Dans son catalogue d’automne, la maison d’enchères Classic Auctions offrira une pièce de collection extraordinaire. Un chandail bleu-blanc-rouge porté par Maurice Richard lors d’un match de la Ligue nationale.

Alexandre Pratt
Alexandre Pratt La Presse

Ce qui le rend unique ?

Ce n’est pas un chandail du Canadien.

Explications ?

C’est plutôt son uniforme du match des Étoiles de 1950. D’un rouge éclatant, constellé de 10 étoiles cousues à la main, du logo de la ligue, de bandelettes bleues et blanches sur les épaules et de son numéro 9. La partie opposait les Red Wings de Detroit – champions de la Coupe Stanley – aux meilleurs joueurs des cinq autres équipes. Trois représentants du Canadien s’étaient rendus au Michigan en train : Glen Harmon, Émile Bouchard et le Rocket.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La maison Classic Auctions mettra aux enchères un chandail porté par Maurice Richard lors du match des Étoiles de 1950.

Ce soir-là, les Étoiles se sont fait rosser. Pas juste un peu. 7-1.

Le Rocket n’a pas compté de but. Mais il s’est quand même fait remarquer. « Richard a été le joueur le plus rapide sur la patinoire. Il a brillé par son jeu de passes et son travail en défensive », souligne La Presse. Selon le commentateur de radio Foster Hewitt, le Rocket a été « la bougie d’allumage de l’équipe », si une telle chose est possible dans une telle débâcle. N’empêche, Maurice Richard a dû épater la galerie, car il a obtenu une des étoiles de la rencontre.

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Les chandails portés lors des matchs des Étoiles sont très prisés des collectionneurs. Pour une raison fort simple : ils sont plus rares que les chandails de saison. Les joueurs ont aussi tendance à les garder dans leur collection personnelle. Lorsqu’ils sont proposés, ils font souvent l’objet d’une surenchère.

Ces dernières années, Classic Auctions en a vendu quelques dizaines à l’encan.

PRIX DE VENTE DE CHANDAILS DES MATCHS DES ÉTOILES
Eddie Shore, 1939* : 31 342 $
Bobby Orr, 1970 : 23 582 $
Émile Bouchard, 1947 : 13 798 $
Frank Mahovlich, 1974 : 8053 $
Mario Lemieux, 1990 : 6740 $
Guy Lafleur, 1976 : 6275 $
Connor McDavid, 2018 : 5900 $
* Chandail du match au bénéfice de la famille de Babe Siebert, entre le Canadien et les Étoiles de la LNH.

La maison d’enchères en a même vendu un autre du match des Étoiles de 1950. Celui porté par le capitaine du Canadien, Émile Bouchard. L’acheteur a payé 8565 $, plus les frais de commission. Pour le chandail du Rocket, le propriétaire de Classic Auctions, Marc Juteau, voit grand.

« À ma connaissance, il n’y a eu que deux ou trois chandails de Maurice Richard au match des Étoiles sur le marché.

— Avez-vous un chiffre de vente en tête ?

— Au-dessus de 50 000 $.

— En dollars canadiens ?

— Non. US. »

Un montant réaliste. Car le marché des collectionneurs est en pleine effervescence. Le plus gros boom depuis les années 1990.

« C’est fou, fou, fou », s’exclame Patrick Brisson, propriétaire de la boutique Collect-Édition, à La Prairie.

« Au début du confinement, on se posait des questions. Le commerce était fermé. On se demandait comment on allait passer à travers la crise. On a donc décidé d’ouvrir des boîtes de cartes sportives en direct sur le web. Puis ça a explosé. En mai, on a battu tous nos records. En juin, on a réalisé notre plus gros chiffre d’affaires depuis notre ouverture, en 2010.

— Combien ?

— Quatre-vingts pour cent de plus que d’habitude ! »

Comment expliquer cet engouement ?

Remontons aux premiers jours du confinement. Lorsque les règles étaient plus strictes. Presque toute l’Amérique était sous clé. Les gens se sont soudainement retrouvés avec beaucoup de temps libre. Et peu de choses à faire.

Plusieurs en ont profité pour faire le ménage du grenier ou du sous-sol. Ils sont retombés sur leurs vieilles cartes. Ça leur a donné le goût de compléter leurs anciennes séries.

Mes cartes des années 1990 sont restées sur des tablettes pendant des années. Maintenant, il y a de la demande.

Patrick Brisson, propriétaire de la boutique Collect-Édition

Des collectionneurs réguliers se sont retrouvés avec plus d’argent discrétionnaire. Parce qu’ils ont annulé des voyages, cessé d’acheter des billets de spectacle ou d’aller au restaurant.

Mais surtout, croit Patrick Brisson, le marché a été pris d’assaut par des spéculateurs. Notamment des parieurs sportifs qui, pendant des semaines, n’avaient aucun match sur lequel miser.

« Des influenceurs, comme l’entrepreneur Gary Vaynerchuk et le parieur Vegas Dave, ont multiplié les vidéos sur leurs investissements dans les cartes. Leurs recommandations ont un effet immédiat sur le marché », explique Patrick Brisson.

Gary Vaynerchuk a récemment suggéré d’acheter les cartes recrues de De’Aaron Fox, un basketteur des Kings de Sacramento. « Je n’avais jamais entendu parler de ce joueur, explique Patrick Brisson. J’ai acheté deux cartes, chacune à 149 $. Lorsque je les ai reçues, trois semaines plus tard, elles étaient déjà rendues à 240 $. Je les ai vendues le mois suivant 289 $. »

En quelques semaines, les spéculateurs ont injecté des dizaines de millions de dollars dans le marché. Bien sûr, ce phénomène a toutes les apparences d’une bulle qui éclatera. Comme ce fut d’ailleurs le cas au début des années 1990, lorsque la surproduction des cartes a tué le marché.

Mais en attendant la claque, plusieurs passent à la caisse.

La compagnie Topps vient de faire près de 2 millions avec une seule carte de Mike Trout, vendue en ligne à 100 000 exemplaires. Une autre carte du voltigeur des Angels de Los Angeles vient d’être achetée près de 4 millions aux enchères. Un record. Son vendeur ? Vegas Dave.

Si vous n’avez pas encore fait le ménage dans vos vieilles boîtes, c’est le temps de vous y mettre. Des fois que vous auriez oublié une carte recrue de Jean Béliveau. Ou un chandail du Rocket.

L’encan d’automne de Classic Auctions commencera à la fin du mois de septembre.