Regardez bien ces trois photos.

Philippe Cantin Philippe Cantin
La Presse

D’abord, celle de Marc Bergevin. Puis, celles de Trevor Timmins et de Claude Julien.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Marc Bergevin, directeur général

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @CANADIENSMTL

Trevor Timmins, directeur général adjoint

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Claude Julien, entraîneur-chef

Oui, regardez ces photos et étudiez ces questions : 

1– Dans votre esprit, ces trois hommes incarnent-ils l’espoir en vue de la prochaine saison du Canadien ?

2– Avez-vous confiance dans leurs capacités à mener l’équipe vers des lendemains prometteurs ?

3– Croyez-vous qu’ils possèdent le flair, la créativité et la finesse nécessaires pour entraîner l’organisation dans la bonne direction ?

Si vous répondez « oui », alors vous êtes heureux que Bergevin ait confirmé le retour de Julien la saison prochaine. Même si ses équipes (Bruins de Boston et Canadien) déçoivent depuis six ans, le coach demeure bien en selle.

Ensuite, cette annonce suppose que Bergevin lui-même conserve son poste. Sans cette assurance, il se serait montré plus prudent dans ses commentaires.

Enfin, après avoir récemment expliqué combien la chance joue un rôle prépondérant dans le succès au repêchage, on voit mal pourquoi le DG congédierait Timmins. Après tout, impossible d’en vouloir à un gars qui a réussi quelques bons coups même s’il a souvent été… « malchanceux » !

En revanche, si – comme moi – vous croyez que le Canadien a besoin d’un regard frais sur l’ensemble de ses opérations hockey, la déclaration de Bergevin vous a déçu. Elle signifie que Geoff Molson privilégie toujours une valeur parmi toutes les autres : la stabilité. Mais à quel moment celle-ci se transforme-t-elle en complaisance ?

En mai 2012, en annonçant la nomination de son nouveau directeur général, Geoff Molson a déclaré : « Nos priorités sont d’améliorer l’équipe à court terme, de réinstaurer une culture d’équipe gagnante à long terme, de donner aux partisans ce qu’ils méritent, le meilleur produit possible sur la glace, et d’établir une stabilité dans tous les secteurs de notre organisation. »

Huit ans plus tard, le bilan est triste. Si l’équipe a pris du tonus de 2012 à 2015, elle ne progresse plus depuis ce temps. Quant à la réinstauration d’une « culture d’équipe gagnante », mieux vaut éviter ce sujet lorsqu’on rate les séries éliminatoires quatre fois en cinq ans. Le « meilleur produit possible sur la glace » ? Si on accorde au CH la note de passage à ce chapitre, alors les attentes ont atteint un creux historique !

Quant à la « stabilité », en revanche, c’est mission accomplie.

Les insuccès s’accumulent, mais le DG demeure en place, le coach profite d’une autre chance et le directeur du recrutement semble détenir un abonnement à vie à son poste.

Oui, le Canadien est une organisation stable. Mais est-ce une si grande qualité ? Comme toute entreprise n’atteignant pas ses objectifs, une équipe de hockey doit être bousculée à l’occasion. Il faut des idées nouvelles, et cela passe par l’arrivée de gestionnaires capables de poser un regard frais sur les opérations.

Depuis trois ans, le Canadien a remporté un seul championnat : celui des excuses. Toutes les raisons sont bonnes pour expliquer ses déboires : l’attitude des joueurs, les blessures en général et celles de Carey Price en particulier, la formule des séries éliminatoires (la saison dernière, le CH aurait participé aux séries s’il avait été dans l’Association de l’Ouest, a laissé entendre Julien), le hasard du repêchage, les difficultés de réaliser une « grosse » transaction, la gestion du plafond salarial, les ennuis à domicile, les joueurs qui veulent un trop long contrat (Radulov), celui qui négocie sans agent (Markov), la parité dans la LNH…

Vient un moment où, selon de nombreux fans et analystes, ce discours ne passe plus. Je ne connais personne qui, déçu par les performances du Canadien au cours des dernières années, se console en pensant : « Au moins, l’organisation fait preuve de stabilité dans tous ses secteurs »…

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Dans ses récentes interventions publiques, Bergevin s’est montré souriant et confiant. Rien à voir avec son visage grave de janvier 2018, lors du bilan de mi-saison. Le Canadien allait aussi très mal et, au-delà de son discours combatif, son inquiétude était manifeste.

La posture de Bergevin, à moins qu’il ne s’agisse d’une façade suggérée par le service des relations publiques du CH, laisse croire que Geoff Molson croit encore au « plan » du DG. Celui-ci profitera donc d’une autre saison pour en démontrer l’efficacité. Le Canadien n’est pas uniquement une organisation stable ; il est aussi une organisation très patiente !

Si les Nordiques de Québec n’avaient pas utilisé le slogan « Le meilleur est à venir » au tournant des années 90, ces mots seraient sans doute au cœur de la prochaine stratégie de communications du CH.

Qu’une organisation sportive vende de l’espoir, c’est tout à fait normal. Mais pour que ce discours trouve un écho favorable chez les partisans, un minimum de résultats est nécessaire. Et ceux-ci ne sont pas au rendez-vous.

Oui, Nick Suzuki est une agréable surprise. Mais d’autres joueurs représentant l’avenir du club n’ont pas les succès espérés : Max Domi est décevant, Jesperi Kotkaniemi aura besoin de temps pour se développer, Ryan Poehling aussi. Sans compter l’incapacité chronique de l’état-major à régler le récurrent problème du gardien réserviste, un mystère en soi.

Ajoutons que la plus grande prudence s’impose en évaluant le potentiel de joueurs n’ayant pas encore disputé un seul match dans la LNH. Alexander Romanov et Cole Caufield deviendront peut-être des joueurs de premier plan, mais cela n’est ni certain ni immédiat. Et pendant ce temps, Carey Price et Shea Weber ne rajeunissent pas.

Bref, sans un solide coup de barre, les chances que le CH participe aux prochaines séries sont, au mieux, modestes.

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Geoff Molson est étonnamment discret cet hiver. Et puisque Bergevin a déjà livré en bonne partie son bilan saisonnier et que Julien s’exprime quotidiennement ou presque, les regards seront tournés vers lui lorsque le CH tombera en vacances.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Geoff Molson, propriétaire et président du Canadien

Oui, ce sera à Geoff Molson de trouver les mots pour convaincre les amateurs que son équipe, malgré cette autre saison sans panache, va dans la bonne direction. Ce sera à lui de nous expliquer pourquoi la stabilité demeure si importante dans son esprit. Ce sera à lui de nous dire pourquoi son véritable premier trio, celui composé de Bergevin, Timmins et Julien, incarne encore l’espoir. Ce sera à lui de préciser pourquoi l’arrivée d’un « président hockey » ne serait pas une solution envisageable pour le CH.

Les mots, je n’en doute pas une seule seconde, lui viendront aisément. Après tout, son optimisme légendaire chaque début de saison et sa conviction que demain sera inévitablement plus beau qu’aujourd’hui démontrent une chose : le président-propriétaire et toute l’organisation du CH sont campés dans un univers parallèle où l’on se répète que le « plan » fonctionne à merveille.

Le problème pour Geoff Molson, c’est que tous les amateurs n’en sont pas aussi convaincus.