Dans l’heure qui a suivi l’embauche de Tyler Toffoli par le Canadien, on a décroché le téléphone pour appeler Pierre Turgeon, qui l’a dirigé pendant la saison 2017-2018 quand il était entraîneur adjoint chez les Kings de Los Angeles.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Turgeon est à la course, au milieu d’un déménagement, mais prend quelques minutes pour nous parler. Il n’est pas au fait de la nouvelle, et n’a pas exactement eu le temps de préparer une grande analyse.

Sa première réponse est donc spontanée. « C’est un sniper ! », lance Turgeon à La Presse.

En fait, Turgeon a été aux premières loges pour l’une des bonnes saisons du nouvel ailier droit du Canadien. En 82 matchs, Toffoli avait inscrit 24 buts et 23 mentions d’aide pour 47 points. Et surtout, parmi ses 24 filets, 6 étaient des buts gagnants.

« Il était bon pour marquer quand le match était en jeu. À Boston, il avait marqué sur une mise en jeu, il restait moins d’une seconde au match ! », se souvient Turgeon.

L’ancien 77 a bonne mémoire. Le 28 octobre 2017, Toffoli marquait au moment où la prolongation se terminait, un but digne d’un tireur d’élite, comme le disait Turgeon.

« C’est un gars qui va apporter de l’attaque, c’est sûr. Je ne dis pas que ce sera toujours parfait, mais c’est un sniper. Il est bon pour se démarquer dans l’enclave. Il dégaine vite. Avec un bon passeur, il est capable de la mettre dedans », résume Turgeon.

Un marqueur de 25 buts

« Avec un bon passeur. » Avec un contrat de 4 ans et 17 millions de dollars (4,25 millions par saison), Toffoli jouera évidemment au sein d’un des trois premiers trios. Si on tient pour acquis que Tomas Tatar et Brendan Gallagher demeurent avec Phillip Danault, Toffoli devrait se retrouver avec Nick Suzuki ou Jesperi Kotkaniemi comme centre.

À Los Angeles, Toffoli n’a pas toujours été nécessairement gâté. Au cours des trois dernières saisons, ses principaux centres ont été Adrian Kempe de même qu’un Jeff Carter vieillissant, selon Natural Stat Trick. Il est tout de même parvenu à inscrire 24 buts il y a 3 ans. La saison dernière, il en totalisait 18 en 58 matchs au moment où les Kings l’ont échangé aux Canucks de Vancouver. À ce rythme, il en aurait inscrit 25 sur une saison de 82 matchs.

Entre ces deux saisons, il a connu un creux de vague de 13 buts en 82 matchs en 2018-2019, mais il a rebondi depuis.

À Vancouver, les excellents J. T. Miller et Elias Pettersson ont été ses principaux compagnons de trio, et l’Ontarien de 28 ans en a profité pour amasser 10 points en 10 matchs en fin de saison, puis 4 points en 7 matchs en séries.

Toffoli fait 6 pi et 197 lb (1,83 m et 89 kg). Il deviendra de plus en plus erroné de parler du Canadien comme d’une « petite » équipe. Avec lui et Josh Anderson, le Tricolore compte maintenant 8 attaquants de 6 pi ou plus parmi les 12 qui seront logiquement attendus dans la formation.

Armia et le plafond

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Joel Armia

Parlant de gros attaquants… Il sera intéressant de voir comment Marc Bergevin manœuvrera avec les contraintes du plafond salarial. Car Joel Armia semble maintenant vulnérable, lui qui se retrouve quatrième dans la hiérarchie à droite, derrière Gallagher, Toffoli et Josh Anderson.

L’arrivée de Toffoli pousse logiquement Jordan Weal hors de la formation. Avec un salaire de 1,4 million, Weal devient un candidat pour être renvoyé à Laval ; si tel est le cas (et qu’il n’est pas réclamé au ballottage), le Canadien économiserait 1,075 million sous le plafond en « enterrant » son contrat dans la Ligue américaine. Son impact sur le plafond ne serait donc que de 0,325 million.

Mais même en faisant cela, et en envoyant Noah Juulsen à Laval (qui devrait lui aussi passer au ballottage), le Canadien se retrouve à dépasser le plafond salarial de 0,218 million. C’est sans oublier le coussin que Bergevin souhaite avoir, quelque part entre 1,5 et 2 millions de dollars, avait calculé le DG vendredi, en conférence.

Pour le moment, le Canadien n’est pas pressé d’agir, car les équipes ont le droit d’excéder le plafond jusqu’à 10 % pendant la saison morte, mais doivent s’y conformer quand la campagne s’amorce. Bref, tôt ou tard, Marc Bergevin devra larguer un salaire.

Paul Byron, à 3,4 millions par saison, est vu par plusieurs comme le joueur en trop. Le petit attaquant a toutefois 31 ans, avec 3 autres années de contrat à ce salaire ; pour l’échanger, on devine que Bergevin devra y ajouter un espoir ou un choix au repêchage.

Ce qui nous ramène à Armia. Le Finlandais a 27 ans, il ne lui reste qu’une année de contrat à écouler, à un salaire de 2,6 millions. Avant de se blesser le 23 décembre, Armia était en voie de connaître une saison de 28 buts. De plus, Toffoli a un profil semblable au sien, en ce sens qu’il est droitier et qu’il joue en avantage et en désavantage numérique. Josh Anderson aussi, d’ailleurs.

Avec Armia, il y a là un pari intéressant pour un DG qui pourrait lui donner un rôle plus important que ce qui l’attend à Montréal.

Bergevin a été très occupé depuis l’élimination du Canadien, mais tout indique qu’il devra effectuer au moins un dernier mouvement de personnel avant de pouvoir éteindre son téléphone et écouter en rafale les derniers épisodes de The Morning Show.