Pandémie mondiale oblige, le mot « stabilité » a cruellement perdu de sa superbe depuis le printemps dernier.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Alors quand Jeff Petry a reçu un appel de Marc Bergevin pour discuter d’une prolongation de contrat, alors que son entente actuelle ne devait venir à échéance qu’au terme de la prochaine saison, il a tendu l’oreille. Et les négociations n’ont pas traîné.

C’est ainsi que le Canadien a annoncé que son défenseur demeurerait avec l’équipe jusqu’en 2025, en vertu d’un nouveau contrat de quatre ans qui s’amorcera en 2021-2022. Petry empochera un total de 25 millions, soit 6,25 millions par saison.

L’augmentation salariale de 750 000 $ dont il profite peut sembler modeste. Après tout, lorsque le Canadien l’a acquis, à la fin de la saison 2014-2015, Petry se voyait confier un rôle de soutien dans une défense dirigée par Andrei Markov et P.K. Subban. Son apport offensif n’était pas dénué d’intérêt, mais ne faisait pas fondre les cœurs non plus, avec des récoltes annuelles d’une vingtaine de points.

Or, cinq ans plus tard, l’Américain de 32 ans est une pièce maîtresse de son équipe. Un « A » a été cousu sur son chandail. Il a récolté 40 points ou plus au cours des trois dernières saisons, et son total de 128 points dans le même intervalle lui vaut le 17e rang des défenseurs de la LNH, le 10e chez les défenseurs droitiers. Chaque soir, il dispute plus de 23 minutes par match, dans toutes les phases de jeu, même les plus critiques. Il a même déclassé Shea Weber sur la première vague de l’avantage numérique.

L’absence de Weber pendant quelques matchs, l’hiver dernier, a confirmé ce qui devenait de plus en plus évident aux yeux de tous les observateurs : le Canadien ne pouvait plus se passer de Jeff Petry.

Il y a fort à parier que s’il avait testé le marché des joueurs autonomes, comme il aurait été en droit de le faire au terme de la saison 2020-2021, il aurait obtenu plus d’argent. Probablement 7 millions ou plus par année. Les défenseurs droitiers de son gabarit, qui possèdent un tel coup de patin et un tel flair offensif, ne courent pas les rues.

Mais les choses ont drôlement changé depuis 2015, pour lui et autour de lui. Le voilà père de trois garçons, dont l’aîné entrera bientôt à l’école. Ses enfants sont nés et ont grandi à Montréal. « Il y avait évidemment plus de choses à considérer que la dernière fois que j’ai signé un contrat, il y a cinq ans », a convenu le numéro 26 en vidéoconférence, vendredi après-midi.

Dans la balance, il y a aussi eu cette sacrée pandémie qui a plongé la planète dans l’incertitude, et avec elle la LNH.

Le directeur général du Canadien a communiqué avec le clan Petry il y a un peu plus de deux semaines. Plusieurs « conversations » ont eu lieu. Vendredi, une entente a été annoncée. À l’évidence, Petry n’a jamais eu l’intention d’aller tester sa chance sous d’autres cieux. La durée du contrat, sa valeur et la stabilité qu’il assure à sa famille ont été autant de facteurs déterminants.

Et, disons-le, l’accord est aussi à l’avantage du Canadien, alors que le plafond salarial a été « gelé » jusqu’à nouvel ordre.

« Personne ne sait ce que la prochaine saison nous réserve : ça a un impact sur les décisions pour la suite de ma carrière et de celle des autres gars, a confirmé Petry. Je savais, dès l’appel initial de Marc Bergevin, qu’il y avait d’énormes chances que je revienne. J’ai adoré mon expérience à Montréal, l’organisation n’a fait que de bonnes choses pour moi. Quand la chance s’est présentée, je ne pouvais pas l’ignorer. »

Avenir prometteur

Après l’élimination du Canadien par les Flyers de Philadelphie, il y a quelques semaines, le bilan dressé par Jeff Petry en avait laissé plus d’un songeur. Le défenseur avait exprimé le souhait évident que son équipe génère davantage d’attaque. Il avait aussi dit souhaiter du renfort qui ajouterait un peu de muscle sur les trios offensifs.

Des questions avaient surgi : préparait-il tranquillement sa sortie ?

Cette réflexion n’a pas été abordée au cours de la négociation contractuelle, a-t-il assuré, mais elle avait fait partie d’une conversation franche qu’il a eue avec la direction après la défaite du Canadien en séries éliminatoires contre les Flyers de Philadelphie.

« Marc m’a demandé mon opinion, je lui ai dit ce que je pensais », a indiqué Petry.

Allez savoir ce que les deux hommes se sont dit. Quoi qu’il en soit, les gestes accomplis par son patron au cours des dernières semaines l’ont encouragé. Jake Allen soulagera Carey Price d’une charge de travail appréciable, et Joel Edmundson ajoutera du poids à la ligne bleue. « Il y a encore des améliorations à apporter, mais ce sont des pas en avant », selon Petry.

La performance de son équipe en séries a aussi alimenté sa réflexion.

Le Tricolore, rappelons-le, était destiné à rater les séries par une marge considérable au terme de la campagne 2019-2020. Mais la saison a pris fin abruptement. Et le format hors norme du retour au jeu a donné une seconde chance aux Montréalais qui, inspirés par les jeunes joueurs de centre Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi, ont battu les Penguins de Pittsburgh, puis tenu tête aux Flyers.

« Juste de voir comment nous avons joué, ça en dit long sur l’équipe qu’on a, a dit Petry. Tout le monde était contrarié après la saison que nous avions eue. Nous avons eu une belle chance, nous l’avons saisie. »

« Le futur est prometteur », a-t-il prédit.

Marc Bergevin doit maintenant s’attaquer au cas de ses autres vétérans destinés à l’autonomie complète en 2021, soit Brendan Gallagher, Phillip Danault, Tomas Tatar et Joel Armia.

Petry dit avoir parlé à Gallagher « tout au long du processus » de négociation et a décrit son coéquipier comme un « élément clé de cette équipe ». Tout comme Danault, « qui a joué un rôle crucial » pour le Canadien.

« Je ne connais pas leur situation, mais j’espère qu’ils feront partie de notre groupe pour les années à venir », a-t-il conclu.