(Boisbriand) Joël Teasdale n’hésite pas une seule seconde quand on lui parle de la dernière fois qu’il a disputé un match de hockey. « Je peux te le dire, c’est le 26 mai 2019 ! »

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

L’espoir du Canadien s’en souvient parce que ce jour-là, il avait soulevé la Coupe Memorial avec les Huskies de Rouyn-Noranda. Le championnat le plus dur à gagner dans le sport, entend-on souvent, ce qui n’est pas fou parce que 60 équipes peuvent le remporter chaque année.

Teasdale s’en souvient aussi parce qu’il approche maintenant les 14 mois sans avoir joué, après qu’une déchirure ligamentaire au genou droit subie en août dernier l’a essentiellement forcé à mettre une croix sur la dernière saison.

Et comme le Rocket de Laval et la Ligue américaine n’amorceront pas la prochaine campagne avant – dans un scénario très, très optimiste – octobre, on comprend vite que l’attaquant pourrait passer, au bout du compte, un an et demi sans jouer de match.

À 21 ans, voilà qui n’est pas idéal. Surtout pour un joueur jamais repêché, qui a dû bûcher pour obtenir un contrat chez les professionnels. Et qui vient de voir la première des trois années de ce contrat partir en fumée.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Joël Teasdale, sur la glace du Centre d’excellence Sports Rousseau

« Je vais avoir deux ans pour me prouver au lieu de trois, explique-t-il à La Presse, rencontré après un entraînement au Centre d’excellence Sports Rousseau. Mais j’ai confiance en mes moyens et mon genou droit va super bien. Je ne pense pas avoir de problème. »

Teasdale avait recommencé à patiner « très tranquillement, depuis deux ou trois semaines », quand la pandémie a éclaté. Il a ensuite repris l’entraînement sur glace le 22 juin, quand les arénas du Québec ont rouvert leurs portes.

Deux saisons, deux réalités

Bref, on comprend que c’est tout un contraste pour Teasdale entre les saisons 2018-2019 et 2019-2020.

En septembre 2018, il a participé au camp d’entraînement du Canadien, et en est reparti avec un contrat en poche. Le 11 mai 2019, avec une production inouïe de 34 points en 20 matchs, il aidait les Huskies à remporter la Coupe du Président, lui qui avait perdu en finale de la LHJMQ lors des deux années précédentes, avec l’Armada. Deux semaines plus tard, il soulevait la Coupe Memorial.

Sa saison 2019-2020 n’a jamais vraiment commencé. Le 16 août 2019, le CH annonçait qu’il était blessé et qu’une convalescence de sept mois l’attendait.

Les sept mois me menaient aux séries. Ça n’aurait peut-être pas été une super idée de jouer mon premier match professionnel en séries, où le jeu est plus intense.

Joël Teasdale

« Quand je me suis blessé, on a fait le décompte, et on avait déterminé que c’était possible que je ne joue pas de la saison », souligne-t-il.

« Au début, je m’étais inscrit à des cours, mais je n’avais pas le moral pour les faire. J’habitais avec mon père parce que je ne pouvais pas conduire. C’était la première fois de ma vie que j’avais une grosse blessure, que j’arrêtais de jouer au hockey. Normalement, je joue à l’année, je joue du trois contre trois l’été, deux ou trois fois par semaine, je m’entraîne tous les jours pendant la saison.

« Je n’avais jamais été arrêté aussi longtemps et ça m’a rentré dedans. C’était aussi ma première année de contrat et ça aussi, je trouvais ça dur. Je perdais une année. Ma famille a été là pour moi et m’a aidé à rester positif. »

Teasdale a retrouvé le moral depuis. Même que lorsqu’il analyse froidement la situation, il rappelle que l’annulation de la fin de saison de la Ligue américaine ne l’a pas touché, puisqu’il s’était fait à l’idée qu’il ne jouerait pas.

Mais c’est maintenant l’incertitude qui le guette. David Andrews, qui préside le groupe de travail pour un retour au jeu dans la LAH, nous disait la semaine dernière qu’il nage lui-même dans l’inconnu quant à une date de début de saison. Contrairement à la LNH, la Ligue américaine ne peut pas se permettre de jouer devant des gradins vides, car les revenus de télévision ne sont pas au rendez-vous.

Une invitation au camp du Canadien, la semaine prochaine ? Impossible. Les équipes sont limitées à 30 patineurs, donc Teasdale ne fera pas partie des quelque 18 attaquants qui seront invités. Et de toute façon, « je ne suis pas prêt du tout à retourner à un jeu aussi intense, admet-il. J’essaie d’y aller tranquillement pour ne pas me blesser en partant. Mon plan est de renforcer mon genou ».

Monsieur Bricole !

Cela dit, la pandémie et le temps loin de la patinoire ont permis à Teasdale de se découvrir un talent. « J’ai appris que j’étais plus manuel que je le pensais et que je suis capable de construire des choses. Je regarde plein de vidéos pour me construire une terrasse quand mon duplex sera prêt. J’ai aussi un chien, je veux en avoir un autre cet hiver, et j’aimerais me faire un petit parc à chien dans la cour. »

« Mon duplex » ? Il est rare d’entendre un jeune homme de 21 ans parler de la sorte, à un âge où les priorités sont souvent plus futiles. Mais Teasdale a jugé qu’il était temps de faire un investissement avisé et deviendra donc propriétaire dans les prochaines semaines d’un duplex à Blainville.

« Mes parents m’ont toujours montré à être responsable. À Rouyn, j’ai vécu en pension, j’ai vécu l’éloignement, et ça m’a vraiment ouvert les yeux. Maintenant, je suis plus responsable, j’ai habité un an en appartement. On apprend rapidement quand on est seul et qu’il faut se débrouiller ! »

Ç’aura peut-être été une saison à l’eau sur la patinoire, mais ça ne l’a pas empêché de progresser dans la vie.