En ce dimanche après-midi pluvieux, changer de chaîne quelques instants pour regarder le football pendant la deuxième période du match opposant le Lightning de Tampa Bay aux Islanders de New York s’est probablement révélé un choix malheureux pour nombre d’amateurs déchirés entre leurs deux sports de contact favoris.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Car il n’a fallu que 27 secondes pour passer d’une marque de 0-0 à 2-1, à l’avantage de Tampa. Dans l’intervalle, les New-Yorkais s’étaient emparés de l’avance, mais le temps de cligner des yeux, le match leur avait été arraché des mains.

Voilà désormais le Lightning en avance 3-1 dans cette finale de l’Association de l’Est, en vertu d’une victoire convaincante de 4-1. Un seul gain le sépare désormais de la finale de la Coupe Stanley. Et à le voir aller dimanche, on se demande bien comment les Islanders pourront tenir le coup plus longtemps.

Même si les Floridiens semblaient seuls sur la glace en première moitié de rencontre, dominant leurs adversaires dans à peu près toutes les catégories imaginables, c’est tout de même par le truchement d’une magnifique pièce de jeu individuelle que les Insulaires ont pris l’avance, gracieuseté de Brock Nelson.

Sur la séquence, le trio de Yanni Gourde, Blake Coleman et Barclay Goodrow n’a pas très bien paru, mais l’entraîneur-chef Jon Cooper, visiblement un adepte du renforcement positif, lui a donné la chance de se reprendre en le laissant sur la glace. Il n’a pas été déçu.

Du fin fond de son territoire, Gourde a servi une longue, haute et précise passe lobée à Coleman qui, seul devant Semyon Varlamov, a déjoué le gardien d’une habile feinte. Après quoi le premier trio, celui de Brayden Point, Nikita Kucherov et Ondrej Palat, est entré au bureau : mise en jeu remportée au centre de la glace, entrée de zone efficace de Point, remise à Kucherov, qui retrouve Palat tout à sa gauche. Comme dans le manuel d’instructions.

Je pense que [Jon Cooper] voulait nous redonner confiance. Il nous a gardés sur la glace pour changer le momentum, et c’est ce qu’on a fait. C’était une grosse présence pour nous.

Yanni Gourde, en référence au revirement de situation provoqué par son trio

« Je ne crois pas qu’un joueur doive être cloué au banc » après un but accordé, a confirmé l’entraîneur. À ses yeux, il faut évaluer « un match [dans son ensemble] et non une présence » isolée. « Ces gars ont un travail à faire. Ils ont répondu aux attentes. Ç’a été énorme pour nous. »

On le mentionne pour la forme, mais son homologue Barry Trotz, des Islanders, a signé une analyse un chouia différente.

« Il y a certaines présences sur lesquelles je mets l’accent afin de garder le momentum : la première et la dernière d’une période, ainsi que celle suivant un but. Nous avons échoué deux fois. À nous de prendre le blâme », a-t-il convenu.

Dominants

Peut-être est-ce le trio de Gourde qui a relancé le Lightning, mais n’oublions pas que c’est la première unité qui a pris le relais par la suite. Cette combinaison a remis ça en troisième période, cette fois au profit de Point, dont le but a réellement scié les jambes des Islanders, qui se battaient jusque-là furieusement pour leur survie.

Surtout, le trio de Point, Kucherov et Palat a complètement éclipsé la principale ligne offensive des Islanders, celle de Matthew Barzal, Jordan Eberle et Anders Lee. Après quatre matchs dans cette série, la guerre des premiers trios est à sens unique.

Trotz n’a pas hésité à parler des trois joueurs « élites » du Lightning, à qui il ne faut pas « céder un pouce ». Or, « on leur a donné trop de pouces », a-t-il illustré. Quant à ses meilleurs éléments, muselés à cinq contre cinq, « il leur faudra trouver une manière de produire », a encore dit Trotz. « Il nous reste une chance ; ce groupe s’est trop investi jusqu’ici pour ne pas donner son meilleur effort » dans le cinquième duel de la série, mardi soir.

Optimiste, Josh Bailey a promis que son équipe allait « trouver un moyen » de contenir le Lightning et de rester en vie une autre journée.

Intention louable s’il en est une, mais dont il est difficile de ne pas douter. Devant une machine de hockey à peu près sans faille, les Islanders, un peu comme les Stars de Dallas dans l’Ouest, semblent se prêter à une expérience dont le titre pourrait être quelque chose comme « jusqu’à quel point peut-on étirer un élastique en compensant un déficit de talent par un effort défensif incessant face à un adversaire supérieur ? » – c’est un titre de travail.

Or, à la différence des Stars, qui ont réussi à jeter la confusion chez les Golden Knights de Vegas, les Islanders semblent à bout de ressources. Leur longue série contre les Flyers de Philadelphie les ont laissés fatigués, et ils ont appris que deux de leurs soldats blessés, Casey Cizikas et Tom Kuhnhackl, avaient quitté la « bulle » et n’y reviendraient pas.

Dimanche encore, l’élastique semblait étiré au maximum pour cette bande de travailleurs, qui ont certainement connu plusieurs bons moments… mais autour desquels ça semblait souvent tourner trop vite.

Le raffiné Matt Martin a tout de même tenté de jeter les gants pour le troisième match de suite. Il en faudra résolument plus que ça, particulièrement contre une équipe qui semble avoir déniché à toutes les positions les meilleurs de leur profession.

Il paraît toutefois que ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini. On verra bien mardi.