Julien BriseBois et le Lightning de Tampa Bay ont poussé un soupir de soulagement en apprenant la reprise des activités de la LNH cet été.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Aucun club n’aurait souffert autant d’une annulation de la saison en raison de la pandémie. Tampa demeure le seul club à avoir cédé deux choix de première ronde en 2020 pour du renfort à court et à moyen terme.

« Ça m’a traversé l’esprit », a déclaré le DG du Lightning, Julien BriseBois, lors de son point de presse par vidéoconférence vendredi après-midi, « mais mon rôle était de faire en sorte qu’on soit en position de se faire justice si on complétait la saison. C’est une situation qu’on ne pouvait contrôler. J’ai donc consacré mon attention pendant la pause à trouver les moyens d’être prêts pour la reprise des activités. »

Mais les séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey ont été mises sur pied dans deux bulles distinctes, à Toronto et à Edmonton, et quelques semaines plus tard, voilà le Lightning et les Stars de Dallas en finale de la Coupe Stanley.

« Le travail accompli par la LNH et l’Association des joueurs pour nous permettre de disputer ces séries éliminatoires est remarquable. Je les remercie d’avoir permis à deux équipes de se disputer la finale de la Coupe Stanley. Les gens sous-estiment la complexité d’amener 24 équipes dans deux bulles et de s’assurer que tous demeurent en santé. Ce n’était pas aussi complexe que de permettre à l’homme de mettre le pied sur la lune, mais c’était complexe. »

Julien BriseBois aurait été déçu de rater cette autre chance de rivaliser pour la Coupe. « On travaille tous pour gagner la Coupe Stanley. Ç’aurait été désolant qu’on nous prive de cette chance. »

Après que le Lightning eut été éliminé sèchement en quatre matchs par les Blue Jackets de Columbus en première ronde l’an dernier, malgré une domination outrageuse en saison régulière, BriseBois s’est assuré d’en faire une équipe plus costaude et rugueuse.

Il a ajouté trois défenseurs à sa formation, dont deux anciens « modèles ». Luke Schenn, 6 pi 2 po et 217 livres, s’est joint à la formation l’été dernier. Zach Bogosian, 6 pi 3 po et 226 livres, a été embauché en février après avoir été largué par les Sabres de Buffalo.

PHOTO JASON FRANSON, LA PRESSE CANADIENNE

Patrick Maroon (14), Luke Schenn (2) et Zach Bogosian (24) ont été acquis par Julien BriseBois afin de faire du Lightning une équipe plus costaude.

On les disait trop lents pour la « nouvelle » Ligue nationale. Ils n’ont pas joué un rôle de premier plan chez le Lightning, mais ils ont ajouté de la profondeur et de la robustesse.

Le coup de patin déficient de l’ailier Patrick Maroon, 6 pi 3 po et 225 livres, n’a pas effarouché Julien BriseBois non plus. Il lui a offert un contrat d’un an de 900 000 $.

Le défenseur Kevin Shattenkirk, joueur plus en finesse, a été embauché pour un an au salaire de 1,7 million de dollars. Shattenkirk a amassé 9 points en 19 matchs de séries et joue en moyenne 19 minutes par match.

« Dans un monde du plafond salarial, le contrat des joueurs est crucial, a expliqué Julien BriseBois. Nous étions dans une situation où, en raison de nos succès, nous avons pu attirer Patrick Maroon, Luke Schenn et Kevin Shattenkirk à un salaire moindre parce qu’ils voulaient gagner la Coupe. Ils connaissaient notre situation salariale. Ils ont amélioré l’équipe. »

Le plus grand pari de BriseBois a été pris à la date limite des échanges en février. Il a cédé aux Devils du New Jersey le choix de première ronde obtenu des Canucks de Vancouver pour J.T. Miller l’été précédent et l’espoir Nolan Foote afin d’obtenir l’ailier Blake Coleman, marqueur d’une vingtaine de buts par saison, et qui a obtenu 36 points à sa meilleure saison.

L’acquisition de Barclay Goodrow une semaine plus tard a fait encore plus sourciller les observateurs. Donner un choix de première ronde pour un joueur de sept ou huit buts par saison demeurait très généreux, malgré les atouts physiques de ce colosse.

PHOTO FRANK GUNN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Tampa Bay a cédé un choix de première ronde aux Sharks de San Jose pour obtenir Barclay Goodrow.

Mais Goodrow et Coleman, dans l’ombre des grandes vedettes Andrei Vasilevskiy, Victor Hedman, Brayden Point et Nikita Kucherov, ont formé avec le Québécois Yanni Gourde l’un des trios les plus efficaces du Lightning en séries éliminatoires. Ils ont joué plus de 18 minutes par match cet été. Coleman a amassé 10 points en 19 matchs, Goodrow a préparé le but gagnant d’Anthony Cirelli en prolongation vendredi soir.

