Ça ne fait pas si longtemps. Mais au rythme où vont les choses, on a l’impression que c’était il y a un an, il y a un siècle, il y a une éternité.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Le 28 avril dernier, quand Phillip Danault s’est adressé aux médias en téléconférence, on entendait alors que la LNH souhaitait conclure la saison en bonne et due forme avant de passer aux séries éliminatoires. Pour le Canadien, ça signifiait donc de jouer 11 matchs sans grande signification, puisque l’équipe se dirigeait tout droit vers une troisième exclusion de suite des séries.

C’est dans ce contexte que Danault, interrogé sur l’idée de se cloîtrer dans une bulle, avait déclaré que « ça ne serait pas humain de faire ça ». « Ça n’a vraiment pas de sens dans ma tête d’aller deux mois loin de ma famille, et encore moins pour ceux qui se rendront loin en séries et qui seront partis trois ou quatre mois », avait ajouté le père d’un bébé d’un an.

Quelque 80 jours plus tard, le discours de Danault a changé, mais la situation aussi.

La bulle que le Canadien et 23 autres équipes intégreront à Toronto et à Edmonton à compter du 26 juillet, ce sera pour un tournoi éliminatoire. Les équipes battues dès la phase de qualification n’y passeront que deux semaines. Seuls les quatre clubs en finales d’association y passeront deux mois, mais les joueurs pourront accueillir leur famille proche à partir de cette étape.

« En ce moment, ce que je vois, c’est qu’on prend bien soin de nous, a expliqué Danault, après l’entraînement de mercredi. Ils pensent à tout pour nous. C’est plus positif.

« Quand j’ai dit [que c’était inhumain], le processus n’avait pas été établi. Et on n’était pas en séries à ce moment-là. On parlait de jouer les 10 derniers matchs de la saison. Là, on est en séries, donc c’est différent et j’ai vraiment hâte d’y aller et de vivre ce défi. »

Positif en MLS et en NBA

La bonne nouvelle pour les hockeyeurs, c’est qu’ils peuvent voir venir les coups. La LNH sera en effet la troisième ligue nord-américaine à créer une bulle en cet été de pandémie.

Les matchs en MLS ont repris le 8 juillet. Voilà donc deux semaines que 24 des 26 équipes y sont. Le FC Dallas et le Nashville SC ont certes dû rebrousser chemin, mais il semble que les éclosions de cas de COVID-19 à l’intérieur de ces équipes aient été contrôlées. Il est d’ailleurs probable que les joueurs de ces deux équipes aient été infectés avant leur arrivée dans la bulle.

PHOTO PETER CASEY, USA TODAY SPORTS

Le tournoi MLS is Back bat son plein à Orlando.

Mercredi soir, le circuit nord-américain de soccer annonçait par ailleurs qu’aucun nouveau cas n’avait été décelé parmi les 1227 personnes testées dimanche et lundi.

Le reporter Maxime Aubin s’est rendu à Orlando pour le compte de France Football. Comme le fera la LNH, la MLS permet à des journalistes d’assister aux matchs, mais sans contact direct avec les joueurs. Les entrevues se font donc par visioconférence.

« Honnêtement, je pense que la MLS a fait du bon travail, explique Aubin à La Presse. Je suis plutôt optimiste. Ils ont fait une batterie de tests, ils ont isolé les cas positifs. C’est bien organisé et la sécurité est assez efficace. »

PHOTO KIM KLEMENT, USA TODAY SPORTS

L’entrée de l’ESPN Wide World of Sports, où sont accueillies la MLS et la NBA

Dans la NBA, les 22 équipes qui participent à la relance sont déjà arrivées dans la bulle à Orlando, et les premiers matchs sont prévus le 30 juillet. Lundi, le circuit annonçait que seulement 2 des 322 joueurs testés avaient été déclarés positifs.

« Je ne suis pas les autres ligues de très près, mais comme ils reviennent, tout le monde y porte un peu plus attention, a expliqué le gardien Cayden Primeau. Honnêtement, avec ce qu’on vit ici, on comprend ce à quoi ils doivent se soumettre et ça nous fait respecter encore plus ce qu’ils font. »

Du temps à écouler

De ce que l’on comprend, la bulle ressemblera essentiellement à une prison dorée. Les joueurs du Canadien et de six autres équipes, par exemple, seront logés au Royal York, luxueux hôtel du centre-ville, voisin de la gare Union. Bref, les joueurs ne seront pas à plaindre, loin de là. Mais ils devront néanmoins être disciplinés afin que la bulle soit hermétique.

