Il fallait avoir un cœur de pierre pour ne pas se laisser saisir d’enthousiasme en entendant les « Kovy ! Kovy ! Kovy ! » fuser des gradins du Centre Bell en troisième période lundi soir.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Tout comme il fallait bien se rendre à l’évidence en regardant Ilya Kovalchuk se démener en échec-avant tout au long de la rencontre et foncer au filet comme si sa vie en dépendait : le joueur russe s’est présenté pour jouer.

Le résultat, par contre, a étrangement ressemblé à celui des derniers matchs. Une défaite de 3-2 subie aux mains des Jets de Winnipeg, une sixième de suite depuis le 28 décembre.

Mais on y reviendra. Car malgré les nombreux doutes qui entouraient l’arrivée de Kovalchuk à Montréal, c’est le nouveau venu qui a probablement été le meilleur attaquant des siens. C’est en tout cas celui qui a été le plus utilisé à forces égales (presque 17 minutes) et celui qui a obtenu le plus de tirs (4). La mention d’aide récoltée sur le deuxième but du match de Chiarot lui a valu une ovation, mais c’est plutôt sur le premier but du défenseur qu’on a pu apprécier tout son apport. Il a fait tout le travail avant que Tomas Tatar s’empare de la rondelle et amorce un échange qui s’est conclu par un but.

« Ça s’est bien passé, surtout en deuxième moitié de match, a noté Kovalchuk après la rencontre. Au début, j’étais nerveux et j’ai eu besoin de quelques présences pour être à l’aise. »

C’est surtout sa hargne qui a fait son succès au cours de la soirée, car il n’a jamais eu l’occasion tant attendue de décocher cet infâme tir qui a fait son succès. Ses efforts ont été constants, et son implication physique, imposante.

« C’est la manière dont les entraîneurs voulaient que je joue, la manière dont cette équipe joue, a-t-il poursuivi. Ce n’est que le début. Je dois travailler fort pour être encore meilleur. »

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Ç’a été moins concluant en avantage numérique, alors qu’on a senti que Shea Weber et lui tentaient de se faire le cadeau d’un lancer sur réception. « Il y a un processus d’apprentissage qui prend un peu de temps, a reconnu Kovalchuk. On doit faire les choses plus simplement. »

Phillip Danault a plutôt bien résumé la situation de son nouvel ailier. « Son niveau de compétitivité est très élevé. C’est pour ça qu’il joue encore dans la ligue. »

Très bien. Mais la question à 700 000 $ demeure : cette performance était-elle un mirage ? Ou Kovalchuk pourra-t-il la répéter sur une base régulière ? Dès ce mardi soir à Detroit, par exemple ?

Apparemment, il n’y a pas nous que ce questionnement hante.

« Tout le monde sait que c’était son premier match et qu’il n’avait pas joué depuis novembre, a dit Claude Julien. Son plus gros défi sera de jouer deux matchs en deux soirs. On espère que sa condition physique, qui est excellente, tiendra le coup mardi. Et qu’il nous donnera le même genre de match. C’est notre espoir. »

Sur une note un peu plus guillerette, l’entraîneur-chef du Canadien a souligné que Kovalchuk « était excité de jouer dans les deux sens de la patinoire » et qu’il « avait démontré qu’il avait encore du hockey en lui ».

On saura bien assez vite, contre les pauvres Red Wings, si cette fougue est le nouveau moteur du vétéran de 36 ans. Ou si elle s’efface comme une vulgaire résolution de début d’année.

Six de suite

La belle tenue de Kovalchuk a peut-être créé un autre mirage, plus subtil celui-là. Le mirage de jours meilleurs pour le Canadien.

Car on n’a beau n’avoir parlé que de l’ex-supervedette depuis vendredi, le Tricolore a quand même entre-temps ajouté deux défaites à son baluchon, ce qui porte sa séquence à six depuis le début du voyage de fin d’année en Floride. Une glissade qui commence drôlement à ressembler à celle de huit revers survenue en novembre.

Plus tôt à l’automne, c’est le jeu défensif collectif qui faisait défaut, et ç’a été corrigé. Cette fois, c’est comme si chaque erreur était magnifiée et se transformait en but de l’adversaire.

Une passe molasse de Nick Suzuki vers Tomas Tatar en avantage numérique a donné une attaque à deux contre zéro de Blake Wheeler et Nikolaj Ehlers – pas les pires de leur génération, on s’entend. Et un jeu brouillon de Cale Fleury à la ligne bleue des Jets a laissé une longue échappée à Andrew Copp, qui a marqué d’un tir faible qui a déjà fait mieux paraître Carey Price. Ces buts ont brisé les reins du Tricolore, pour qui le refrain commence à être tristement connu.

« On dirait que chaque petite erreur, ils la mettent dedans, a remarqué Danault. En même temps, Price a fait de gros arrêts et nous a gardés dans le match. » Une autre affirmation pleine de vérité.

Cela n’empêche pas que le résultat, lui, ne change pas.

« C’est beaucoup plus frustrant que la léthargie de novembre », a estimé le même Danault.

