Marc Bergevin a pu piger dans sa propre banque d’exemples pour convaincre le premier choix du Canadien en 2019 (15e au total), Cole Caufield, de rester une année supplémentaire avec les Badgers du Wisconsin, dans la NCAA.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Jesperi Kotkaniemi a fait son entrée dans la LNH à 18 ans. Il a frappé le mur à la mi-saison. Cet hiver, à 19 ans, l’âge de Caufield, un renvoi dans la Ligue américaine a été nécessaire pour lui permettre de retrouver sa confiance.

Même après trois années à St.Cloud State, le premier choix de 2017, Ryan Poehling, a connu une première année difficile chez les professionnels… à 21 ans. Son rendement était même modeste dans la Ligue américaine avec 13 points en 36 matchs. Poehling n’a évidemment pas les mains de Caufield, ni ses instincts offensifs, mais malgré un gabarit imposant et de belles réussites dans la NCAA, il en a arraché.

Nick Suzuki, aussi talentueux soit-il, n’a pas accédé à la Ligue nationale à 19 ans lui non plus. Il est demeuré dans les rangs juniors ontariens deux saisons supplémentaires après avoir été repêché en première ronde en 2017. Il y a dominé outrageusement le printemps dernier en séries éliminatoires. À son arrivée au camp d’entraînement du Canadien en septembre 2019, ce garçon était transformé par rapport à la saison précédente.

On peut même reculer de quelques années. Max Pacioretty a fait le saut chez les professionnels en 2008 après seulement un an à l’Université du Michigan. Pacioretty a pourtant mis trois autres années avant de s’implanter avec le Canadien, après quelques saisons à faire la navette entre Montréal et Hamilton.

Brendan Gallagher, un joueur au gabarit semblable à celui de Caufield, est resté dans les rangs juniors deux autres années après avoir été repêché. Il a entamé sa première année chez les professionnels à Hamilton en raison du lockout, puis joint l’équipe en janvier 2013, à l’aube de ses 21 ans.

Il faut retenir une chose importante de l’interview accordée mardi par lentraîneur en chef des Badgers, Tony Granato, au collègue de La Presse Guillaume Lefrançois. « J’aime utiliser l’exemple de Cale Makar, qui avait eu toute une première saison, a confié Granato. Il est tout de même resté à l’école et a gagné le trophée Hobey-Baker (joueur par excellence de la NCAA) l’année suivante, et a ensuite pu se joindre à l’Avalanche en séries éliminatoires. Makar était très bon à sa première année, mais il avait encore besoin de développer des choses. Je ne dis pas que Cole devrait penser comme lui, mais c’est un bon exemple. Je ne crois pas que tu puisses rester une année de trop au collège. »

Makar, un défenseur de petit gabarit selon les normes de la LNH, avait obtenu 21 points en 34 matchs à sa première année à Umass-Amherst au sein d’un club qui ne marquait pas beaucoup de buts. Il en a amassé 49 en 41 matchs la saison suivante et transformé l’Avalanche dès de son arrivée en séries éliminatoires au printemps 2019.

Caufield a obtenu 36 points, dont 19 buts, en 36 rencontres cet hiver. Il a terminé au sommet des compteurs dans la puissante division « Big Ten » avec 24 points en autant de rencontres, un exploit rare pour une recrue. Il est d’ailleurs devenu le premier joueur des Badgers à remporter ce titre. Il a cependant manqué un peu de souffle en fin de saison. Après avoir amassé 32 points et 18 buts à ses 28 premiers matchs, il a obtenu quatre points, dont un but, à ses huit derniers.

Contrairement à Caufield, son coéquipier Alex Turcotte, cinquième choix au total par les Kings de Los Angeles en 2019, a signé un premier contrat professionnel. Turcotte a obtenu 26 points en 29 matchs cette année à Wisconsin, mais il a terminé la saison en force avec neuf points à ses sept dernières rencontres.

La pression ne sera pas la même pour lui à Los Angeles. Turcotte ne sera pas submergé de journalistes sur une base quotidienne en Californie et les Kings sont dans une phase de reconstruction plus intensive que chez le Canadien. Imaginez seulement la pression sur Caufield au camp d’entraînement ; les attentes après un match préparatoire de deux buts. On voudra tous le garder à Montréal, mais toute baisse de régime par la suite, ou rétrogradation dans la Ligue américaine, sera perçue comme un échec par plusieurs. Le cas de Kotkaniemi constitue un exemple probant.

Il y a aussi la pression de gagner. « L’administration en place vient rater les séries trois années de suite (en incluant cette saison), écrit Guillaume Lefrançois. Il est déjà étonnant qu’un entraîneur et un DG survivent à une telle séquence, de mauvais résultats l’automne prochain ajouteront à la pression. Pas le contexte idéal pour y aller d’essais et erreurs avec une recrue. Veut-on vraiment d’un tel environnement de travail pour un des meilleurs espoirs de l’organisation ? Poser la question, c’est y répondre. »

Une question subsiste. Caufield sera-t-il bien entouré à Wisconsin l’an prochain, avec la perte de Turcotte et du défenseur K’Andre Miller, un choix de première ronde des Rangers de New York en 2018 ? Miller a connu une saison décevante, mais il demeurait le meilleur défenseur offensif de cette équipe, déjà la pire de sa conférence cet hiver avec une fiche de 7-15-2, et une fiche globale de 14-20-2.

J’ai posé la question à l’auteur du scoop sur le retour de Caufield avec les Badgers, Todd Milewski, du Wisconsin State Journal. On compte sur l’arrivée de trois recrues pour combler le vide laissé par Turcotte et Miller. « Mathieu de St-Phalle domine l’USHL au chapitre des points avec 60 en 49 matchs chez le Steel de Chicago, et il aura 20 ans dans deux jours, dit Milewski. Ça en fait une recrue un peu plus âgée et expérimentée. Sam Stange, 18 ans, a amassé 42 points en 44 matchs à sa première saison à Sioux City, dans l’USHL également. »

On compte aussi sur l’arrivée du défenseur de 6 pieds 5 Daniel Laatsch, membre du programme de développement américain, éligible au repêchage de la LNH en juin, mais dans des rondes plus tardives, et la progression de l’attaquant Dylan Holloway, déjà avec les Badgers, et possible choix parmi le top 15 de la Ligue nationale dans quelques mois.

En bref, Caufield, en plus d’obtenir un rôle sans doute prépondérant avec l’équipe américaine au prochain Championnat mondial junior, comptera à Wisconsin sur un entraîneur d’expérience pour l’épauler, puisque Granato a déjà dirigé dans la LNH, et les attentes ne devraient pas être trop élevées encore sur les Badgers. Il sera encore une fois bien loin du chaos de Montréal…

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