Les clubs trop pressés de gagner, les Coyotes de l’Arizona, par exemple, auraient intérêt à revoir l’histoire récente de la Ligue nationale de hockey.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Les Capitals de Washington ont dominé pendant plusieurs hivers en saison régulière avant de finalement remporter la Coupe Stanley en 2018.

Les Penguins de Pittsburgh ont construit leur noyau patiemment pendant plusieurs années avant de remporter une première Coupe en 2009. Ils avaient atteint les séries lors des deux années précédentes.

Comme Pittsburgh, Los Angeles et Chicago ont bâti tranquillement leurs fondations avant d’aspirer à la Coupe.

Les Bruins de Boston ont connu quelques solides saisons avant de remporter la Coupe en 2011. Ils ont atteint la finale deux fois depuis avec le même noyau.

Même les Blues de St. Louis ne sortaient pas de nulle part, malgré les apparences, l’an dernier. Ils avaient participé aux séries six fois lors des sept années précédentes, connu cinq saisons de 99 points ou plus avant de remporter la Coupe Stanley le printemps dernier.

Les Sabres de Buffalo, les Oilers d’Edmonton et les Panthers de la Floride ont fait le contraire au cours de la dernière décennie. Ils ont cherché les raccourcis. À eux trois, ils ont remporté une seule ronde de séries… dans la dernière décennie.

Les Blue Jackets de Columbus commençaient à peine à grandir, avec deux participations consécutives aux éliminatoires, mais sans gagner une ronde, lorsqu’ils ont joué à quitte ou double le printemps dernier. Ils sont vite retombés à la case départ.

Le DG des Coyotes de l’Arizona, John Chayka, a décidé de faire de son club des aspirants à la Coupe Stanley après une bonne demi-saison. « Nos fondations sont solides, a-t-il déclaré hier aux journalistes après avoir acquis Taylor Hall. J’aurais regretté ne pas avoir donné l’occasion à ce groupe de batailler pour la Coupe Stanley. »

Chayka n’a pas eu à sacrifier l’un de ses deux meilleurs espoirs, Barrett Hayton ou Victor Soderstrom. Il a néanmoins offert aux Devils trois jeunes joueurs et un choix de première ronde. Il sera privé d’un deuxième choix de première ronde si Taylor Hall signe une prolongation de contrat avec les Coyotes ET si le club franchit la première ronde.

Les Coyotes, exclus des séries éliminatoires lors des sept dernières saisons, occupent le premier rang de la division Pacifique. Mais ils ont aussi seulement deux points d’avance sur les Flames de Calgary, dernier club repêché pour les séries.

« Nos fondations sont solides », dit Chayka. Vraiment ? Christian Dvorak, Carl Soderberg et Derek Stepan constituent ses trois premiers centres. En l’absence de Jason Demers, blessé, Ilya Lyubushkin, un Russe de 25 ans jamais repêché, complète la première paire avec Oliver Ekman-Larsson.

Hall constitue un redoutable marqueur. Mais il est souvent blessé et n’a pas la réputation de pouvoir tirer un club vers le haut. Il a participé une seule fois aux séries éliminatoires en dix ans de carrière.

Il rejoint un ailier droit semblable, Phil Kessel, 19 points, dont sept buts, en 35 matchs. Voyons si Hall et Kessel joueront les leaders, ou s’ils laisseront les vrais guerriers tirer le club.

Chayka n’en est pas à son premier raccourci. En juin 2017, il échangeait son choix de première ronde et le jeune défenseur Tony DeAngelo aux Rangers en retour de Derek Stepan et du gardien Antti Raanta.

Deux ans plus tard, Stepan, 29 ans, est relégué à un rôle de soutien. Il a 11 points en 35 matchs. Raanta a été souvent blessé et il est désormais l’auxiliaire de Darcy Kuemper.

DeAngelo, 24 ans, a 23 points en 33 matchs depuis le début de la saison avec les Rangers au sein de leur top 4 défensif. Il en avait obtenu 30 en 61 matchs l’an dernier. Il joue au sein de la première unité en supériorité numérique avec Artemi Panarin, Kaapo Kakko, Mika Zibanejad et Chris Kreider.

Les Rangers n’ont sans doute pas choisi le bon joueur au septième rang de la première ronde (Lias Andersson), mais Nick Suzuki, Erik Brannstrom, Martin Necas, Robert Thomas, Ryan Poehling et Morgan Frost étaient encore disponibles à ce rang.

En moins de deux ans, Chayka a échangé sept choix de première ronde de l’équipe entre 2011 et 2017 (Pierre-Olivier Joseph, Nick Merkley, Dylan Strome, Brendan Perlini, Max Domi, Henrik Samuelsson et Connor Murphy), sans compter son choix de première ronde en 2020 et peut-être celui de 2021.

Le DG des Coyotes a obtenu en retour Taylor Hall (un joueur de location pour l’instant), Phil Kessel, Nick Schmaltz et Niklas Hjalmarsson. Schmaltz est le plus intéressant. Il a 23 points cette saison. Mais Strome produit à un meilleur rythme à Chicago. Hjalmarsson, 32 ans, est encore sur la liste des blessés. Kessel a 32 ans et il semble ralentir.

On peut saluer l’audace de Chayka. Mais en un seul échange, les Coyotes passent d’un club sans pression à une équipe aspirante, du moins aux yeux de son DG. Ont-ils les reins assez solides ?

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Alexandre Pratt raffole de ce genre d’histoire, et ma foi, de tels contes de fées sont toujours un pur bonheur à lire ! Ils ne devaient pas gagner. Ils ont gagné…