Caroline Ouellette dirigera les Stingers de Concordia la saison prochaine. Un poste qu’elle occupera temporairement pendant le congé de maternité de l’entraîneuse-chef, Julie Chu… sa conjointe.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Longtemps rivales au sein des équipes canadienne et américaine de hockey féminin, Caroline Ouellette et Julie Chu forment pourtant depuis des années, sur la glace et dans la vie, l’un des couples les plus dynamiques du sport.

Au cœur du formidable développement de leur sport depuis quelques décennies, elles se sont impliquées à tous les niveaux et continuent de le faire aujourd’hui.

Ouellette et Chu ont toutefois décidé récemment de prendre un peu de recul afin de fonder une famille. C’est d’abord Caroline qui a mis au monde la petite Liv, en 2017, puis Julie a donné naissance à une autre fille, Tessa, en pleine pandémie, quelques jours avant la fête des Mères.

« C’est un gros apprentissage de se retrouver ainsi avec deux jeunes enfants, a raconté Ouellette, mercredi, en entrevue. La pandémie a bousculé nos habitudes – Liv s’ennuie de ses amies de la garderie, moi, je n’ai pu accompagner l’équipe canadienne aux Mondiaux en raison de l’annulation de l’évènement –, mais elle nous permet de passer du temps merveilleux entre nous.

« En fait, nous n’avons sans doute jamais été aussi longtemps à la maison et nous l’apprécions beaucoup. Et même si nous ne pouvons voir nos familles, nos amies, ou faire les activités que nous apprécions, nous sommes contentes de constater que tous nos proches sont en sécurité. »

Si la famille est maintenant une priorité pour elles, Ouellette et Chu n’entendent pas négliger leurs rôles au hockey féminin.

Originaire du Connecticut, diplômée de l’Université Harvard, Chu est entraîneuse-chef du programme de hockey féminin de l’Université Concordia depuis 2016. Depuis son arrivée, les Stingers ont grossi les rangs de l’élite nationale, aux côtés des Martlets de McGill et des Carabins de l’Université de Montréal, le circuit québécois étant reconnu comme le plus fort au Canada.

PHOTO BRIANNA THICKE, FOURNIE PAR LES STINGERS DE CONCORDIA

Julie Chu

Aussi impliquée à Concordia aux côtés de sa conjointe, Ouellette a récemment accepté d’assurer l’intérim comme entraîneuse-chef pour la prochaine saison, durant le congé de maternité de Julie Chu.

Lisez l'annonce de la nouvelle (en anglais)

Avec quatre titres olympiques et six titres mondiaux, des championnats partout où elle a joué, Ouellette a l’un des plus beaux palmarès du hockey féminin. Et elle est déjà impliquée à plusieurs niveaux comme entraîneuse, aussi bien au hockey mineur qu’avec le programme national.

Prendre la relève à Concordia est un défi qui l’emballe. « Julie a vraiment développé un programme de très haut niveau avec les Stingers, explique Ouellette. La saison dernière, nous avons été numéro un au Canada pendant plusieurs mois, et même si nous avons connu quelques ratés en fin de saison, la base de l’équipe est solide pour plusieurs saisons. »

Julie va continuer de s’impliquer, dans la mesure où nous pourrons organiser la logistique de notre nouvelle grosse famille !

Caroline Ouellette

Reste à voir s’il y aura une saison. « J’ai espoir, estime Ouellette. Le RSEQ travaille sur la saison automnale et, si ça part à l’automne, c’est de bon augure pour les sports d’hiver comme le nôtre. En plus, les déplacements sont relativement courts dans notre circuit.

« Ce serait tellement triste pour nos athlètes [si la saison était annulée]. Nous avons développé des programmes d’entraînement, organisé des visioconférences afin de garder les filles motivées. J’espère vraiment qu’on pourra disputer des matchs, ne serait-ce qu’après les Fêtes. »

Ne pas oublier le hockey féminin

Quand la pandémie a éclaté, le hockey professionnel féminin était déjà en pause, faute de financement adéquat, et on peut craindre qu’il ne faille tout reprendre le travail à zéro pour créer des bases solides pour l’avenir.

« Avec la crise, c’est difficile d’imaginer que la LNH va créer une ligue féminine pour nous, rappelle Ouellette. Il ne faut pas relâcher nos efforts, solliciter les gouvernements, trouver du financement afin que notre sport ne soit pas laissé pour compte.

« C’est quand même étrange de considérer que ce sera la première fois de ma carrière que je vais gagner ma vie à Montréal en travaillant dans le hockey. »

Il n’y a qu’une poignée de postes pour les femmes ou au hockey féminin, alors que nous sommes pourtant nombreuses à avoir les compétences pour le faire.

Caroline Ouellette

Ouellette met beaucoup d’espoir dans un éventuel centre d’entraînement. « Danièle Sauvageau et Meg Hewings ont fait beaucoup de démarches pour créer un tel centre pour le hockey féminin, un peu comme celui qui existe en patinage de vitesse à l’aréna Maurice-Richard, souligne-t-elle. Il y avait des pourparlers avec l’auditorium de Verdun, avant la pandémie, et j’espère qu’ils pourront vite reprendre.

« Ce sera vraiment important de ne pas négliger le développement de notre sport, surtout en cette période difficile. En plus d’offrir du travail aux entraîneuses, un centre d’entraînement serait un outil essentiel pour assurer que les jeunes filles puissent développer leur potentiel et accéder un jour aux rangs professionnels et aux compétitions internationales. »

Et tous ceux qui appuient le hockey féminin espèrent que ce ne seront pas encore une fois les programmes masculins qui seront privilégiés.