(Brossard) Jesperi Kotkaniemi n’a jamais été un moulin à paroles. Que ce soit par timidité ou par manque d’aisance en anglais, il s’en est souvent tenu à des réponses brèves en entrevue, même lors de sa saison recrue, quand il aurait pu recevoir les clés de la ville.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Mais il avait toujours son sourire espiègle, qui allait de pair avec son petit côté pince-sans-rire. En 2018, Shea Weber nous avait raconté son premier contact avec le Finlandais : « C’est un enfant, on voit son grand sourire. »

On a longtemps cherché ce sourire en conférence de presse, vendredi, après l’entraînement. La conférence, il est vrai, était sur Zoom ; le jeune homme parlait à une machine, ce qui ne favorise pas l’expression d’émotions, disons.

Et puis, Kotkaniemi a vécu bien des choses dans la dernière année. Un camp d’entraînement 2019 difficile, puis une blessure, puis une commotion, puis un renvoi à Laval, puis une blessure à la rate qui a nécessité une hospitalisation, puis l’arrêt de la saison une semaine plus tard. C’était la première fois que Kotkaniemi s’adressait aux médias québécois depuis ladite blessure à la rate.

Comment te sens-tu ?

Je me sens assez bien. Je suis un peu rouillé, mais ça partira avec le temps.

Jesperi Kotkaniemi

Le séjour à Laval, avec 13 points en 13 matchs, c’était bénéfique ? « Je ne dirais pas que c’était la meilleure chose, mais j’ai eu du plaisir avec les joueurs là-bas. »

Tu sembles avoir pris du coffre, on le voyait très bien sur une photo que tu as publiée sur les réseaux sociaux… « Je ne sais pas, je me sens assez bien dans mon corps. »

Le genre de conférence où les questions étaient souvent plus longues que les réponses.

La maturité

En début de semaine, Claude Julien avait souligné les progrès qu’il avait observés chez Kotkaniemi cette semaine. Après avoir insisté sur son coup de patin, l’entraîneur-chef en a rajouté vendredi.

« Je vois un jeune joueur en bien meilleure santé, il a tout un tir, ce sera un de ses atouts dans le futur », a expliqué Julien.

Beaucoup de qualités dans son jeu semblent indiquer qu’il va dans la bonne direction.

Claude Julien

Et la personnalité ? On ne peut évidemment pas se fier à ce qu’un joueur dégage en conférence de presse pour déclarer qu’il est un homme changé. Alors on a posé la question à l’entraîneur.

« C’est une question de maturité. Il reste une excellente personne, il l’a toujours été. Mais sur la patinoire, il est plus sérieux dans son jeu. Ça fait partie de la prise de maturité de tout jeune joueur. Au début, les jeunes ont le grand sourire, tout est beau, ils sont enthousiastes d’être ici. Mais ensuite, ils réalisent que ce n’est pas un travail facile. Avec la maturité, tu comprends quand c’est le temps d’avoir du plaisir et quand il faut être sérieux. »

Dans une rare réponse où il s’est ouvert, le numéro 15 a expliqué quelle leçon il retenait de sa deuxième saison, au cours de laquelle il a été limité à 8 points en 36 matchs dans la LNH.

« Un peu de tout. Tout le monde sait que mon coup de patin n’est pas ma plus grande force. J’y ai travaillé cet été. C’était l’aspect le plus important à améliorer. Je pense que ça va m’aider durant les séries et la saison prochaine. »

Son évolution sera intéressante à suivre. Vendredi encore, on a observé quelques pertes d’équilibre comme il en connaissait à sa première saison. Mais il faut aussi rappeler qu’il patine à Brossard depuis une semaine, après avoir patiné « quatre ou cinq fois » en Finlande, avant de revenir au Québec. Le gros de son entraînement, dans son pays, s’est fait en gymnase. « On a beaucoup travaillé sur mes jambes et mon tronc, pour ma stabilité. C’était la clé. »

Le facteur Domi

Depuis le début du camp, Kotkaniemi pilote ce qui ressemble à un troisième trio, avec comme ailiers Paul Byron (absent vendredi) et Artturi Lehkonen. C’est le rôle qu’il a occupé pendant la majeure partie de la saison 2018-2019, avant de ralentir en février.

Mais c’est aussi le rôle qui lui a échappé cette saison, quand ses problèmes ont coïncidé avec l’émergence de Nick Suzuki. S’il a pu reprendre ce rôle cette semaine, c’est notamment parce que Max Domi n’est toujours pas au camp et n’a pas décidé s’il jouerait cet été, en raison des risques liés à son diabète. Mardi, Julien avait prévenu que rien n’indiquait que « c’est Kotkaniemi qui se ferait tasser » si Domi se joignait à ses coéquipiers.

Soit. Mais le trio de Phillip Danault ressemble pas mal à une unité intouchable, tant son rendement est impressionnant. Vient ensuite le nouveau trio de Suzuki, Jonathan Drouin et Joel Armia. Trio auquel Julien veut donner une vraie chance, si on lit bien ses propos de vendredi.

« Je vois une petite chimie qui se développe entre trois joueurs très intelligents, capables de tout faire. Armia a un bon gabarit, il protège bien la rondelle. Drouin patine bien, il est capable de faire des jeux. Suzuki est très intelligent. La chimie entre les trois risque de nous donner un bon trio. »

Alors, si Domi revient ? Julien estime beaucoup Byron et Lehkonen ; il serait étonnant qu’il les confine au quatrième trio. Sortir Domi du top 9 serait plutôt délicat, à moins que son arrivée tardive au camp fasse en sorte que sa condition physique n’est pas au niveau de celle de ses coéquipiers. Si Kotkaniemi montre de si beaux progrès, il serait dommage de l’employer au sein d’un quatrième trio.

Ce sera aux entraîneurs d’être créatifs…