Les matchs de hockey à huis clos font jaser par les temps qui courent, pour des raisons bien évidentes. On a appris, mercredi en début de soirée, que les Sharks de San José disputeront leurs prochains matchs à domicile devant des gradins vides, ce qui signifie que la rencontre que le Canadien doit y disputer le 19 mars - si la LNH ne suspend pas ses activités d'ici là - le sera à huis clos.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Au fil de recherches ici et là, La Presse n’a pas recensé un seul joueur qui s’est dit enthousiaste de jouer devant un aréna vide. Il y a bien eu Reilly Smith, des Golden Knights, qui s’est permis cette boutade en référence à son passage chez les Panthers. « J’ai joué devant des gradins vides pendant deux ans en Floride, donc je suis habitué », a-t-il lancé aux médias de Las Vegas.

Mais du reste, les commentaires varient sur une échelle allant de l’indifférence à une aversion totale pour ce type d’environnement.

Christian Dubé, le Québécois qui dirige le HC Fribourg-Gottéron, en Ligue nationale suisse, se classe dans cette deuxième catégorie, pour avoir vécu l’expérience.

PHOTO CHARLES ELLENA

L’entraîneur-chef et directeur sportif du HC Fribourg-Gottéron, Christian Dubé.

« C’est une catastrophe, martèle Dubé, en entrevue téléphonique. Tu joues, t’es un athlète professionnel, le hockey est un sport de passion, d’émotion. Et les matchs sont comme des entraînements. On se battait pour nos vies, on était en fin de saison, on jouait dans des arénas de 6000 places et il n’y avait pas un chat. »

David Desharnais, qui joue pour Dubé à Fribourg, était aussi tranchant que son entraîneur. Il faut dire qu’il nous parlait tard mardi soir, justement en rentrant à la maison après avoir disputé un match devant des gradins vides.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @FRGOTTERON

David Desharnais (51), qui porte les couleurs du HC Fribourg-Gottéron en Suisse, a dû disputer un match devant des gradins vides, mardi soir.

« C’est effrayant. C’est vraiment spécial. On se dit toujours que sans fan, il n’y a pas de game, et c’est vraiment ça. J’avais déjà beaucoup de respect pour les partisans, mais j’en ai encore plus maintenant. C’est horrible, il n’y a pas d’autre mot. C’est pénible, très difficile de se mettre dans le match. »

Serge Pelletier, entraîneur-chef du HC Lugano : « Ce n’était pas terrible. En Suisse, la foule est pas mal bruyante, plus qu’en Amérique du Nord. Donc là, il n’y avait pas beaucoup d’émotion. Ça jouait sur l’émotion des joueurs, surtout à domicile. Si on est en retard au pointage, les spectateurs nous poussent pour qu’on revienne dans le match. »

Et le Canadien ?

La COVID-19 a profondément perturbé les activités des ligues sportives européennes ces derniers jours. Les matchs à huis clos n’étaient toutefois que la pointe de l’iceberg, puisque plusieurs circuits de hockey ont depuis annulé la fin de la saison et les séries.

En Suisse, l’annulation des séries semblait de plus en plus imminente, mercredi, après que le canton du Tessin eut prohibé tout événement sportif (même à huis clos) jusqu’au 29 mars, selon Le Matin. Toujours selon le quotidien, le canton de Genève a quant à lui interdit tout événement regroupant plus de 100 personnes, ce qui empêche la tenue de matchs de hockey, vu le personnel nécessaire. La fédération suisse de hockey sur glace (Swiss Ice Hockey) tiendra une conférence téléphonique avec ses membres jeudi matin, et pourrait alors décréter la fin des activités pour la présente saison.

Ce qui nous mène au Canadien. Bien malin celui qui peut prédire la tournure que prendra le voyage du Tricolore en Californie. L’équipe devrait s’envoler vendredi, avant de s’entraîner samedi dans le secteur d’Anaheim et de disputer des matchs dimanche (à Anaheim), mardi (à Los Angeles) et jeudi (à San Jose).

Dans quelles circonstances seront disputés ces matchs ? Allez savoir. La situation semble plutôt stable dans la région de Los Angeles, mais peut bien sûr changer rapidement au gré des décisions prises par la LNH ou les paliers supérieurs de gouvernement.

À San Jose, par contre, le département de santé publique du comté de Santa Clara a déjà annoncé une interdiction de tout événement regroupant plus de 1000 personnes, ce qui a mené à la décision de mercredi des Sharks. Mais dans la situation actuelle, une semaine, c'est long. Où en serons-nous à San Jose dans une semaine?

La NBA a carrément suspendu ses activités, mercredi soir. Et à Columbus, les Blue Jackets ont confirmé mercredi qu’ils joueront leurs matchs à domicile à huis clos jusqu’à nouvel ordre, en vertu d’une interdiction des événements rassemblant de grandes foules promulguée par le gouverneur de l’Ohio, Mike DeWine.

On chuchote !

Alors, à quoi s’attendre des matchs de la LNH qui auront lieu devant des gradins vides ? Il faudra d’abord voir comment les équipes géreront l’animation des lieux.

Jordan Caron, ancien choix de premier tour des Bruins de Boston, a disputé deux matchs à huis clos ces dernières semaines, au sein du Genève-Servette HC.

« Il y avait de la musique. Tout était comme un match normal, car c’était diffusé à la télévision. Il y avait même des présentations à l’écran géant », décrit l’attaquant qui a joué 157 matchs dans la LNH.

Le journaliste du Matin Grégory Beaud a couvert un de ces matchs à huis clos, à Fribourg, où la mascotte était même sur la patinoire pour l’entrée des joueurs !

« On entend la rondelle qui arrive sur le tape, on entend les joueurs se parler !, précise-t-il. De façon complètement égoïste, j’ai trouvé ça intéressant. Mais au-delà de ça, c’était triste. J’ai mis du temps à rentrer dans le match, à l’analyser avec précision. Je me disais que les joueurs devaient trouver ça difficile. »

D’ailleurs, le bruit (ou l’absence de bruit) sera un facteur à considérer pour les joueurs. « On se l’était dit à la blague avant le match, mais c’était vrai, il fallait faire attention quand on se parlait aux mises au jeu, reconnaît Caron. Le centre dit aux autres le jeu qu’il veut faire, donc il faut faire attention de ne pas le crier. C’est très bruyant ici en temps normal, alors ça fait une grosse différence. »

Le bruit a même été un facteur pour Christian Dubé. « Quand tu dis des choses à un arbitre, il y a plus de chances qu’il entende tout quand il n’y a pas un chat dans l’aréna ! », rappelle l’entraîneur.

En fait, l’arbitre l’a si bien entendu… qu’il l’a expulsé du match !