(Montréal) Gilles Lupien n’est pas surpris par le recours collectif intenté par Daniel Carcillo et Garrett Tayloy contre la Ligue canadienne de hockey et ses 60 clubs. Ça ne l’empêche pas d’être révolté.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

« On parle d’enfants qui sont utilisés par des directions d’équipes pour qui ce n’est pas grave. C’est la vérité qui sort et ça fait 30 ans que c’est comme ça, a-t-il dit au cours d’un entretien avec La Presse canadienne. Je l’ai déjà dit : les initiations et tout ce qu’elles impliquent, ce sont les dirigeants qui veulent ça.

« " On forme un club, faut montrer qu’on est ensemble, tous pareils ", disent-ils. Il y en a des jeunes hommes qui n’aiment pas ça. Ce n’est pas parce que ce sont des joueurs de hockey qu’ils aiment ça. »

L’agent de joueurs a ainsi réagi au recours collectif déposé devant la Cour supérieure de l’Ontario, jeudi. L’ex-joueur de la LNH Carcillo et l’ex-patineur de la Ligue de l’Ouest Taylor prétendent que des joueurs de 15 à 17 ans ont été « abusés sexuellement et physiquement, subi des initiations dégradantes et d’autres formes d’abus » lors de leur passage dans la LCH.

Le circuit canadien et les ses trois organisations membres — la WHL, la Ligue de l’Ontario et la Ligue de hockey junior majeur du Québec — sont identifiés comme les défendeurs, comme les 60 équipes qui les composent.

Carcillo et Taylor ont tous deux allégué avoir souffert d’abus lors de leur passage au niveau junior, des évènements qui les ont laissés « traumatisés de façon permanente ».

Le recours vise à obtenir des dommages pour négligence, bris d’obligation fiduciaire, bris de contrat et une déclaration que les équipes sont indirectement responsables des abus perpétrés par leurs employés et leurs joueurs.

Aucune des allégations n’a été prouvée devant un tribunal. Cela n’empêche pas Lupien de décrier la situation.

« Certains de ces jeunes embarquent dans des rouages et ils sont pris, a-t-il expliqué. Certains propriétaires d’équipes envoient les gars à leur chalet. S’il y a une beuverie lors de cette initiation, il n’y aura pas de mauvaise presse si ça déborde. Mais que se passe-t-il dans ce chalet ? Ça se soûle, il y a des filles, etc. Il y a des jeunes là-dedans qui ne sont pas là pour ça. Ce sont des joueurs de hockey qui veulent jouer au hockey.

« C’est de l’ignorance totale. Un autre propriétaire loue des chambres d’hôtels au centre-ville de Montréal pour faire des partys. C’est une culture qui date d’il y a 35 ans. Ce sont des gens à la vieille mentalité qui ne lâchent pas le morceau. Il faut qu’on en parle davantage : ce sont des enfants ! Il y a des jeunes de 16, 17 et 18 ans. »

Lupien en veut à ces adultes de cautionner ce type de comportements.

« Ce sont des dirigeants d’équipes qui donnent le " OK " à ça. Imaginez si c’était votre enfant. C’est pourtant ce qu’ils promettent aux parents d’enfants de la ligue : on va traiter votre fils comme vous aimeriez qu’il soit traité. Je n’aimerais pas qu’on mon fils soit traité comme ça. »

La LCH n’a pas voulu commenter le dossier. Du côté de la LHJMQ, un porte-parole a indiqué que les gouverneurs du circuit ont discuté de cette affaire en matinée, mais que puisque la ligue n’a pas été officiellement notifiée, elle n’émettrait aucun commentaire.

« Je ne brasse pas pour le plaisir. Je brasse parce que c’est révoltant. Ce sont des millionnaires qui font ça à vos enfants, a poursuivi Lupien, en parlant des propriétaires d’équipes de la LHJMQ. Dans la vraie vie, ces initiations seraient criminelles.

« Dans ce dossier comme dans celui des bagarres, ce sont des adultes qui utilisent des enfants. Transposez ça dans la vie : si une fille veut entrer en médecine, elle n’a pas à coucher avec sept ou huit personnes pour être admises. On trouverait ça scandaleux et avec raison ! Pourquoi ces enfants, pour jouer au hockey junior, doivent se battre tous les jours ou subir des sévices comme ceux qui sont dénoncés aujourd’hui ? Je suis tanné de jouer au bourreau. La LHJMQ, c’est une belle ligue. Je conseille aux jeunes d’aller y jouer. Mais c’est une ligue qui a beaucoup à faire du côté humain. »

Lupien trouve admirable que Carcillo et Taylor se soient levés pour dénoncer ces gestes, qu’il dénonce lui-même depuis longtemps. Il espère que cette fois-ci sera la bonne, même s’il en doute.

« Ça ne vient pas d’aujourd’hui ces histoires. Ça vient de loin en arrière et plusieurs des entraîneurs sont d’anciens joueurs pour qui c’est normal. C’est comme les bagarres, c’est dépassé ! Dans le dossier des bagarres, il y en a une quarantaine (de joueurs) qui se sont levés pour dénoncer ça. Mais ils ont été tassés, on les a éteints. Une fois qu’ils ont parlé, on leur enlève le micro.

« Aussi longtemps que l’affaire fera les manchettes, ça peut progresser. Mais (Carcillo) sera éteint par la Ligue canadienne et la Ligue nationale de hockey et dans trois semaines, ça va être mort. S’il prend la peine de déposer ce recours collectif, c’est parce que ça lui a fait mal. Ce n’est pas rien. Mais pour les dirigeants du hockey junior, ce n’est pas grave. »

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Le journaliste Joshua Clipperton, de La Presse canadienne à Toronto, a contribué à cet article.