(RALEIGH, Caroline du Nord) Comment mesurer la progression d’un jeune joueur au fil des ans ? On peut regarder les statistiques, la carrure, ou simplement observer sa personnalité, son degré de maturité.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Rod Brind’Amour l’a observé d’une autre façon avec Andrei Svechnikov.

« Cette année au camp, j’ai peut-être interrompu deux exercices parce qu’il ne comprenait pas ce qu’il devait faire. L’an passé, j’en arrêtais deux par jour ! Il va continuer à apprendre, mais il est à des milles d’où il était l’an passé », a répondu l’entraîneur-chef, après l’entraînement d’hier, à 24 heures du premier match de la saison des Hurricanes de la Caroline, contre le Canadien.

Il s’en passe, des choses, en 16 mois. Particulièrement dans la vie de jeunes d’à peine 18 ans.

Il y a 16 mois avait lieu le camp d’évaluation de la LNH, à Buffalo, en vue du repêchage de 2018. Le vendredi, six des meilleurs espoirs rencontraient les médias pour la première grande mêlée de presse de leur vie. Svechnikov, qui était pourtant en Amérique du Nord depuis deux ans, avait fait appel à une interprète pour sa conférence. Après quelques questions, il s’était mis à répondre directement en anglais, mais ne semblait pas tout à fait à son aise.

« Il y avait environ 50 personnes autour de moi, je paniquais un peu, a expliqué le Russe, hier. Donc j’ai demandé d’avoir une interprète. J’étais un peu nerveux. C’était une première pour moi. Mon anglais aurait été assez bon. Mais il y avait beaucoup de gens devant moi. »

Cette fois, c’est un Svechnikov à l’anglais fluide que l’on a rencontré dans le vestiaire des Hurricanes. Sur la glace aussi, l’équipe le sent plus à l’aise, et sa capacité à bien exécuter les exercices en est la preuve.

Mon anglais s’améliore. L’an dernier, c’était difficile, j’étais timide. Maintenant, je me sens plus à l’aise, et je connais tout le monde.

Andrei Svechnikov

Principalement employé au sein du troisième trio l’an dernier, Svechnikov a inscrit 20 buts et 17 aides, pour une production fort acceptable de 37 points à ses débuts dans la LNH.

À l’entraînement cette semaine, ses partenaires de trio avaient pour nom Jordan Staal et Teuvo Teravainen, auteur de 76 points la saison dernière. L’objectif de Brind’Amour : que Svechnikov s’établisse comme un membre du top 6 dès cette saison, à 19 ans.

« Je l’espère. C’est là qu’on l’a placé pour commencer. On espère qu’il deviendra le joueur qu’on croit qu’il peut devenir », a lancé l’entraîneur-chef.

Avec les départs de Justin Williams et de Micheal Ferland, il y a effectivement des trous à boucher dans les deux premiers trios. Si les Hurricanes veulent poursuivre sur leur formidable lancée de l’an dernier, qui les a menés en finale d’association, ils auront besoin de la progression de leur choix de 1er tour de l’an dernier.

L’expérience du capitaine

Comme Svechnikov, Staal a été repêché au 2e rang au total, et il a amorcé sa carrière dans la LNH à 18 ans. Le nouveau capitaine des Hurricanes avait fait tourner les têtes à ses débuts dans la LNH, avec les Penguins de Pittsburgh. Il avait inscrit 29 buts et 13 aides pour 42 points, finissant 3e au scrutin pour le trophée Calder.

Mais la saison suivante, ses statistiques avaient dégringolé à 12 buts et 28 points. « Dans toute carrière, il y a des creux. Le mien est survenu à ce moment-là, admet Staal. Mais je ne crois pas que ça arrivera à Svech !

« La LNH est remplie de joueurs intelligents qui comprennent les tendances des autres. Svech sera surveillé de plus près. Tout le monde connaît son talent et sa vitesse, il aura des confrontations plus difficiles. Mais au-delà de ça, il ressemble à un joueur qui connaîtra une bonne saison malgré tout. »

Svechnikov amorcera donc la saison dans des dispositions bien différentes que Jesperi Kotkaniemi, repêché un rang derrière Svechnikov. Ce dernier pilotera plutôt le troisième trio, comme l’an dernier, mais après avoir connu un camp plutôt terne. La Finlandais ne fait pas non plus partie de l’une ou l’autre des deux unités d’avantage numérique du Tricolore, tandis que Svechnikov y a sa place chez les Hurricanes.

Mais on vous parlait plus haut du camp d’évaluation de la LNH en 2018 à Buffalo. Lors de la journée des points de presse, Kotkaniemi ne faisait pas partie des six joueurs choisis par la LNH pour rencontrer les médias, parce que sa place parmi les six meilleurs espoirs ne faisait pas nécessairement consensus.

Derrière Rasmus Dahlin et Svechnikov, attendus par tous aux rangs 1 et 2, les noms de Brady Tkachuk et de Filip Zadina étaient ceux qui revenaient le plus souvent. Même si les attentes immédiates pour Kotkaniemi ne sont pas aussi élevées qu’elles le sont pour Svechnikov, le Finlandais a grandement cheminé.

La donne a drôlement changé en 16 mois. Et elle pourrait être encore bien différente dans 16 mois. À suivre à l’hiver 2021.