Mike Ribeiro a inquiété ses proches après sa retraite de la LNH, en 2017. Pendant presque un an, ses amis étaient incapables de le joindre, et si on en croyait les rumeurs, il menait un train de vie dangereux pour sa santé. Son ancien coéquipier et grand copain Pierre Dagenais a même lancé un cri de cœur publiquement en juin 2018 afin de tenter de retrouver sa trace.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Ribeiro a refait surface cette semaine. Vraisemblablement transformé. Il a accordé une première entrevue jeudi soir à ses amis Guillaume Latendresse et Maxim Lapierre, avec Pierre Dagenais, justement, sur la balado La Poche bleue.

Il a ensuite rappelé La Presse. Le ton était posé, serein, au bout du fil. L’ancien centre du Canadien et des Stars de Dallas, entre autres, dit être complètement sobre depuis des mois.

Il est entré en thérapie en décembre. En est ressorti il y a deux mois. « La première fois que j’y suis allé [en novembre 2017], c’était pour ne pas perdre mon job, confie-t-il. Cette fois, c’était pour moi. Pour changer mon train de vie et changer l’image que je projette auprès de mes enfants. »

Mike Ribeiro a eu 40 ans en février. Cela marquait une étape charnière à ses yeux. « Je me suis toujours dit que je voulais jouer pendant 20 ans, que j’allais vivre mon rêve au maximum en ayant du fun, et que j’arrêterais tout à 40 ans. J’ai vécu le party entre 20 et 40 ans, avec l’argent et les femmes. Je veux vivre mes 40 prochaines années différemment. »

Ribeiro dit avoir « disparu » volontairement après sa retraite. « J’ai bloqué tout le monde pendant un an. Quand tu joues, tu dois répondre à tout le monde, payer des choses à tout le monde, mais à ma retraite, j’ai voulu être seul pendant une année complète, avant de revenir à la normale. Je l’avais planifié, ça aussi. »

La dernière thérapie n’a pas été trop dure, assure-t-il. « Ça a été facile d’arrêter beaucoup de choses, comme les drogues. Si tu es capable de jouer dans la Ligue nationale, tu es capable de changer. J’ai toujours pu réaliser ce que je voulais quand je le voulais. Quand j’entreprends quelque chose, j’y arrive. »

Ribeiro consacre désormais sa vie à ses enfants à Nashville, où il est toujours installé. « J’ai terminé ma carrière à Nashville et j’y suis resté. J’ai un fils de 19 ans, bientôt 20, un autre de 15 ans et une fille. Je vais attendre que les deux plus jeunes aient terminé le secondaire avant de faire des plans de déménagement. »

Il suit de près le développement de son fils de 15 ans, un jeune hockeyeur très doué. « Il s’exerce trois ou quatre fois par semaine avec l’équipe de Jean-Pierre Dumont, et on voyage tous les deux week-ends en tournoi parce qu’il n’y a pas assez de jeunes joueurs dans le sud. Je n’ai pas eu le temps de suivre mon plus vieux au hockey parce que je jouais. Pour celui-ci, je vais mettre toute mon énergie. C’est un bon petit joueur, il veut devenir un hockeyeur. »

Un déménagement à Montréal n’est pas à écarter. « Je suis en train de me demander si je ne devrais pas l’emmener ici parce que le calibre n’est pas aussi bon à Nashville. En plus, ma mère va être plus seule, même si j’ai une sœur à Montréal. Je dois en parler avec ma femme en rentrant à Nashville. »

Mike Ribeiro ne veut pas voir son fils refaire les mêmes erreurs que lui. « Je lui ai dit qu’il n’avait pas le droit d’avoir de blonde avant d’être repêché. Par la suite, il pourra y penser. Une blonde, à cet âge-là, ça va le déconcentrer. Il doit mettre toute son énergie au hockey, bien dormir, bien manger, prendre soin de son corps. Je n’ai pas fait ça. Si j’avais été plus sérieux, j’aurais peut-être obtenu 1000 points et gagné une Coupe Stanley. »

Malgré ses excès, ce choix de deuxième ronde du Canadien en 1998 a amassé 793 points en 1074 matchs. Il a connu six saisons de plus de 60 points, dont une de 83 points à Dallas en 2007-2008.