« Nous sommes frustrés, a abondé Ben Chiarot. Nous pensons jouer de la bonne façon la plupart du temps. Mais on ne compte pas assez de buts. »

« À un moment donné, il faut que les décisions soient bonnes et il faut minimiser les erreurs qu’on fait, a enchaîné Julien. C’est ce qui nous coûte cher dernièrement. »

Point positif s’il en est un : l’entraîneur a apprécié l’attitude de ses vétérans après le troisième but des Jets.

« La première chose qu’ils ont dite c’est : on n’abandonne pas, on va aller chercher le prochain but. Ils ont fait leur travail. Ça, ce n’est pas un problème en ce moment. »

Bravo pour le problème en moins. Ce n’est pas comme s’il en manquait.

Dans le détail

Le canon de Chiarot

Lorsque Ben Chiarot et Shea Weber sautent sur la glace et que la foule réclame un lancer frappé, ce n’est jamais vers le numéro 8 que ses attentes sont dirigées. Il lui faudra peut-être diversifier ses demandes à l’avenir. Chiarot a marqué le premier but du Canadien grâce à un tir foudroyant qui a menotté Connor Hellebuyck. La puissance du lancer bas, décoché de derrière le cercle de mise jeu, a surpris un peu tout le monde – y compris le gardien des Jets. Chiarot en a remis en fin de match avec un autre filet, marqué avec moins d’éclat celui-là. Cela lui confère maintenant sept buts cette saison, un sommet personnel. Il ne s’est toutefois pas épanché sur ses talents de marqueur après le match, se contentant d’affirmer que « c’est toujours plaisant de compter contre son ancienne équipe, mais c’est encore plus amusant de gagner ».

Kotkaniemi joue dur

Malgré sa grande taille, Jesperi Kotkaniemi n’est pas le plus costaud de sa génération, tout comme son style de jeu n’est pas des plus robustes. Il a toutefois distribué 4 mises en échec lundi soir, soit pas mal plus que sa moyenne depuis ses débuts dans la LNH – un peu plus d’une par rencontre. Il a offert son travail le plus inspiré à Mason Appleton qui, en deuxième période, s’est fait durement renverser par le Finlandais en zone neutre. Quelques instants après, Kotkaniemi a remis ça en remportant une bataille serrée contre son compatriote Patrik Laine, qui possède un gabarit autrement plus imposant que lui. En y regardant de plus près, on constate que c’est la quatrième fois cette saison que le jeune homme est crédité de 4 plaqués ou plus dans un match, ce qu’il n’avait jamais fait avant le 26 novembre dernier.

Vases communicants en défense

L’arrivée chez le Canadien de Marco Scandella est encore toute récente, mais elle a déjà un impact tangible sur la répartition des tâches en défense. Après avoir été jumelé à Cale Fleury contre les Penguins, le Québécois a été muté à la gauche de Jeff Petry lundi contre les Jets. Ce duo, opposé pendant l’essentiel de la rencontre au trio de Blake Wheeler, a été le plus utilisé par Claude Julien. Petry a passé 25 min 56 s sur la glace, un sommet chez le Canadien, suivi par Scandella avec 22 min 28 s Par un savant effet de vases communicants, on déduit que des assignations ont été retirées aux autres défenseurs. À 20 min 13 s, Ben Chiarto n’avait pas si peu joué depuis le 19 novembre dernier. Shea Weber a quant à lui disputé un peu moins de 22 minutes. Évidemment, il restait peu de minutes disponibles pour Victor Mete et Cale Fleury. Ce dernier a dû se contenter de deux présences après sa bourde qui a mené au but gagnant des Jets.

Ils ont dit

Les erreurs nous coûtent des matchs

Phillip Danault

On s’est sortis [de notre première léthargie] de la façon dont on a joué les cinq derniers matchs. On n’a juste pas de break.

Phillip Danault

Kovalchuk est content de jouer ici. Il apporte de l’enthousiasme.

Carey Price

Carey joue bien pour nous. Il nous donne une chance de gagner tous les soirs. On fait les bonnes choses. Mais on ne parvient pas à compléter le travail autour du filet. Il faudra être plus agressifs près du gardien.

Ben Chiarot

On peut dire qu’il nous manque des joueurs. Mais c’est une chance pour d’autres gars, pour les jeunes, pour ceux qui ne jouent pas sur un trio offensif d’élever leur niveau de jeu, de gagner des minutes de jeu et de mettre la rondelle dans le filet.

Ben Chiarot

J’ai eu des frissons. Je compte bien leur donner plus de raisons de fêter.

Ilya Kovalchuk, sur la foule qui a scandé son nom

[Lundi soir], c’était les jeunes [qui ont fait des erreurs], mais les autres matchs, ce n’était pas eux. Je ne pointe pas du doigt un individu en particulier. Mais ça nous coûte des matchs.

Claude Julien

EN HAUSSE

Tomas Tatar

Au neutre depuis que Brendan Gallagher est tombé au combat, il a semblé inspiré par l’arrivée de son nouvel ailier droit.

EN BAISSE

Nick Suzuki

Peu visible pendant la rencontre, hormis sur le but des Jets marqué en désavantage numérique. C’est sa passe dangereuse et imprécise à Tomas Tatar qui a provoqué le revirement.

CHIFFRE

6

C’est le nombre de mises en échec appliquées par Ilya Kovalchuk, le meneur du Canadien à ce chapitre. Ce n’est pas exactement la colonne de statistique où on l’attendait !