« Il faut un mélange de talent et de résilience pour gagner en séries, a souligné Julien BriseBois. La différence entre les clubs est minime une fois dans les éliminatoires. C’est dur d’atteindre la finale. C’est difficile de gagner un seul match. Imaginez quatre matchs, et quatre fois quatre matchs si on veut gagner la Coupe. C’est le trophée le plus dur à gagner dans le sport. Et ça ne donne même pas un portrait fidèle de la réalité. »

Le DG du Lightning, qui a succédé à Steve Yzerman en septembre 2018, a vanté ses deux acquisitions. « Ils [les joueurs] se sont bien intégrés à notre vestiaire. Nous avions fait nos recherches. Si nous avions eu des doutes, nous ne les aurions pas obtenus. La pause et le camp d’entraînement à la reprise leur ont permis de s’acclimater encore mieux. Ils ont été incroyables pour nous. Ils nous ont rendus meilleurs. »

Quatre victoires encore, et cet avocat montréalais pourra passer à l’histoire de la Ligue nationale de hockey.

FORCES

On évoque souvent l’attaque du Lightning, mais il a l’une des meilleures défenses de la Ligue nationale, menée par un gardien, Andrei Vasilevskiy, au sommet de son art, et un top 4 en défense constitué de Victor Hedman, de Mikhail Sergachev, de Ryan McDonagh et d’Erik Cernak. Tampa a accordé en moyenne 2,21 buts par match depuis le début de séries. Dallas vient au 16e rang sur 24, avec une moyenne de 3,05. Le Canadien est premier, avec une moyenne de 1,90 en 10 rencontres. Parlant du Canadien, ce n’est pas sans amertume qu’on peut constater que deux des trois défenseurs les plus utilisés du Lightning, Ryan McDonagh et Mikhail Sergachev, ont été repêchés par Trevor Timmins et son équipe de recruteurs.

FAIBLESSES

Le Lightning n’a pas de véritable faiblesse. Par contre, il compte beaucoup de joueurs amochés. Nikita Kucherov était déjà fragile physiquement. Il a joué 36 minutes lors du cinquième match et 28 minutes dans le sixième. Brayden Point est revenu au jeu dans le dernier match de la série après avoir raté la rencontre précédente. Anthony Cirelli a subi un choc au genou en deuxième période du sixième match avant de revenir au jeu et de marquer le but gagnant. Tampa aura une seule journée pour récupérer. Dallas a disputé son dernier match lundi.

ILS ONT DIT

Julien BriseBois

« Steven Stamkos ne sera pas en uniforme samedi, mais on n’écarte pas l’éventualité d’un retour en finale », a dit le DG du Lightning à propos du capitaine de l’équipe (66 points en 59 matchs en saison régulière).

Jon Cooper

« En 2013, lorsque je suis devenu l’entraîneur du Lightning, tout le monde me disait que j’étais un nouvel entraîneur. Je me considérais comme un nouvel entraîneur dans la LNH, mais pas un nouvel entraîneur. Je recherchais comme adjoint quelqu’un qui connaissait la Ligue et qui pouvait me servir de mentor. J’ai été chanceux de trouver Rick Bowness. J’ai appris tellement de lui, comment la Ligue fonctionne, comment y connaître du succès.

« On a passé la moitié d’une décennie ensemble. Puis, un jour, nos routes se sont séparées, de façon amicale. Nous avions besoin d’un nouveau départ. Je ne serais pas ici aujourd’hui sans lui. La veille du sixième match, nous avions une table près du staff des Stars. Nous avons jasé. Je ne l’avais pas vu si souvent récemment. Je l’ai félicité pour sa place en finale. Nous n’étions pas encore qualifiés à ce moment. »

Alex Killorn

« Andrei Vasilevskiy est la personne la plus compétitive que j’ai rencontrée dans ma vie. Il veut devenir le meilleur gardien de la Ligue nationale de hockey. Sa façon de se préparer, de travailler est unique. Victor Hedman a beaucoup gagné en maturité comme joueur et comme personne au fil des années. Ces gars-là sont finalistes à leurs postes respectifs d’année en année. Ça prouve qu’ils seront de grands joueurs pour longtemps. »

Victor Hedman

« Andrei [Vasilevskiy] veut avoir un blanchissage à chaque match. Il est de loin le meilleur gardien que j’ai vu. Il nous donne une chance de gagner à chaque match. Nous sommes ravis de pouvoir compter sur lui. »

Yanni Gourde

« On a toujours du gaz pour une finale de la Coupe Stanley. On vient de vivre une série robuste. Les Islanders ont vraiment bien joué, mais on est prêts et excités pour la finale. »