Il restait un peu moins de deux minutes à faire dans le match, hier. Les espoirs du Canadien tiraient de l’arrière par un but. 

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

La rondelle a été envoyée en fond de territoire adverse par le CH et le juge de ligne s’apprêtait à siffler un dégagement refusé. L’équipe aurait eu à reprendre le jeu dans sa zone, ce qui ne constitue pas la situation idéale quand on veut provoquer l’égalité. 

Dans un sprint étonnant, Ryan Poehling a réussi à devancer le défenseur adverse in extremis derrière le filet des Jets de Winnipeg. Non seulement a-t-il réussi à annuler le dégagement refusé, mais il a récupéré le disque, seul contre quatre adversaires. Il a forcé en outre un adversaire à le faire trébucher dans cette bataille pour la rondelle. 

Le Canadien a obtenu une mise en jeu en territoire adverse et bénéficié d’une supériorité numérique pour terminer le match. Joël Bouchard en a profité évidemment pour retirer son gardien Cayden Primeau et les espoirs du CH ont attaqué à six contre quatre. 

L’équipe n’a pas réussi à provoquer l’égalité, contre les espoirs des Jets, mais le jeu de Poehling était révélateur à plusieurs chapitres: sa ténacité, son désir de vaincre, sa force physique et sa dextérité avec le disque.

Il y avait deux ou trois espoirs de premier plan pour le Canadien ce weekend à Belleville pour ce tournoi des recrues. Peut-être quatre. Poehling, le premier choix de l’équipe en 2017, fait évidemment partie du lot. Il n’a pas explosé à l’attaque comme il l’avait fait à son seul match dans la LNH contre les Maple Leafs ce printemps. Mais il a contrôlé le jeu. Sa vision m’a étonné. Il a peut-être même trop souvent cherché le jeu parfait à l’endroit de son partenaire de trio Nick Suzuki. Les entraîneurs se chargeront de lui rappeler de jouer de façon plus simple lorsque le vrai camp d’entraînement commencera. 

Suzuki a montré de belles choses lui aussi, même si son deuxième match n’était pas aussi bon que le premier. Il est plus costaud. Le jeune homme de 20 ans obtenu pour Max Pacioretty pèserait désormais 200 livres. On l’a senti plus incisif dans ses batailles pour la rondelle le long des bandes. Sa créativité et sa patience demeurent ses meilleurs atouts. 

Marc Bergevin a révélé dans son interview avec Alexandre Pratt, publiée ce matin dans La Presse+, pressentir Suzuki davantage dans un rôle d’ailier que de centre dans une perspective à long terme. Il a joué à l’aile droite ce weekend, presque toujours avec Poehling, jusqu’à ce que Bouchard ne les sépare en troisième période hier. Suzuki a amélioré sa vitesse sur patins, mais a-t-il acquis l’explosivité requise pour être aussi efficace à l’aile? Pas encore convaincu. Je le sens beaucoup plus à l’aise au centre; il peut se permettre d'atteindre sa vitesse de croisière plus facilement puisqu’il est davantage en mouvement à cette position. Il aime aussi ralentir le jeu, comme le faisait si bien Mike Ribeiro à l’époque. 

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Nick Suzuki

Claude Julien a laissé entendre ce matin que les deux allaient être employés à l’aile comme au centre pendant le camp. À mes yeux, Poehling peut être aussi efficace à l’aile, mais la transition risque d’être un peu plus difficile du centre à l’aile pour Suzuki.

L’autre espoir de premier plan, Cayden Primeau, 20 ans lui aussi, a fait le travail devant le filet. Sans être hallucinant, il a fait le travail. Primeau, un choix de septième ronde en 2017, a accordé cinq buts en deux matchs. Le gardien par excellence dans la NCAA l’an dernier jouera sans doute à profusion avec le Rocket de Laval. Le Canadien pourra le laisser progresser à son rythme d’ici au déclin de Carey Price, dans trois ou quatre ans.

Avec l’absence de Cole Caufield et Alexander Romanov, je ne vois pas d’autres espoirs de premier plan dans le groupe présent à Belleville. Cela dit, certains pourront nous surprendre, ou encore atteindre la Ligue nationale sans avoir un impact majeur. 

Jack Evans, par exemple, a bien progressé depuis un an et offert un bon rendement ce weekend. Mais à 23 ans et avec une année complète d’expérience chez les professionnels, on s’attendait à le voir jouer ainsi. Raphael Harvey-Pinard pourrait sauter les étapes et passer des rangs juniors à la Ligue américaine dès cette année. Il a été l'un des avants les plus lumineux ce weekend. Parmi le lot d’attaquants repêchés dans les rondes plus tardives en 2018, McShane, Fonstad, Houde, Hillis, la marche demeure haute. Mais Hillis s’est amélioré au fil du tournoi.  À suivre dans quelques années. 

En défense, on a beaucoup vanté les défenseurs droitiers Cale Fleury et Josh Brook, des choix de troisième et deuxième rondes respectivement. Fleury a joué un an dans la Ligue américaine et l’expérience lui a été profitable. Je n’ai jamais été le plus grand fan de Brook, malgré ses 75 points l’an dernier, et il a connu un tournoi difficile. Mais je lui reconnais son talent. Si Noah Juulsen, premier choix en 2016, reprend où il a laissé avant de se blesser l’an dernier, il est nettement en avance sur les deux autres pour un poste à droite. Les trois entameront peut-être même la saison à Laval. 

À gauche, le Finlandais Otto Leskinen, embauché à titre de joueur autonome cet été, a montré une belle fluidité à Belleville. Il avait l’avantage de l’âge (22 ans) et de l’expérience (trois années chez les pros en Finlande) sur les autres, mais il a bien fait. À moins d’une surprise de taille, on le destine cependant au Rocket. 

Mon coup de coeur? Le défenseur de 18 ans Gianni Fairbrother, repêché en troisième ronde en juin. Il a raté le repêchage de 2018 par quelques semaines (né le 30 septembre 2000) et n’a pas dominé au chapitre offensif avec Everett l’an dernier, mais il a montré beaucoup d’assurance avec la rondelle, de la patience et il possède une belle vision du jeu, sans compter un excellent coup de patin. À suivre avec intérêt. 

Marc Bergevin et Claude Julien disent avoir l’esprit ouvert et espérer intégrer des jeunes à la formation cette année, mais 15 attaquants possèdent déjà des contrats garantis de la LNH, et huit défenseurs. Les recrues devront épater comme Jesperi Kotkaniemi l’a fait l’an dernier pour provoquer des changements dans la hiérarchie. 

Mais Poehling et Suzuki répondraient chacun à leur façon à des besoins criants chez le Canadien. Poehling est imposant physiquement, Suzuki est un attaquant droitier créatif capable d’animer le jeu en supériorité numérique.

«L’avenir du Canadien de Montréal passe par le Rocket de Laval», a aussi souligné Marc Bergevin ce matin. La porte est ouverte, ou plutôt entrouverte…