Juste comme on croyait que cette saison-là ne pouvait pas devenir plus bizarre…

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

La loterie destinée à déterminer l’ordre de sélection au prochain repêchage de la LNH a plongé la planète hockey dans le chaos le plus complet, vendredi soir, alors que l’identité de l’équipe qui occupera le premier rang au total demeure toujours inconnue.

Alexis Lafrenière, meilleur espoir nord-américain de la cuvée 2020 et candidat virtuellement indélogeable pour la toute première sélection, devra donc attendre encore quelques semaines avant de savoir avec quelle équipe de la LNH il amorcera sa carrière professionnelle. Les Sénateurs d’Ottawa, équipe la mieux placée pour remporter la loterie en détenant son propre choix et celui des Sharks de San Jose, ont dû se contenter des 3e et des 5e sélections. Les Red Wings de Detroit étaient aussi en position enviable, mais ils se contentent du 4e rang. Les Kings de Los Angeles, pour leur part, sont passés tout près du but : ils repêcheront en 2e place.

Pour la première fois depuis que la ligue a instauré un système de loterie préalable au repêchage, c’est l’une des équipes les moins bien représentées dans le boulier qui a remporté la mise. C’est en effet la boule de l’« équipe E » qui est sortie la première, malgré seulement 2,5 % des chances de l’emporter. Onze équipes étaient mieux positionnées qu’elle, notamment les Sénateurs (25 % des chances), les Red Wings (18,5 %), les Kings (9,5 %), les Ducks d’Anaheim (8,5 %), les Devils du New Jersey (7,5 %) et les Sabres de Buffalo (6,5 %).

Ordre de sélection au prochain repêchage :

1. Équipe mystère
2. Kings de Los Angeles
3. Sénateurs d’Ottawa
4. Red Wings de Detroit
5. Sénateurs d’Ottawa
6. Ducks d’Anaheim
7. Devils du New Jersey
8. Sabres de Buffalo

Quelle est donc cette « équipe E » ? C’est un tirage au sort qui le déterminera. En effet, puisque la saison régulière n’a pu se conclure comme prévu en raison de la pandémie de COVID-19, la LNH a décidé de modifier les règles relatives aux séries éliminatoires et à la loterie préalable au repêchage.

Ainsi, un tour préliminaire de qualification aux séries a été ajouté et devrait se mettre en branle au début du mois d’août si le plan de retour au jeu de la ligue se déroule comme prévu. Seize équipes, dont le Canadien, s’affronteront donc dans une série trois de cinq. Les huit gagnantes passeront aux éliminatoires dans leur format traditionnel, mais les huit perdantes deviendront les « équipes mystères », désignées dans le boulier de la loterie de vendredi par les lettres A à H. Si trois équipes déjà éliminées avaient décroché les trois premiers rangs au repêchage, on n’aurait plus jamais entendu parler de ce charabia.

Mais parce qu’on est en 2020, le sort en a décidé autrement.

Tirage et supputations

Les équipes mystères détiennent donc la toute première sélection ainsi que celles des rangs 9 à 15. Au terme de la ronde de qualification aux séries, un tirage au sort aura lieu pour connaître le nom de celle qui occupera le tout premier rang. Chacune des équipes impliquées dans ce tirage aura alors des chances égales (12,5 %) de l’emporter. Et ce pourrait bien être le Canadien de Montréal s’il s’incline contre les Penguins de Pittsburgh, tout comme Lafrenière pourrait aller rejoindre Sidney Crosby dans la ville de l’acier si, d’aventure, le Tricolore l’emportait.

Sur les réseaux sociaux, les supputations n’ont pas tardé à fuser. « Le camp d’entraînement sera optionnel pour certaines équipes », a blagué sur Twitter le gardien Robin Lehner, des Golden Knights de Vegas, trahissant l’état d’esprit de bien des partisans.

