La route vers la Coupe Stanley est parfois longue. Parlez-en à Jim Nill, 62 ans, directeur général de l’année dans la LNH, dont les Stars viennent d’atteindre la finale pour la première fois en 20 ans.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Nill est en poste à Dallas depuis 2013. En sept ans, les Stars ont raté les séries éliminatoires trois fois et remporté deux tours. Ils n’avaient jamais franchi le deuxième tour avant cet été. Ils ont connu une seule saison de plus de 93 points en sept ans.

Le Canadien, on le rappelle, avait obtenu 96 points il y a deux ans et néanmoins raté les séries éliminatoires.

Les Stars ont terminé au 24e rang dans la Ligue nationale à la quatrième année du règne de Nill. Pour plusieurs, ça aurait valu un congédiement.

Rick Bowness est le quatrième entraîneur-chef sous Nill. Celui-ci a nommé Lindy Ruff à son arrivée. Ken Hitchcock a succédé à Ruff en 2017. Puis Jim Montgomery a été embauché en 2018, avant d’être congédié en janvier.

Voyons comment cet ancien attaquant modeste de la LNH dans les années 80 a patiemment bâti ce club.

Formé à l’école des Red Wings

Nill a fait ses classes dans l’organisation des Red Wings de Detroit pendant presque 20 ans, de 1994 à 2013, avant d’être enfin promu directeur général. Il a travaillé étroitement avec Ken Holland à titre de directeur du développement des joueurs, puis adjoint au directeur général.

Jim Nill est imprégné des valeurs des Red Wings : bâtir à l’aide du repêchage, faire preuve de patience avec les jeunes, mais aussi souligner l’importance d’un leadership vétéran.

Les Stars avaient remporté une seule ronde de séries en 11 ans à son arrivée. Ils avaient une lacune criante, l’absence de centres offensifs. Jamie Benn y avait été muté par défaut.

Quelques semaines après son arrivée, Nill a réussi un coup de maître : obtenir un centre numéro un de 21 ans, Tyler Seguin, sans toucher à son noyau. Il a cédé Loui Eriksson, Reilly Smith et Joe Morrow au directeur général des Bruins de Boston à l’époque, Peter Chiarelli, pour obtenir Seguin. Celui-ci lui a donné depuis six saisons de plus de 70 points, dont deux de 80 points ou plus.

Après Seguin, Spezza

Un an plus tard, Nill a mis la main sur un autre centre offensif, Jason Spezza, des Sénateurs d’Ottawa, pour Alex Chiasson et un choix de deuxième tour. Spezza a obtenu deux saisons de plus de 60 points à son arrivée.

Malgré tout, il a fallu attendre l’émergence d’un trio de jeunes défenseurs avant de voir les Stars devenir l’équipe actuelle.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Miro Heiskanen

John Klingberg était encore à Frölunda en 2013, après avoir été repêché au cinquième tour trois ans plus tôt. Esa Lindell avait été repêché en 2012 et partageait encore son temps entre le circuit junior finlandais et la Ligue d’élite. Et la pièce maîtresse, Miro Heiskanen, avait alors… 13 ans.

On parlait du repêchage. Six joueurs choisis par les Stars sous le règne de Nill ont participé aux séries cet été. Parmi lesquels trois joueurs importants : Heiskanen, quatrième choix au total en 2017, Denis Gurianov, choix de premier tour en 2015, et Roope Hintz, choix de deuxième tour la même année.

Recrutement rebâti sous Nill

Le recrutement amateur des Stars était un désastre avant l’arrivée de Jim Nill. Malgré plusieurs succès en cours de carrière, la fin de règne de Les Jackson comme directeur du recrutement amateur n’a pas été glorieuse avec plusieurs échecs récents au premier tour : Radek Faksa, Valeri Nichushkin, Jack Campbell et Scott Glennie. Par contre, les Stars ont réussi à dénicher Lindell et Klingberg dans les tours plus tardifs.

Mais ne donnons pas le mérite à Jackson dans le cas de Klingberg. Le directeur du recrutement amateur des Stars en Europe, Kari Takko, 57 ans, en poste à Dallas depuis 2000, et patron du repêchage européen depuis 2010, a dû supplier Jackson de repêcher le Suédois au cinquième tour, en 2010.

Nill a apporté des changements dès son arrivée. Il a amené avec lui le directeur du recrutement amateur des Wings, Joe McConnell, qui a occupé cette fonction pendant 10 ans à Detroit. Et il a sagement conservé Takko.

Heiskanen, 21 ans, repêché troisième après Nico Hischier et Nolan Patrick en 2017, joue 25 minutes par match depuis le début des séries et vient au quatrième rang des compteurs de la LNH en éliminatoires, derrière Nathan MacKinnon, Brayden Point et Nikita Kucherov, avec 22 points en 21 matchs.

Habile sur le marché des joueurs autonomes

Le directeur général des Stars a complété sa formation en étant actif sur le marché des joueurs autonomes, comme le faisait si bien Ken Holland lors des grandes années des Red Wings. Ben Bishop, Alexander Radulov, Joe Pavelski, Corey Perry et Andrej Sekera se sont ainsi greffés au noyau au fil des ans.

Il faut du flair, mais aussi de la chance pour atteindre la finale. Les Stars ont remporté un seul de leurs 10 premiers matchs en début de saison. Ils ont congédié Montgomery pour ses problèmes de dépendance à l’alcool, en le remplaçant par Rick Bowness, incapable de se trouver un poste d’entraîneur-chef depuis 2004 après avoir été exclu des séries huit fois en neuf saisons lors de ses expériences précédentes.

Les Stars ont accédé au carré d’as en l’emportant en prolongation dans le septième match contre l’Avalanche du Colorado grâce à un tour du chapeau de Joel Kiviranta, 24 ans, jamais repêché, et rarement rappelé de la Ligue américaine cet hiver.

Il s’en faut parfois de peu pour que les éloges se transforment en critiques…

> (Re)lisez la grande entrevue accordée par Jim Nill à Mathias Brunet en novembre 2015