La Ligue nationale de hockey a déjà vécu deux printemps tristes où personne n’a pu boire dans la coupe Stanley. La première fois, ce fut à cause d’une tragédie. La deuxième fois, ce fut à cause d’une chicane. Récits.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Le vétéran appelé par la mort

En ce 7 avril 1919, le titre à la une de la Gazette ne laissait planer aucun doute sur ce qui venait d’ébranler le monde du hockey : « Le vétéran Joe Hall est appelé par la mort ». Il s’agissait d’une référence au robuste et très populaire défenseur du Canadien, qui avait conclu cette saison-là avec 8 points en 17 rencontres… avant de conclure les séries de manière tragique : mort, victime d’une pneumonie après avoir attrapé la grippe espagnole.

Hall est mort à Seattle la veille du sixième et dernier match de la grande finale entre le Canadien et les Mets, alors que les deux clubs avaient chacun récolté deux victoires, en plus de partager une nulle. Hall n’avait pas été le seul à être atteint ; en tout, cinq joueurs du Canadien, ainsi que le directeur général George Kennedy, avaient eu à composer avec des complications liées à cette grippe, plusieurs n’étant plus capables de sortir de leur lit en pleine finale. En fait, seulement quatre joueurs du Canadien avaient réussi à éviter la maladie, Kennedy ayant même envisagé d’embaucher des joueurs remplaçants puisqu’il ne pouvait plus compter que sur huit joueurs en santé.

Devant cette hécatombe, les dirigeants de la ligue durent annuler le dernier match et par le fait même la grande finale.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La grande finale de 1919 demeure, à ce jour, la seule finale de la LNH annulée pour cause de maladie. Sur la Coupe Stanley, on peut lire « Series not completed » (« la série n’a pu être achevée ») sous le nom de deux équipes.

Le nom des deux équipes fut finalement gravé sur la Coupe Stanley, avec l’année, et avec une seule phrase : « Series not completed » (« la série n’a pu être achevée »). La grande finale de 1919 demeure, à ce jour, la seule finale de la LNH annulée pour cause de maladie. Joe Hall, lui, ne pourra évidemment pas boire dans la coupe en 1919, mais au moins, ses exploits n’auront pas été accomplis en vain ; il sera admis au Temple de la renommée du hockey 42 ans plus tard, en 1961.

La chicane de 2004-2005

Ce n’est pas une question de santé publique qui a mené à l’annulation en entier de la saison 2004-2005, mais plutôt une bonne vieille chicane entre joueurs et dirigeants, comme on en voit parfois. Cette fois, la bisbille opposait d’un côté l’Association des joueurs et ses membres, et de l’autre, les patrons de la LNH, tous aux prises avec des défis financiers, disaient-ils, menés par le commissaire Gary Bettman à l’avant. L’objet de cette querelle ? Le plafond salarial, concept détesté par les joueurs, mais perçu comme nécessaire par la partie patronale. Pendant de longues semaines, ce fut le calme plat, sans la moindre négo, avant un sprint de la dernière chance à l’hiver, qui ne mena strictement à rien. En fin de compte, la saison 2004-2005 a été annulée en entier en raison d’un lock-out, et personne n’a eu la chance de boire dans la coupe cette saison-là. Il s’agit d’une grosse tache dans le livre d’histoire de la LNH, et à ce jour, plusieurs dirigeants et amis du circuit préfèrent parler d’une « interruption de travail » au lieu d’un conflit de travail pour décrire ce qui s’est vraiment passé. Cela n’est pas un détail.

La Coupe pour célébrer la Saint-Jean !

Quand les Devils du New Jersey ont enfin pu soulever la Coupe Stanley au terme de la saison 1994-1995, le Québec en entier était en train de célébrer sa fête nationale. Parce que oui, les Devils de 1995 ont gagné le gros trophée le 24 juin, la date la plus tardive à laquelle un champion de la LNH avait été couronné à ce moment-là. En direct à la télé, les joueurs québécois des Devils, dont l’attaquant Stéphane Richer, se sont mis à souhaiter bonne Saint-Jean aux auditeurs du Québec ! Il a fallu attendre aussi longtemps en raison d’un lock-out qui avait charcuté une bonne partie de la saison. En lieu et place, les réseaux de télé avaient pris l’habitude de présenter des matchs classiques du passé. Ce serait peut-être une bonne habitude à reprendre cette fois-ci.

Un troisième lock-out

Jamais deux sans trois, dit le dicton, et ça n’a jamais été aussi vrai que dans la LNH, où un troisième lock-out a bousillé une autre saison, cette fois celle de 2012-2013. La dispute entre joueurs et proprios s’était amorcée en septembre et n’avait été réglée qu’au début de la nouvelle année, aux petites heures par un matin de janvier. C’est donc un calendrier de 48 parties que les fans ont pu se mettre sous la dent, et encore une fois, comme en 1995, c’est une finale très tardive qui a été présentée ; cette fois, les Blackhawks de Chicago ont vaincu les Bruins de Boston en six matchs, et la victoire finale fut acquise… le 24 juin 2013.