En effet, les équipes qui allaient rater les séries de toute façon – par exemple le Canadien, qui se trouvait à 10 points d’une qualification quand la saison s’est arrêtée – se retrouvent dans une étrange situation. Tout à coup, la perspective d’avoir une chance sur huit de repêcher un joueur de concession constitue un prix de consolation drôlement alléchant advenant une élimination rapide.

On avancera sans se tromper qu’aucune équipe ne perdra volontairement. « J’ai en tête de gagner la Coupe Stanley. Le premier choix n’est même pas sur mon radar », a déclaré le directeur général des Coyotes de l’Arizona, John Chayka, par l’entremise du compte Twitter officiel de son équipe. Théoriquement, ce sont les Devils qui détiennent le premier choix des Coyotes, mais ce choix reviendra en Arizona s’il se situe dans le top 3.

En conférence téléphonique, jeudi, le gardien du Canadien, Carey Price, a lui aussi déclaré qu’il préférerait toujours saisir la chance qui s’offre à lui de gagner sur-le-champ, mais il a tout de même décrit ce dilemme hypothétique comme insoluble (catch-22).

Il faut par ailleurs savoir que si jamais le tournoi de fin de saison ne peut avoir lieu pour des raisons de santé publique, le tirage au sort aura quand même lieu, mais cette fois entre les équipes qui occupaient les rangs 17 à 24 du classement de la LNH au moment de la pause, en tenant compte du pourcentage de points au classement (et non de la fiche des victoires et des défaites). Dans ce scénario, le Canadien serait inclus dans le tirage.

Déception à Ottawa

La déception était palpable chez Pierre Dorion, directeur général des Sénateurs d’Ottawa. Quand Bill Daly, commissaire adjoint de la LNH, a révélé que les Sens héritaient des 3e et 5e choix, le réseau Sportsnet a montré Dorion en gros plan. Son visage crispé en disait long sur son état d’esprit.

En effet, après trois saisons de misère, les Sénateurs ne pouvaient être mieux placés, avec une chance sur quatre qu’Alexis Lafrenière aboutisse à Ottawa, une probabilité égale à celle qu’une équipe mystère soit pigée – ce qui est arrivé.

Dorion peut tout de même se consoler avec deux sélections dans le top 5.

« C’est assurément quelque chose à laquelle on ne s’attendait pas, mais on se retrouve en position de force », a-t-il dit en entrevue à Sportsnet quelques minutes après l’annonce. Résolument plus détendu, même souriant, il a rappelé qu’il héritait de deux choix très élevés et a estimé qu’il aurait la chance de repêcher un « joueur incroyable » au 3e rang – un patineur qui devrait jouer dans la LNH « dès l’an prochain ».

Les Kings de Los Angeles ont quant à eux amélioré leur sort en gagnant deux rangs entre leur position projetée par le classement général de la LNH (4e) et leur position établie par la loterie : le jour du repêchage, ils s’exprimeront en deuxième. Leur DG, Rob Blake, a indiqué aux médias de L.A. que cette sélection « accélérerait le plan » de reconstruction de son équipe.

Outre les Sénateurs, les Red Wings sont les autres perdants de l’exercice en faisant le chemin inverse de celui des Kings : attendus au 2e rang, ils parleront finalement 4e.

Malgré la déception – c’est la quatrième année de suite que la loterie leur fait perdre du terrain –, il s’agira de leur meilleur positionnement en 30 ans, soit depuis que Keith Primeau a été choisi au 3e rang, en 1990.

Après le tirage, leur directeur général, Steve Yzerman, a pris la situation avec philosophie.

« Pour être honnête, je ne suis pas surpris », a-t-il dit, calmement, en entrevue avec la station locale d’ABC à Detroit.

« On n’avait que 18,5 % des chances, alors j’étais préparé à ne pas remporter le premier choix », a-t-il ajouté.

Les Wings pourront toujours se consoler : la dernière fois qu’ils ont détenu le 4e choix au total, c’était en 1983. Et leur choix s’était arrêté sur… Yzerman.

Ça ne les a pas trop mal servis.