« On est l’équipe avec le plus de francophones. J’ai les chiffres devant moi, parce que je m’attendais à une question [à ce sujet]. »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Même si le nouveau contrat de Josh Anderson et l’intérêt (ou pas) du Tricolore à l’endroit de Taylor Hall étaient les deux sujets les plus chauds du jour, Marc Bergevin savait bien que l’absence de joueurs québécois repêchés par le Canadien allait refaire surface.

Au cours du repêchage tenu plus tôt cette semaine, rappelons-le, l’équipe n’a sélectionné aucun joueur d’ici et pas davantage de représentants de la LHJMQ. C’était la troisième fois en cinq ans que cette situation survenait.

Après que son responsable du recrutement amateur, Trevor Timmins, eut fait une tournée médiatique pour se désoler qu’on lui reproche de ne pas s’intéresser au hockey québécois, Bergevin a voulu recadrer le débat en ne mettant plus l’accent sur les joueurs de la LHJMQ, mais sur les francophones.

Selon lui, l’organisation du Canadien est celle qui compte le plus de francophones de toute la LNH si l’on inclut les clubs-écoles de la Ligue américaine. Le DG a avancé le chiffre de huit, divisé en parts égales entre le CH et le Rocket de Laval, un sommet selon lui. Il a également calculé que le Lightning de Tampa Bay en comptait six.

La Presse a vérifié cette statistique en compilant la liste de tous les joueurs francophones actuellement sous contrat avec une équipe de la LNH. Nous avons donc exclu les joueurs qui ont été repêchés mardi et mercredi derniers ainsi que les joueurs autonomes à la recherche d’un emploi – Derick Brassard et Anthony Duclair, par exemple.

Ajustements

Conclusion : sur le fond, Bergevin a raison, mais quelques nuances s’imposent. Quelques corrections aussi.

D’abord, il faut s’entendre sur la notion de francophone. S’il s’agit de personnes dont la première langue est le français, effectivement, il y a en a huit – tous des Québécois – à Montréal et à Laval : Jonathan Drouin, Phillip Danault, Charles Hudon, Xavier Ouellet, Alexandre Alain, Alex Belzile, Laurent Dauphin et Joël Teasdale. À noter que d’autres francophones font partie du Rocket, mais n’ont pas de lien avec le Canadien.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Phillip Danault

Par contre, si l’on calcule les personnes qui parlent français, il faut ajouter Paul Byron à cette liste. Même si le français n’est pas sa langue maternelle, Byron se fait un point d’honneur de s’adresser aux journalistes dans la langue de Molière.

Le total du CH s’élèverait réellement, donc, à neuf. Un bilan louable, mais pas unique.

Un coup d’œil vers Tampa Bay nous donne en effet le même total. Yanni Gourde et Cédric Paquette, du Lightning, ainsi que Gabriel Fortier, Alex Barré-Boulet, Mathieu Joseph, Daniel Walcott et Jimmy Huntington, du Crunch de Syracuse, sont tous des Québécois dont le français est la première langue. Ajoutons à cette liste Alex Killorn, qui est né à Halifax, mais qui a grandi à Montréal et qui peut tout à fait tenir une discussion en français. On arrivait donc à huit, avant que ne surgisse Christopher Gibson en fin de journée – à la défense de Bergevin, l’ancien des Saguenéens de Chicoutimi n’avait pas encore signé son contrat au moment du point de presse de vendredi. Match nul, donc.

D’autres équipes font bonne figure à ce chapitre. Après les signatures de vendredi, les Sénateurs d’Ottawa comptaient dans leurs rangs huit joueurs maîtrisant le français, y compris Matt Murray et Erik Gudbranson, acquis au cours des derniers jours.

Les Sens sont suivis par les Flyers de Philadelphie et les Islanders de New York, avec six chacun, puis par les Ducks d’Anaheim, les Predators de Nashville et les Penguins de Pittsburgh, qui en alignent cinq. Six équipes en comptent quatre, tandis que trois n’en ont aucun.

LNH et Ligue américaine

Nous avons soumis cette compilation à deux autres tests.

D’abord, celui de la répartition des joueurs francophones entre la LNH et la Ligue américaine.

Marc Bergevin a avancé que quatre des huit francophones de l’organisation évoluaient avec le Canadien. C’est une belle fleur à faire à Charles Hudon et à Xavier Ouellet, car ces deux joueurs ont passé la majorité de la dernière saison à Laval et devraient faire de même en 2020-2021. Selon notre décompte, seulement trois joueurs francophones du Tricolore – Drouin, Danault et Byron – sont pleinement établis dans la LNH, si bien que le CH n’arrive pas premier à ce chapitre.

À Vegas, tant et aussi longtemps que Marc-André Fleury sera membre des Knights, il fera partie d’un quatuor de Québécois avec Jonathan Marchessault, Nicolas Roy et William Carrier, tous des joueurs identifiés à la LNH.

À Long Island, on retrouve les « pure laine » Jean-Gabriel Pageau et Anthony Beauvillier, mais ceux-ci pourraient converser sans problème en français avec Cal Clutterbuck et Mathew Barzal. Tout comme à Philadelphie, où le Québécois Nicolas Aubé-Kubel côtoie au quotidien le Franco-Ontarien Claude Giroux et les Néo-Brunswickois Sean Couturier et Philippe Myers.

En réalité, la situation du Canadien à cet égard est similaire à celle du Lightning (Gourde, Paquette et Killorn) et à celle des Blues de St. Louis (David Perron, Samuel Blais et Marco Scandella).

Enfin, puisqu’il était à la base question de repêchage, nous avons vérifié quelle organisation avait dans ses rangs le plus de francophones qu’elle a elle-même repêchés.

Le Canadien ne remporte certainement pas la palme, puisque du groupe des neuf, seul Charles Hudon a été sélectionné par l’équipe, en 2012.

Presque la moitié des équipes du circuit (14 sur 31) ont sous contrat au moins deux francophones qu’elles ont elles-mêmes repêchés. Parmi celles-ci, sept en comptent trois, et deux, les Islanders et le Lightning, en regroupent quatre.

En somme, le Canadien n’a pas tort d’affirmer qu’il compte sur le plus grand nombre de joueurs francophones dans son organisation. Mais non seulement il est moins démarqué du peloton qu’il ne l’affirme, mais en outre, on constate qu’à une exception près, ceux qui lui sont associés ne proviennent pas de son système de repêchage.

« Souvent, avec les statistiques, tu peux faire virer ça du côté que tu veux », a dit Marc Bergevin au cours de son point de presse.

À ce compte, il a bien raison.

— Avec la collaboration de Guillaume Lefrançois, La Presse