Son père Alberto

PHOTO ARMAND TROTTIER, ARCHIVES LA PRESSE

Mike Ribeiro, en compagnie de son père Alberto et de sa mère Marie Estrela, le matin de son premier match en carrière avec le Canadien, contre les Maple Leafs de Toronto, le 2 octobre 1999 au Centre Molson. Alberto Ribeiro, ancien joueur de soccer professionnel au Portugal et le plus grand supporteur de son fils, est décédé la semaine dernière à l’âge de 67 ans.

Mike Ribeiro a passé la semaine à Montréal pour assister aux funérailles de son père, Alberto, décédé la semaine dernière à 67 ans.

« Je pense qu’il était pas mal fier. Il le disait un peu à tout le monde. Il a tout sacrifié pour moi. Je n’ai pas grandi avec beaucoup d’argent. Mon père a été concierge dans des immeubles, puis concierge chez Kraft, sur la Métropolitaine. L’argent qu’on avait, mes parents l’ont mis sur moi. Il m’emmenait à chaque pratique, à chaque match. »

Ribeiro a grandi sur le Plateau, à l’angle de la rue Coloniale et de l’avenue du Mont-Royal. Alberto, un ancien joueur de soccer professionnel au Portugal qui a tenté sa chance à Montréal avec le Manic, est tombé en amour avec le hockey à son arrivée ici. Il a marché jusqu’au Canadian Tire de la rue de Bellechasse pour acheter à Mike sa première paire de patins, à 3 ans.

« Il m’a emmené à l’aréna Saint-Louis à 3 ans. Il ne savait pas patiner. Il y avait un Portugais qui était sur la glace au patinage libre et il lui a demandé s’il pouvait m’apprendre. Puis il m’a inscrit au hockey. Il m’achetait des patins deux fois ma pointure et il mettait des éponges devant pour qu’ils durent quelques années. »

Après quelques années dans la LNH, Ribeiro a eu assez de sous pour gâter ses parents et les remercier de leurs immenses sacrifices en leur offrant, entre autres, une maison à Pierrefonds. Sa mère Marie Estrela y habite toujours.

Une 25e Coupe à Montréal avec Guy Boucher

Mike Ribeiro caresse désormais un rêve un peu fou. Devenir un jour entraîneur dans la LNH, d’abord comme adjoint, et permettre au Canadien de remporter sa 25e Coupe Stanley. « C’est l’une des raisons pour lesquelles je voulais être sobre, pour devenir un entraîneur dans la Ligue nationale. Et plus j’y pense, plus j’aimerais travailler avec Guy Boucher. Si un jour, il coache à Montréal, je pourrais être son coach adjoint. Je ne connais pas l’avenir, mais j’y crois vraiment. J’ai réussi deux de mes rêves et la 25e Coupe est dans ma tête depuis longtemps. »

Guy Boucher et Ribeiro se sont connus dans les rangs juniors chez les Huskies de Rouyn-Noranda à la fin des années 1990. Boucher agissait à titre d’adjoint à l’entraîneur en chef Jean Pronovost.

« Je l’adore. Si je l’avais écouté, j’aurais moins fait le party. On a eu beaucoup de meetings ensemble, il a essayé de m’aider. Mais je n’écoutais pas. Je crois en lui comme coach et comme personne. J’adore aussi Claude Julien, qui a coaché contre moi dans les rangs juniors, mais si un jour ils changent d’entraîneur, je donnerais au moins trois ans à Guy Boucher. Montréal a une équipe très jeune. Il est très bon avec les jeunes. »