Une bagarre ? 15 minutes de pénalité.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Trois bagarres ? Un match de suspension.

Tu continues ? Une partie de plus, après chaque combat.

Ce sont les nouvelles sanctions adoptées mercredi par les équipes de la LHJMQ. Oui, c’est imparfait. Oui, les mesures pourraient être plus sévères. Oui, un joueur qui se bat devrait être expulsé de la rencontre.

Maintenant, il faut aussi reconnaître le caractère historique de cette décision. Et ses nombreux mérites. La LHJMQ progresse. Plus vite que la Ligue nationale. Que la Ligue américaine. Que ses deux sœurs, en Ontario et dans l’Ouest, où un ado qui édente son adversaire peut sortir du cachot après cinq minutes. La ligue progresse tellement vite qu’en deux petites semaines, des propriétaires favorables au statu quo appuient maintenant les changements. Avec l’espoir, c’est vrai, d’obtenir une aide financière d’urgence du gouvernement en retour.

« Dans un changement de culture, il faut y aller progressivement », m’a expliqué la ministre Isabelle Charest, qui a piloté le dossier au gouvernement. « Je souhaite que ça aille plus loin un jour. Mais je suis capable d’accepter ce qui est là. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

La ministre Isabelle Charest

Qui sort gagnant du vote de mercredi ?

Tout le monde.

Vraiment.

D’abord, les jeunes. Quinze minutes au cachot, c’est trois fois plus qu’avant. Ce sera dissuasif, m’ont confié trois entraîneurs-chefs. Le commissaire Gilles Courteau le croit aussi. « On est convaincus qu’avec les nouveaux règlements, on va encore réduire le nombre de bagarres », indique-t-il.

Moins de bagarres, moins de coups à la tête.

Moins de coups à la tête, moins de commotions.

Moins de commotions, une vie pas mal plus belle.

Aussi, le cerveau de ces jeunes de 16 à 20 ans n’est pas encore pleinement développé. Les séquelles d’un combat peuvent s’avérer très graves. « Et la plupart ne feront pas carrière ensuite dans le hockey professionnel », souligne avec raison la ministre.

Dans l’autre camp, les partisans du statu quo craignent qu’une réglementation plus sévère contre les bagarres n’encourage les coups vicieux. Un étrange argument. Dans la LNH, les bagarres sont permises. Est-ce que ça empêche Brad Marchand de distribuer plus de six-pouces qu’un caissier chez Subway ? Non. Alors que dans les compétitions internationales, où les combats sont interdits, les coups salauds sont presque inexistants…

Il y a quelques secondes, j’évoquais la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest. Elle aussi sort grandie de cette négociation. Elle a réussi à imposer sa vision à la LHJMQ, ce que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi.

Comment ?

En cessant les discussions sur une aide financière d’urgence tant que la ligue n’aurait pas adopté des mesures plus sévères contre les bagarres. Du chantage, ont crié ses détracteurs. Euh… Ça s’appelle la politique. Le gouvernement peut aider une industrie. Ou pas. C’est son choix. S’il investit l’argent des contribuables, il peut imposer ses conditions. Il l’a fait avec Bombardier. Avec le Cirque du Soleil. Avec un paquet d’entreprises. La ministre a utilisé son levier. Non seulement c’était son droit, mais c’était aussi son devoir de mieux encadrer ces jeunes athlètes-étudiants.

Il s’agit d’une victoire politique importante. Pour la ministre Charest autant que pour son parti. Surtout après les semaines difficiles qui ont suivi le reconfinement du sport étudiant.

« Les échanges avec M. Courteau ont toujours été bons, m’a-t-elle confirmé. Nous avons une certaine vision commune. On veut protéger les jeunes. J’ai compris que [le hockey], c’est un monde difficile à changer. Il existe encore de vieilles mentalités. Je l’ai constaté en lisant les vieux arguments en faveur des bagarres. Je suis capable d’accepter que [les changements] ne se fassent pas d’un coup. »

Enfin, c’est une très grande victoire pour la LHJMQ.

Pourquoi ?

Il y a un mois, des propriétaires craignaient pour la survie de leur franchise. Car cet hiver, au Québec, il n’y aura pas de revenus de billetterie. De stationnement. De concessions alimentaires. Et moins d’argent des commanditaires.

Après le vote de mercredi, la LHJMQ a plus que jamais l’oreille de la ministre pour obtenir une subvention. On parle de 20 millions, répartis entre les 12 clubs de la province. « Ce n’est pas encore finalisé, me confirme la ministre. Il n’y a pas d’échéancier fixe. Mais on comprend qu’il y a une insécurité financière. On veut présenter rapidement un dossier au Conseil des ministres », qui a le dernier mot.

Ce que Gilles Courteau est en train d’accomplir relève de l’exploit. Depuis le départ des Expos de Montréal, au début des années 2000, les gouvernements gardent un bras de distance avec les organisations sportives. Souvenez-vous des refus encaissés par la Ligue canadienne de football, cet été, auprès du fédéral. Comme Isabelle Charest, Gilles Courteau est lui aussi en train de réussir là où tant d’autres ont échoué. Et tout indique qu’il parviendra à sauver les 12 franchises québécoises.

Moins de bagarres, une ligue sauvée. Comme disent les anglos, c’est une solution gagnant-gagnant.

La nouvelle Eugenie

Il y a un mois, la carrière d’Eugenie Bouchard périclitait. Son classement mondial (272e) ne lui permettait plus d’accéder aux tableaux principaux. Les promoteurs du tournoi d’Istanbul lui ont alors fait une fleur. Une très, très, très petite fleur. Plus petite encore qu’un bourgeon de bonsaï. Un laissez-passer… pour les qualifications.

Depuis ? La Québécoise s’épanouit. Huit victoires en neuf matchs. Soit autant de gains que pendant les 18 mois précédents. La voici maintenant parmi les 32 survivantes à Roland-Garros.

Eugenie Bouchard a retrouvé sa force. Mais surtout, le plaisir de jouer. « Je suis juste contente d’être ici », a-t-elle déclaré, mercredi. Elle s’est montrée « reconnaissante » de pouvoir disputer Roland-Garros malgré son rang. Depuis quelques jours, elle multiplie aussi les messages en français. Tout pour plaire à ses partisans d’ici.

La nouvelle Eugenie est humble. Souriante. Mature. Et ça lui va très bien. J’ai bon espoir que ses succès de septembre ne soient pas qu’un spasme.

Max Domi et les pee-wee

En entrevue au Journal de Montréal, le directeur général Marc Bergevin a eu des mots durs envers Max Domi. « Nous ne serons pas ici pour faire plaisir à un joueur, a-t-il dit. On ne gère pas le Canadien comme une équipe chez les pee-wee, où tous les joueurs ont des présences égales. »

Vrai. Par contre, dans le pee-wee, il y a des entraîneurs qui gèrent leur banc comme celui du Canadien…