« C’est un peu compliqué, et je m’en excuse. » Ces mots, criants de vérité, sont ceux qu’a prononcés Gary Bettman, le mois dernier, lorsqu’il a dévoilé le format adopté pour la loterie déterminant les choix au prochain repêchage de la LNH. À quelques heures de cette grande célébration du boulier, La Presse tente de vous aider à y voir plus clair.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

De phase en phase

Les phases sont à la mode par les temps qui courent dans la LNH. Le plan de retour au jeu post-COVID-19, par exemple, est marqué par toute une série de phases dont les contours sont aussi incertains que l’évolution de la pandémie. Il n’y a donc rien de surprenant dans le fait que la loterie ait elle aussi droit à ses deux phases… bien qu’il pourrait aussi n’y en avoir qu’une seule.

Le tirage qui sera effectué ce vendredi soir à 20 h est destiné à déterminer l’ordre de repêchage des 15 premières sélections. Or, si jamais trois des sept équipes déjà éliminées des séries éliminatoires – les Red Wings, les Sénateurs, les Sharks, les Kings, les Ducks, les Devils et les Sabres – obtiennent les trois premiers rangs, on ferme les livres et on se revoit le jour du repêchage, dont la date n’est pas encore connue. Dans ce scénario, les rangs 4 à 7 seraient attribués en fonction du classement en vigueur au moment de l’arrêt des activités de la LNH en mars dernier, établi par le pourcentage de points récoltés.

Mais si jamais une « équipe mystère » s’invite dans le top 3, on pigera de nouveau, en phase 2. Restez avec nous.

PHOTO ANNE-MARIE SORVIN, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Gary Bettman, commissaire de la LNH, lors du repêchage amateur en 2019, à Vancouver

16 équipes pour 8 places

À la liste des équipes éliminées établie plus haut s’ajoutent 16 autres formations, soit toutes celles qui s’affronteront au tour de qualification des séries – ce tour au format trois-de-cinq qui a été ajouté en prélude du « vrai » tournoi et qui a permis au Canadien de prolonger sa saison. Or, aucune de ces équipes n’entendra son nom vendredi soir. Car, rappelons-le, il n’y a que 15 rangs en jeu, et 7 sont déjà acquis aux clubs éliminés. Dans le boulier, on trouvera donc 8 équipes « mystères », soit celles qui auront perdu leur série de qualification.

À la télévision, elles s’appelleront « qualifying round teams », seront identifiées de A à H et se verront attribuer la représentation proportionnelle dont auraient normalement hérité les équipes classées 17e à 24e du classement général.

Mais, rappelons-le, on s’intéressera à ces équipes mystères seulement si n’importe laquelle d’entre elles est tirée parmi les trois premières. Le cas échéant, une seconde loterie aura lieu après le tour de qualification. Il s’agira alors d’un tirage à chances égales (12,5 % chacune) entre les huit nouvelles équipes éliminées, dont l’identité sera désormais connue.

Ce scénario hante sans doute les pires cauchemars des équipes éliminées. Mais pour entretenir la curiosité des partisans, on peine à trouver mieux.

Probabilités de repêcher au premier rang
Red Wings de Detroit 18,5 %
Sénateurs d’Ottawa 13,5 %
Sénateurs d’Ottawa* 11,5 %
Kings de Los Angeles 9,5 %
Ducks d’Anaheim 8,5 %
Devils du New Jersey 7,5 %
Sabres de Buffalo 6,5 %
Équipe mystère A 6 %
Équipe mystère B 5 %
Équipe mystère C 3,5 %
Équipe mystère D 3 %
Équipe mystère E 2,5 %
Équipe mystère F 2 %
Équipe mystère G 1,5 %
Équipe mystère H 1 %
*Choix originalement détenu par les Sharks de San Jose

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Pierre Dorion, directeur général des Sénateurs d’Ottawa

Ottawa à l’honneur

Partisans des Sénateurs, c’est peut-être votre journée. Du moins, on vous le souhaite. Car les trois dernières saisons de misère pourraient enfin porter leurs fruits. En effet, en acquérant sans condition le premier choix de 2020 des Sharks de San Jose dans l’échange impliquant Erik Karlsson, le directeur général Pierre Dorion ne se doutait probablement pas qu’il doublerait presque ses chances de repêcher au tout premier rang.

Car sur papier, la saison minable des Red Wings de Detroit aurait dû leur donner la meilleure position : toute dernière du classement général à l’arrêt des activités en mars dernier, l’équipe de Steve Yzerman se voit attribuer les meilleures probabilités, avec 18 %. Par contre, en additionnant les chances attribuées aux Sénateurs en vertu de leur classement (13,5 %) à celles des Sharks (11,5 %), on arrive à 25 %. Autrement dit, il y a une chance sur quatre qu’Alexis Lafrenière dispute ses parties locales dans la pittoresque banlieue ottavienne à compter de la saison prochaine.

PHOTO NAM Y. HUH, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

À l’heure actuelle, le Canadien de Montréal détient un mince 3 % des chances de repêcher au tout premier rang lors du prochain repêchage de la LNH.

Et le Canadien ?

Quelles sont les chances, à l’heure actuelle, que le Canadien repêche au tout premier rang ? En théorie, la réponse serait 3 %… si une équipe mystère est pigée ET si le CH perd contre les Penguins au tour de qualification. On arrive à ce calcul en multipliant la somme des probabilités qu’une équipe mystère remporte la loterie (24,5 %) par celles que le Canadien gagne le tirage au sort subséquent (12,5 %). En réalité, cette probabilité est la même pour les 15 autres équipes dans le même bateau que le Canadien, y compris les Penguins.

Mais voilà, si les équipes déjà éliminées forment le top 3, les rangs 8 à 15 seront attribués aux équipes perdantes du tour de qualification selon leur position au classement général. Dans cette éventualité, et advenant une défaite contre Pittsburgh, le Canadien repêcherait 8e.

Enfin, si, d’une manière ou d’une autre, les hommes de Claude Julien venaient à bout de Sidney Crosby et de sa joyeuse bande, Montréal serait exclu du top 15 au repêchage.

Ça commence à faire beaucoup de « si ». Mais ce n’est pas non plus comme si cette saison-là avait encore quoi que ce soit de normal.

Bonne loterie !