C’est un Guy Lafleur au souffle encore court qui rappelle La Presse en milieu d’après-midi lundi. On sent la déception au bout du fil.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

« Mon médecin m’a interdit d’aller aux funérailles en raison de mes opérations aux poumons. Il me dit qu’avec le virus qui court, je suis trop vulnérable.

« J’ai parlé à Réjean [Houle] ce matin, pour qu’il avertisse la famille. C’est avec beaucoup de peine que je dois passer mon tour. »

Henri Richard était un grand du Canadien de Montréal et de la Ligue nationale, mais les circonstances particulières causées par la pandémie de la COVID-19 font en sorte qu’il n’a pas eu droit à des adieux à la grandeur de sa légende.

C’est en effet dans l’intimité que se sont déroulées les funérailles du « Pocket Rocket », mort le 6 mars dernier à l’âge de 84 ans, des suites d’une longue bataille contre la maladie d’Alzheimer.

Réjean Houle – en tant que président des anciens Canadiens – était évidemment sur place, lui qui a été très près de la famille ces dernières années. Mario Tremblay et Chris Nilan ont aussi été vus sur les lieux en début d’après-midi.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Réjean Houle

Vendredi, la famille Richard avait annoncé, via le Canadien, que les funérailles ne seraient pas ouvertes au public. Puis, Québec a demandé à la population, particulièrement aux personnes âgées de 70 ans et plus, de limiter ses déplacements. Lafleur a donc annulé son passage. Frank Mahovlich aussi, nous dit-on. Serge Savard, lui, est resté à sa résidence secondaire de la Caroline du Sud.

« Je voulais y aller, mais avec le risque de ne pas pouvoir retourner aux États-Unis, c’était préférable que je reste ici, explique Savard au bout du fil.

« On aura toujours le temps d’organiser un petit « get together » pour Henri. Des gars comme Jean-Guy Talbot et Marcel Bonin ont 87, 88 ans. Quand le gouvernement dit aux 70 ans et plus de rester à la maison, ce n’est pas une bonne idée de les faire venir. Mais on aura une occasion de se rassembler au tournoi de golf des anciens pour lui rendre hommage. Et une partie de l’hommage lui a été faite au Centre Bell. »

Tous se désolaient que les adieux à Henri Richard, détenteur du record de la LNH avec 11 conquêtes de la Coupe Stanley, se fassent dans de telles circonstances. « Henri, c’est le Canadien de Montréal. Il était tellement heureux de jouer pour le Canadien, tellement fier. À 5 pi 7, il a connu une carrière incroyable », faisait valoir Yvan Cournoyer.

« Plusieurs personnes sont malheureuses qu’il ne soit pas reconnu comme les grands qui sont passés avant lui. Mais on pense à lui quand même !  », ajoutait Lafleur, soulignant au passage le bel hommage que lui a rendu le Canadien au Centre Bell avant le match du 10 mars. « J’étais content qu’ils fassent ça. Un gars qui a gagné 11 Coupes, il n’y en aura pas d’autres !  »

Des conséquences

Yvan Cournoyer était sur son tapis d’exercice quand La Presse l’a rejoint. « On ne peut pas beaucoup sortir, mais je veux bouger quand même !  », a-t-il lancé.

Serge Savard, lui, tente aussi de limiter ses sorties. « On s’en tient au minimum. Comme au Québec, personne n’a de la nourriture pour un mois ! Donc on a mis des gants quand on a dû aller à l’épicerie, on va porter un masque s’il le faut », explique l’ancien directeur général.

Guy Lafleur, lui, a rendez-vous à l’hôpital vendredi pour subir des prises de sang et un électrocardiogramme. « J’attends de savoir si les rendez-vous tiennent ou sont annulés », a mentionné l’ancien numéro 10.

Dans sa condition, la propagation de la COVID-19 lui fait-elle peur ?

« Je touche du bois, ça va bien. Je ne dis pas que je suis en super super forme, mais ça va bien. C’est toujours inquiétant. Tu ne peux pas rester 24 heures sur 24 à la maison. Tu dois aller à la pharmacie, à l’épicerie. Les gens disent : on va se mettre en quarantaine. Ils me font rire, ils ne mettent pas en quarantaine pendant 14 jours. La majorité des gens respectent les consignes, mais il y en a un méchant paquet qui ne les respecte pas. Ce sont eux qui font peur.

« La seule chose positive, c’est que la gazoline n’est pas chère. C’est notre seule consolation, mais on ne peut pas sortir pour en profiter !  »