Pour la direction du Canadien, ce n’est plus le temps de perdre du temps à rêver aux séries. C’est plutôt le temps de penser à la prochaine saison, et c’est déjà ce que Claude Julien a commencé à faire, on dirait.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Bien sûr que moult choses vont changer d’ici à octobre. Il y aura sans doute des nouveaux joueurs au Centre Bell, et on peut espérer aussi que le coronavirus ne sera plus qu’un lointain et désagréable et horrible souvenir. Mais le match de mardi soir, une défaite de 4-2 face à Nashville, nous a permis de remarquer que le coach tente déjà des choses.

En premier, on a remarqué que Charles Hudon, enfin, allait obtenir un plus grand rôle cette fois-ci, lors de ce match face aux Predators. Il a commencé sa soirée sur le premier trio et l’a finie avec un total de 16 minutes et 33 secondes de temps de jeu, son deuxième plus haut total à ce chapitre cette saison. Oui, il y a des blessés dont l’absence change la donne, mais rappelons ici qu’en début de saison, Hudon avait du mal à franchir la barre des 10 minutes de jeu. En plus, on l’a vu sur la glace en fin de match, au moment où le Canadien tentait de combler l’écart de deux buts.

Pour lui, ça ne peut qu’être du bon, tout ça.

« Je reste dans un bon état d’esprit et je garde confiance, a-t-il fait savoir en fin de soirée. Je voulais vraiment envoyer une rondelle dans le filet, mais ça n’a pas été le cas. »

Ça n’a pas été le cas, non, mais dans l’ensemble, Charles Hudon a bien paru dans un rôle plus offensif, sur un trio complété par Max Domi et Brendan Gallagher. On sent encore que parfois, le jeu va un peu vite pour lui, on le voit perdre la rondelle parce qu’il la garde trop longtemps sur son bâton, mais on voit aussi que Hudon, placé à bord d’un trio comme celui-là, peut probablement produire pas mal plus qu’avec un quatrième trio. Ce sera à méditer s’il continue de la sorte… et si on lui donne la chance de continuer de la sorte, aussi.

Le cas de Hudon est un bon exemple de joueur qui doit être placé dans la « bonne chaise », comme se plaisait jadis à le répéter Michel Therrien. Nick Suzuki ? Même chose. Mardi soir, il a complété un trio avec Artturi Lehkonen et Jordan Weal, pas exactement de futurs candidats au trophée Art-Ross. On retiendra bien sûr que Lehkonen a enfin marqué—pour une première fois en 17 matchs ! –, mais vraiment, si on est sérieux un instant, peut-on penser que Suzuki peut progresser et mettre des points au tableau en devant patiner en compagnie de deux joueurs de soutien comme ces deux-là ? Que nenni.

Ce n’est pas sans importance. Vous le savez peut-être, on pointe souvent du doigt les choix au repêchage pour expliquer les résultats navrants du Canadien depuis au moins cinq ans, mais la question du développement des joueurs est rarement abordée. Ça nous ramène à la « bonne chaise », et dans le cas de Suzuki, un espoir de premier plan, il sera important de lui en trouver une bonne, et aussi de lui trouver des partenaires de jeu qui pourront l’aider à devenir le joueur qu’il est capable de devenir.

On peut bien imprimer des petits tableaux sophistiqués avec des flèches et des belles couleurs pour indiquer à quel point le Canadien regorge de fabuleux espoirs, ça ne donnera rien si le club n’est pas capable de bien les entourer et de les accompagner sur la route du succès. À ce titre, Nick Suzuki fait partie de ces jeunes que le Canadien ne peut « échapper ». Que le Canadien n’a pas le droit d’échapper.

Avec 10 matchs à faire, donc, c’est là que le Canadien en est : à évaluer pour l’an prochain. Ces 10 derniers matchs ne voudront pas dire grand-chose au classement, mais ils seront importants pour le fameux « plan ». Même si ce plan n’est peut-être pas si clair.

Ils ont dit

La première période n’était pas beaucoup mieux [que la deuxième]. N’eût été Carey Price, ç’aurait été différent. Il a sauvé les meubles en première, mais en deuxième, ç’a été catastrophique. On est revenus en troisième avec plus d’énergie, de détermination. C’est décevant.

Claude Julien

Je dirais que l’évaluation s’est faite d’une période à l’autre plutôt que par trio. En troisième période, tous les trios ont bien joué. Mais dans les deux premières, pas du tout.

Claude Julien

 La deuxième a été difficile, ce qui est évident quand on donne quatre buts. En troisième on a appliqué davantage de pression sur leurs défenseurs. On a essayé de créer quelque chose.

Artturi Lehkonen

On est des professionnels, on doit être meilleurs que ça. On savait à quel point [les Predators] seraient désespérés, ils ont bien joué. On espérait être meilleurs.

Brendan Gallagher

Ça me trottait un peu dans la tête que ça faisait quelques matchs que je n’avais pas réussi de point… je suis content d’avoir obtenu un point cette fois, mais ça aurait mieux dans la victoire.

Nick Suzuki

On a commencé à être meilleurs en échec-avant lors de la troisième période. Peu importe le match d’ici à la fin de la saison, il faut commencer en étant prêts sur la patinoire.

Charles Hudon