Le Canadien. Le Rocket. Osheaga. Le Festival de jazz. Les Francos. Juste pour rire. ÎLESONIQ. Tous les évènements organisés par le Groupe CH cet été sont annulés ou reportés. L’entreprise n’a plus de revenus. Et des millions de dépenses.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Que fait son PDG, Geoff Molson ?

Le nécessaire. Il réduit les dépenses. Met à pied des employés. Réduit les salaires des cadres. Le confinement lui permet aussi de réfléchir à l’organigramme de l’entreprise.

« Un bon PDG regarde tout le temps sa structure », a-t-il expliqué mercredi en conférence de presse.

Et cette structure, il l’a modifiée depuis trois mois. Jacques Aubé, président du volet spectacles, n’est plus là. Plus de 60 % des employés ont perdu leur emploi. Tous les secteurs de l’entreprise ont été touchés.

Sauf un.

Les opérations hockey.

Pourquoi ?

Parce que Geoff Molson est satisfait de son équipe de direction. De Marc Bergevin – « très compétent et respecté des autres DG ». De Scott Mellanby. De Martin Lapointe. De John Sedgwick. Même de Trevor Timmins, l’impopulaire recruteur en chef qui accumule les insuccès depuis 10 ans.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Geoff Molson et Marc Bergevin

« Trevor Timmins et son équipe sont tellement bons dans ce qu’ils font. Pour analyser chaque occasion. Pour [décider] qui on veut prendre. On a connu beaucoup de succès. C’est sûr que personne n’est parfait. Si on regarde les choix de premier tour des autres équipes, on va trouver des bons et des moins bons résultats. Trevor fait très bien son travail. »

Je rappelle que le 20 février, aucun joueur repêché par Timmins sous Bergevin n’était dans l’alignement du Canadien. Et que si l’équipe en arrache tant depuis trois ans, c’est un peu, beaucoup, énormément parce qu’entre 2011 et 2015, aucun espoir sélectionné par Timmins n’est devenu une vedette au sein de l’organisation.

Geoff Molson a eu plus que des bons mots pour son équipe. Il lui a réitéré sa confiance. Marc Bergevin et lui resteront directeur général et président la saison prochaine. Afin de poursuivre le plan entamé en 2018.

« Après notre deuxième séquence de huit défaites, c’était pratiquement impossible pour nous de revenir dans la course. Mais ça ne signifie pas que notre plan n’est pas solide. Nous avons rencontré des obstacles. Nous avons subi des blessures. Peut-être que notre équipe manquait de profondeur. […] Dans l’ensemble, notre plan a été bien exécuté, malgré quelques enjeux de performance cette saison. »

Pause.

Ai-je bien entendu ?

Attendez, je vais reculer la cassette.

« Dans l’ensemble, notre plan a été bien exécuté, malgré quelques enjeux de performance cette saison. »

Quelques enjeux de performance ?

 – deux fois, l’équipe a perdu huit matchs de suite ;

 – l’entraîneur-chef, Claude Julien, a reconnu être à court de solutions ;

 – un choix de premier tour (Michael McCarron) a été échangé contre un joueur de la Ligue américaine ;

 – deux autres (Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling) ont été rétrogradés ;

 – les trois gardiens substituts (Keith Kinkaid, Charlie Lindgren et Cayden Primeau) ont remporté un grand total de quatre matchs ;

 – le Canadien a fini au 24e rang du classement général.

Ça aurait ressemblé à quoi, si le plan avait été mal exécuté ?

C’est une déclaration franchement étonnante du PDG d’une entreprise qui évolue dans une industrie si compétitive. Si sensible aux victoires. Aux défaites. Aux statistiques. Mon collègue Martin Leclerc a d’ailleurs relancé Geoff Molson à ce sujet.

« Vous êtes dans une business de résultats, et on vient de traverser les pires cinq années de l’histoire de l’organisation. »

Réponse de M.  Molson : « Si je regarde l’historique de Marc [Bergevin] comme DG, dans les premières années, avec le noyau de joueurs qu’on avait, on a connu beaucoup de succès. Mais on n’a pas gagné. Ç’a été décidé, il y a deux ans, qu’avec le noyau de joueurs qu’on avait, on n’allait pas gagner. Il fallait faire des changements. On s’est réajustés. On est en train de réaliser le plan. J’ai beaucoup de confiance en ce plan. »

Moi ?

J’ai de gros doutes.

Oui, Alexander Romanov et Cole Caufield m’enthousiasment. Oui, les 14 choix du prochain repêchage augmentent les chances de réussite.

Dès l’an 2 du nouveau plan, l’équipe a régressé. Les choix de premier tour continuent de voyager entre les stations Lucien-L’Allier et Montmorency.

Dans un an, Phillip Danault, Tomas Tatar, Brendan Gallagher, Jeff Petry et Joel Armia seront tous joueurs autonomes. C’est la première ligne en entier, ainsi que le défenseur le plus utilisé de l’équipe la saison dernière. Shea Weber aura alors 35 ans. Carey Price, 33.

J’ai beau mettre mes lunettes roses, le ciel reste sombre.

« On va très bientôt connaître une période de succès qui va durer des années », s’est défendu Geoff Molson. « On a de la profondeur qui s’en vient en termes de talent. Ça m’encourage beaucoup. Soyez patients, on va y arriver. »

Dans combien de temps ? lui a demandé mon collègue Marc DeFoy.

« Ça s’en vient. »

Ça ne sera pas trop tôt.