Selon les protocoles de la LNH, un ou des étages seront entièrement réservés à chaque équipe. Les joueurs auront accès au bar, au restaurant et à la piscine. Les options de repas sont les suivantes : restaurant de l’hôtel, salles de réunion de l’hôtel (pour un souper d’équipe, par exemple), service aux chambres ou livraison d’un restaurant local.

Du reste, la LNH prévoit que « des excursions sociales » seront organisées, car la ligue dit « reconnaître l’importance de la santé mentale et des bénéfices psychologiques d’avoir des activités variées ».

Les joueurs interrogés mercredi reconnaissaient d’ailleurs avoir déjà changé leurs habitudes. Ils sont libres de leurs mouvements une fois qu’ils ont quitté l’aréna, mais sont fortement encouragés à « rester le plus possible à la maison » et à limiter leurs interactions aux seuls membres de leur famille immédiate, lit-on dans le protocole de retour au jeu.

C’est surtout après les entraînements que tu dois t’occuper.

Cayden Primeau

« Je me suis abonné à Netflix, je regarde pas mal plus d’émissions et de films, et je lis des livres, a expliqué Primeau. Je vis dans un appartement à Laval. J’essaie d’aller le moins possible à l’épicerie et de faire des provisions quand j’y vais. »

Cale Fleury vit quant à lui en colocation avec une autre recrue, Nick Suzuki. « On a des jeux vidéo et des jeux de société », a indiqué le jeune homme.

Le défi de s’occuper n’est pas le même pour les pères de famille, comme Danault. « J’ai un bébé à la maison, donc je me lève pas mal tôt, a rappelé le centre. […] On se repose parce qu’on a d’assez grosses journées. »

En bref

« Le plus gros défi de ma carrière »
Si Phillip Danault fait partie des discussions pour le trophée Selke, c’est parce qu’il affronte généralement les meilleurs trios adverses tout en pilotant la meilleure unité offensive du Canadien depuis deux ans. En termes de bons joueurs à contrer, il sera servi à souhait dans la série contre les Penguins, avec Sidney Crosby et Evgeni Malkin dans le camp adverse. « Je joue contre les gros trios et j’en suis fier, a dit Danault. Mais on le fait en équipe. Crosby est un très bon joueur, offensivement comme défensivement. Ce sera probablement le plus grand défi de ma carrière. »

... et celui de Julien !
Claude Julien, lui, aura plutôt comme défi de jouer au chat et à la souris contre son rival, Mike Sullivan, qui aura droit au dernier changement dans les premier, deuxième et cinquième matchs (si nécessaire). « J’aimerais dire que Danault jouera contre Crosby ou Malkin, mais quand tu n’as pas l’avantage de la glace, ça peut être difficile, a concédé Julien. Mike Sullivan est conscient du fait qu’on aimerait avoir Danault contre Crosby ou Malkin. J’entrevois un petit défi. »

Weber avec ses coéquipiers
Comme l’avait assuré Julien mardi, Shea Weber était de retour à l’entraînement avec ses coéquipiers, mercredi, après avoir fait une brève apparition en fin de séance la veille. Weber a repris sa place à la droite de Ben Chiarot dans la plupart des exercices. Du reste, les absents étaient les mêmes : Max Domi (en réflexion), Alexander Romanov (en Russie), Brett Kulak et Xavier Ouellet (absents depuis trois jours, aucune raison précisée).

Priorité à Price
En temps normal, dans un camp d’entraînement, les joueurs sont divisés en groupes, et il n’y a que deux gardiens dans chaque groupe, qui obtiennent donc un maximum de tirs. Cette fois, les 29 joueurs s’entraînent ensemble, et parmi eux, il y a quatre gardiens qui doivent se partager le travail. Julien a toutefois été clair : la priorité revient à celui qui a ressorti ses grosses jambières rouges mercredi, Carey Price. « Carey est notre numéro 1, c’est lui qu’on veut voir en forme. Il prend autant de tirs qu’il le veut. Quand il veut se reposer, il s’enlève et les autres gardiens partagent le travail. »

Compétition amicale
Cayden Primeau, qui se bat pour le poste d’auxiliaire, a reconnu le défi que ce ménage à quatre posait. « Quand tu es devant le filet, tu veux t’assurer que ça compte, car tu n’obtiens pas autant de tirs, ou tu ne fais pas autant d’exercices qu’avant. Tu as plus de temps pour te reposer, donc quand tu es devant le filet, tu peux pousser un peu plus et te donner à plus de 100 %. » Primeau a par ailleurs parlé d’une compétition amicale, ce qui sautait aux yeux avant le début de l’entraînement du jour, quand lui et Charlie Lindgren étaient les premiers sur la patinoire et s’exerçaient à se faire de jolies passes directement sur le ruban adhésif.