Ryan Poehling constituera sans doute le défi le plus important de Joël Bouchard lors de la reprise des activités dans la Ligue américaine.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

À pareille date l’an dernier, Poehling se préparait à entamer le camp d’entraînement du Canadien, auréolé de son tour du chapeau lors du dernier match de la saison régulière, en avril. Le jeune homme était d’ailleurs invité au tournoi de golf du Canadien, contrairement à Nick Suzuki, tout juste sorti des rangs juniors. Jesperi Kotkaniemi espérait faire oublier une deuxième moitié de saison difficile.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Ryan Poehling le 2 février 2019 lors d’un match contre les Blue Jackets de Columbus.

Une année plus tard, Suzuki et Kotkaniemi ont été promus au centre des premier et deuxième trios du Canadien en séries éliminatoires.

Poehling est le seul attaquant invité dans la bulle de Toronto à ne pas avoir disputé de match. On lui a préféré Jake Evans, Alex Belzile, Charles Hudon et même Dale Weise, un éventuel joueur autonome sans compensation.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling au camp de perfectionnement du Canadien le 29 juin 2018.

Le jeune homme de 21 ans, choix de première ronde de l’équipe en 2017, joueur par excellence du Championnat mondial junior en 2019, a connu une première année difficile chez les professionnels.

Poehling a obtenu deux points en 27 matchs lors de ses rappels avec le Canadien, et seulement 13 points en 36 matchs dans la Ligue américaine.

« Je ne sais pas pourquoi il n’a pas joué et je ne peux pas parler de sa condition physique parce que je n’étais pas avec le Canadien (en séries) », a lancé Joël Bouchard vendredi après-midi aux quelques journalistes venus le rencontrer à l’occasion de la collecte de sang du Rocket de Laval. « L’équipe avait des décisions à prendre. Jake (Evans) et (Alex) Belzile ont très bien fait aussi. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, LAPRESSE

L’entraineur-chef du Rocket de Laval, Joël Bouchard, lors d’une entrevue aux médias lors de la collecte de sang du Rocket de Laval, au Complexe Multi-sports, le 11 septembre.

« On a fait un suivi avec tous nos joueurs (pendant la pandémie), incluant Ryan, et on leur a donné tout ce qu’on avait à donner pour l’entraînement hors glace », ajoute-t-il.

Ryan a 21 ans et il est encore en apprentissage. Vous en faites une plus grosse histoire qu’elle ne l’est pour moi.

Joël Bouchard

L’entraîneur en chef du Rocket de Laval aime ses joueurs comme s’ils étaient ses propres enfants. Normal de voir Joël Bouchard défendre Poehling, du moins publiquement, envers et contre tous. Et ses joueurs le lui rendent bien.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Ryan Poehling lors de la partie entre les Oilers d’Edmonton et les Canadiens de Montreal au Centre Bell le 9 janvier 2020.

« Demandez à Phillip Danault, je suis certain qu’il a eu des moments plus difficiles en début de carrière. Le hockey professionnel lui a présenté des défis. Ryan n’est pas différent. Il apprend de nouvelles choses, un autre calibre, un style de jeu complètement différent des rangs universitaires. »

Danault, un joueur dont le profil pourrait s’apparenter à celui de Poehling, repêché au 26e rang, en première ronde, en 2011, a amassé 26 points, dont seulement 6 buts, à sa première année dans la Ligue américaine, à Rockford, au même âge.

Ses statistiques allaient s’améliorer légèrement la saison suivante, avec ses 38 points, dont 13 buts, en 70 matchs. Danault commençait à jouer sur une base plus régulière avec le Blackhawks de Chicago à sa troisième année chez les professionnels, sans grand succès offensif toutefois, comme en font foi ses cinq points, dont un but, en trente matchs. C’est à ce moment que les Hawks l’ont échangé au Canadien avec un choix de deuxième ronde (Alexander Romanov) pour deux joueurs de location, Dale Weise et Tomas Fleischmann, le 26 février 2016.

PHOTO FRANÇOIS ROY LA PRESSE

Philip Danault après son but contre les Islanders de New York le 3 décembre 2019.

Danault aurait sans doute obtenu une deuxième saison consécutive de plus de 50 points si la saison régulière n’avait pas été interrompue, et il a terminé au sixième rang au scrutin pour le trophée Selke remis à l’attaquant défensif par excellence.

Nul ne sait encore si Poehling pourra se développer ainsi. D’autres, comme Nick Suzuki, 13e choix au total en 2017, ont eu un impact dès leur première année.

« Tous les joueurs sont différents, répond Joël Bouchard.

On fait l’erreur de comparer les joueurs. Il faut les comparer par rapport à leur propre développement, d’une année à l’autre. Ils ont tous une personnalité différente, un bagage différent, des aptitudes différentes.

Joël Bouchard

« Les gars passent d’un circuit où ils jouent moins de matchs à une ligue où il y a plus de matchs, avec des hommes, poursuit le coach. C’est un gros défi. Les gars vont tous frapper le mur à un moment donné à leur première année. Certains le gèrent un peu mieux que d’autres. Il n’y a rien d’anormal à vivre de l’adversité chez les pros à sa première année. Il a quand même vécu des choses positives, il a côtoyé des joueurs de la Ligue nationale à sa première saison, des Danault, des Gallagher. Et il a eu de bons moments avec nous. Avant qu’il se blesse à la fin de l’année, il jouait son meilleur hockey avec nous autres. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Ryan Poehling au camp d’entrainement du Rocket de Laval le 2 octobre 2019.

Joel Bouchard estime que la saison de la Ligue américaine reprendra fin 2020 ou début 2021. Poehling semble destiné à retourner dans la Ligue américaine. Chez le Canadien, les trois premiers postes au centre appartiennent désormais à Suzuki, Kotkaniemi et Danault, tandis que Jake Evans, un droitier comme Suzuki, a montré de belles choses au poste de quatrième centre en fin de saison et en séries.

Faudra-t-il développer Poehling à titre d’ailier ? « Je ne m’occupe pas de la position où il jouera, répond Joël Bouchard. Il a joué au centre dans le hockey amateur, quelques matchs à l’aile avec nous et chez le Canadien, mon travail est de développer des gars (en harmonie) avec la philosophie de l’organisation. La beauté de la Ligue américaine, c’est que c’est un laboratoire. On peut placer les joueurs dans des situations où ils sont moins à l’aise, pour en faire des joueurs plus polyvalents. Ça arrive souvent. Ryan a eu une bonne attitude quand on l’a placé à l’aile. Ça a bien tombé parce qu’il a joué à l’aile quand on l’a rappelé. »

Jesperi Kotkaniemi est revenu transformé d’un stage de quelques semaines auprès de Joël Bouchard et de ses adjoints Daniel Jacob et Alexandre Burrows. Voyons si ce trio de pédagogue aura la main aussi heureuse avec Poehling, à sa deuxième année chez les pros.