Les temps sont difficiles dans la LHJMQ. Les clubs québécois – privés de spectateurs – ont besoin d’argent. Maintenant.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Leur solution ? Demander une aide d’urgence à Québec. Environ 20 millions, répartis entre les 12 équipes d’ici. Des gros sous. Surtout que les Québécois accueillent froidement les subventions aux clubs sportifs. Puisqu’il s’agit d’athlètes amateurs, la ministre Isabelle Charest s’est montrée ouverte.

En retour, elle a formulé un souhait.

Que la LHJMQ fasse des gestes importants pour réduire les bagarres.

La ligue a déjà entamé le travail. Depuis cinq ans, les instigateurs et les récidivistes sont punis plus sévèrement. Les combats ont diminué de moitié. Il y en a maintenant un tous les quatre matchs.

Mais c’est encore trop. La ministre veut que ça change. Je la cite, en février dernier : « On est rendus là comme société. Ce n’est plus tolérable comme comportement. »

Elle a raison. Voir deux adolescents sur patins s’échanger 60 coups de poing à mains nues pendant 30 secondes, sans qu’aucun témoin n’intervienne, c’est inacceptable.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation et ministre responsable de la Condition féminine

Jeudi dernier, le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, a donc soumis deux idées aux propriétaires :

– un bagarreur sera désormais chassé pour 15 minutes (plutôt que 5);

– un joueur sera suspendu après 5 bagarres (plutôt que 10).

Une révolution ? Vraiment pas. Je souligne que les bagarres sont interdites dans presque toutes les ligues de développement au monde. Dans la NCAA. Dans les circuits juniors en Russie, en Suède, en Allemagne, en Finlande, en Suisse, en République tchèque. Les sanctions doivent être plus sévères. Mais au moins, c’est un pas dans la bonne direction.

Le résultat du vote ?

Pour : 10

Contre : 8.

Adopté ? Non. Ça prenait l’accord de 12 des 18 clubs. Alors statu quo.

Gilles Courteau n’était pas content, me confirme-t-on. La ministre ? Encore moins.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Gilles Courteau, commissaire de la LHJMQ

« C’est certain qu’on aurait aimé que ce soit accepté, a indiqué M. Courteau à Radio-Canada Mauricie. Il faut accepter la décision des propriétaires et regarder ce qui peut être fait pour améliorer l’encadrement des joueurs de hockey. » (M. Courteau a refusé ma demande d’entrevue.)

Parmi les huit clubs réfractaires, il y en a quatre dans les Maritimes. Mais aussi quatre au Québec. Et pas les plus riches. Selon mes sources, ce sont les Voltigeurs de Drummondville, les Olympiques de Gatineau, les Huskies de Rouyn-Noranda et les Foreurs de Val-d’Or.

Souvenez-vous qu’à quelques jours du repêchage, en mai, les Foreurs ont mis au chômage la majorité de leurs employés. Dont leur recruteur en chef.

À la mi-août, le président des Voltigeurs, Éric Verrier, a indiqué au journal L’Express que son club « devra geler certaines dépenses et des investissements à court terme. On devra trouver des façons d’amener du nouvel argent dans nos poches ».

Pendant le confinement, la construction du futur aréna des Olympiques de Gatineau a été interrompue. Faute de liquidités. Le Conseil des ministres vient tout juste de secourir le projet en approuvant un prêt de 21 millions d’Investissement Québec.

Ces clubs se sont quand même opposés au projet. Une décision mal reçue. Tant par la ligue que par le gouvernement. Les propriétaires comprenaient-ils les conséquences de leur refus au moment de voter ?

Pas sûr.

Je sais que parmi les opposants, certains estimaient que c’était une simple décision de hockey. « Aucun club ne veut se mettre le gouvernement à dos », m’assure une source impliquée dans les discussions. Surtout que pour les clubs des petits marchés, l’aide gouvernementale représente presque la totalité des revenus perdus aux guichets.

Sauf que le mal est fait. La ministre Charest est contrariée, me dit-on. Je la comprends. Vendredi, Gilles Courteau lui a proposé de mettre sur pied un comité qui accoucherait d’un rapport cet hiver. La réponse fut immédiate : non. La ministre jongle plutôt avec l’idée d’exiger de la LHJMQ des sanctions encore plus sévères que celles de jeudi dernier. Les discussions doivent reprendre cette semaine. Et elles risquent de prendre fin avec un choix très simple.

Ce seront les bagarres.

Ou les subventions.

Mais pas les deux.