Allez savoir pourquoi, une statistique ne fait pas souvent la manchette, mais elle est pourtant sans équivoque : 100 % des équipes qui ont remporté la Coupe Stanley à ce jour ont vu leurs attaquants marquer des buts.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Qui essaie de nous cacher cette vérité ? Et pourquoi ? N’allons pas là.

N’empêche, cela peut sembler une évidence, mais le concept semblait un peu flou pour les Golden Knights de Vegas jusqu’en deuxième période, mardi soir.

Car avant le but de Paul Stastny, qui donnait les devants aux siens, les attaquants de la ville du vice avaient passé un peu plus de 276 minutes sans déjouer un gardien. Il fallait remonter au quatrième match de la série contre les Canucks de Vancouver pour retrouver la dernière contribution d’un joueur qui n’est pas le défenseur Shea Theodore (nous excluons ici les buts inscrits dans un filet désert).

C’est peu ? C’est un euphémisme.

Il ne fallait donc pas se surprendre de voir la réaction des joueurs au banc des Knights après la réussite de Stastny. S’ils devaient gagner la Coupe, leur célébration sera au point.

« Ça nous a enlevé beaucoup de pression, a convenu l’entraîneur-chef Peter DeBoer après le match. Quand on obtient des chances de qualité comme on l’a fait dans les matchs six et sept contre Vancouver et qu’on n’est pas récompensés, ça finit par nous hanter. C’est dans la nature humaine. »

Nous sommes une bonne équipe offensive, ça fait partie de notre identité. Je savais qu’on marquerait si on appliquait notre style de jeu. Et c’est ce qui est arrivé, contrairement au premier match.

Peter DeBoer, entraîneur-chef des Golden Knights de Vegas

La solution était si simple. Il suffisait de la mettre en application.

Deux autres attaquants, William Karlsson, en avantage numérique, et Tomas Nosek, à la suite d’un échange superbe avec Nicolas Roy et Chandler Stephenson, se sont aussi inscrits au pointage en deuxième période.

L’issue du match était scellée à ce moment. Le blanchissage de 3-0 est allé à la fiche de Robin Lehner, qui n’a accordé aucun but depuis presque 132 minutes – la défaite de 1-0 contre Dallas dimanche est allée à la fiche de Marc-André Fleury.

Ce premier duel entre les deux équipes, rappelons-le, avait vu les Knights s’endormir face au système bien ficelé des Stars, intraitables défensivement.

Le troisième match sera disputé jeudi à 20 h.

Ratés chez les Stars

Parlons-en, de ce fameux système.

Il a été évoqué, nommément sur cette tribune par mon collègue Richard Labbé, que la présente mouture des Stars rappelle celle de 1999, dont le jeu hermétique – et parfois soporifique – avait valu les grands honneurs aux Texans.

Tout cela est rigoureusement exact. Mais un détail mérite d’être souligné : les Étoiles de 1999 avaient parmi leur groupe d’attaquants trois futurs membres du Temple de la renommée rendus célèbres par leurs exploits offensifs : Mike Modano, Joe Nieuwendyk et Brett Hull (1).

Les Stars de 2020 n’ont pas ce luxe. Le principal fait d’armes d’Alexander Radulov mardi a été d’écoper de deux pénalités stupides, dont une en toute fin de rencontre alors que son équipe tentait désespérément de créer une étincelle. Tyler Seguin n’a certainement pas accéléré le vieillissement de Lehner avec ses tirs en entrée de zone. Jamie Benn a mieux fait, mais on l’a souvent senti bien seul.

Du reste, hormis quelques beaux flashes en milieu de troisième période des acteurs de soutien, c’était bien mince. « On croyait pouvoir remonter, il n’y avait pas de raison pour qu’on n’y arrive pas », a avancé Joe Pavelski, sans grande conviction.

Peut-être, mais l’entraîneur-chef des Stars, Rick Bowness, a clairement montré son appréciation du travail de ses troupes en confiant le filet au gardien recrue Jake Oettinger pour le dernier engagement. Une manière d’accorder au fiable Anton Khudobin un peu de repos dans une cause qu’il estimait, à l’évidence, perdue.

PHOTO JASON FRANSON, LA PRESSE CANADIENNE

Jake Oettinger (29)

Il y a un autre volet, primordial pourtant, à la recette qui a fait le succès des Stars pendant la saison et encore au cours des dernières semaines : pour que la stratégie de gagner en muselant l’adversaire fonctionne, il faut que tout le monde mette l’épaule à la roue. Sans exception.

Ça a marché à merveille lors du premier duel contre les Knights. Un tout petit peu en première période mardi. Puis plus du tout. Sur le premier but du match, Max Pacioretty a profité d’une véritable éternité pour remettre la rondelle à Stastny, laissé complètement seul devant Khudobin. Quand le défenseur Esa Lindell est arrivé sur la scène de crime, le mal était fait depuis un moment.

Et sur le but de Nosek, Radulov avait sciemment décidé qu’il ne serait pas du repli des siens : à peine traversait-il sa ligne bleue quand la rondelle trouvait la partie supérieure du filet.

« [Les Knights] ont bien joué, mais nous nous sommes imposé des problèmes, a analysé Bowness. Ils ont dominé les mises en jeu, on a écopé de plusieurs pénalités ; un mauvais changement a mené à leur premier but et on leur a donné un trois-contre-un sur leur troisième… On n’a jamais eu la chance de trouver notre rythme. »

Le mot de la fin, curieusement, revient au responsable des réseaux sociaux des Stars, dont le compte est d’ordinaire l’un des plus divertissants de la LNH.

« Ce n’était pas notre soirée », a-t-il conclu sur Twitter.

Il n’aurait pu mieux dire.

(1) Guy Carbonneau était lui aussi destiné au Temple, mais c’est son jeu défensif qui a fait son succès.