la prolongation de six ans que Gallagher a signée mercredi. Des pourparlers ardus, quoi qu’en dise Bergevin, qui a préféré parler de « malentendu » plutôt que de rupture des négociations, pour qualifier ce qui s’est passé en 24 heures entre mercredi et jeudi. Le malentendu n’était visiblement pas banal, si on se fie aux propos de Gallagher.

Peut-être pour la première fois depuis que je suis avec le Canadien, je me suis demandé si j’allais devoir faire un choix. Et je n’aime pas le changement. Ça s’est peut-être réglé vite de l’extérieur, mais à mes yeux, ça a paru une éternité !

Brendan Gallagher, attaquant du Canadien de Montréal

Des buts sacrifiés

En réponse à une question plus technique sur la profondeur du Canadien à l’aile droite, Bergevin a illustré exactement pourquoi il admire tant Gallagher.

L’arrivée de Josh Anderson et de Tyler Toffoli fait en sorte que Gallagher n’est plus nécessairement l’option « par défaut » comme premier ailier droit. Mais ce statut qu’a acquis Gallagher lui a permis de connaître deux saisons de 30 buts, ce qui explique en partie pourquoi il est plus riche de 39 millions aujourd’hui.

« Même avec Gally qui marquait 30 buts, on a raté les séries. Avec les gars qu’on a ajoutés, il ne marquera peut-être pas 30 buts, mais ça ne voudra pas dire qu’il sera moins efficace. Ça voudra juste dire que d’autres gars marquent », a suggéré Bergevin.

Ce ne sont pas tous les joueurs qui accepteraient une telle situation. Il est peut-être plus facile de le faire après avoir signé une prolongation de contrat à long terme, mais n’empêche : Gallagher paraissait sincère quand il a été questionné sur une possible baisse de production.

« C’est le dernier de mes soucis ! L’année où j’ai marqué 10 buts [en 2016-2017], on a participé aux séries. C’était excitant. Lors de mes deux saisons de 30 buts, on a raté les séries. J’échangerais ces deux saisons pour n’importe quoi !

« Je m’attends à marquer tous les soirs. Ça ne changera jamais. Mais j’ai toujours cru qu’il faut apporter autre chose, car si on ne marque pas dans un match, qu’est-ce qu’on fait d’autre ? Si on est un marqueur de 30 buts, que fait-on dans les 50 autres matchs ? Marquer est une des choses que je fais, mais ce n’est pas tout. »

Personne ne devrait être surpris que Gallagher réponde de cette manière, non seulement parce que sa personnalité est ainsi faite, mais aussi parce qu’il a contribué à sa façon à ces embauches. C’est lui qui a tapé du pied, en avril dernier, puis de nouveau après l’élimination de son équipe, en répétant qu’il souhaitait être un gagnant. Son DG a obtempéré en enfilant les gros contrats évoqués plus haut, pour obtenir Edmundson, Toffoli, Anderson et le gardien Jake Allen, en plus de prolonger le contrat de Jeff Petry.

« Ils joueront tous un rôle clé. Tu ajoutes ça à ce qu’on avait, ce qu’on bâtissait, les jeunes centres qui arrivent. C’est très excitant.

« Régler le contrat de Petry très tôt était crucial, car il joue un rôle très important. On voit le message que Berg [Bergevin] envoie à notre groupe. Il croit en nous. C’est à nous de lui donner raison. »