La carrière de Nate Thompson peut paraître bien banale à première vue. Un modeste choix de 6e tour, qui a fait sa place malgré tout et qui disputera ce soir un 683e match dans la Ligue nationale.

Mis à jour le 5 mars 2019
Guillaume Lefrançois LA PRESSE

Au total, 57 buts, 78 passes. Un spécialiste des mises en jeu qui a consacré beaucoup de temps à parfaire son art. «Si tu ne triches pas, c'est que tu n'essaies pas assez. Mais c'est rendu difficile de tricher avec les nouveaux règlements!» En séries, il a atteint deux fois les finales d'association, en 2011 avec Tampa et en 2017 avec Anaheim. Bref, une carrière admirable pour un joueur repêché aussi loin, mais rien qui frappe l'imagination.

Sauf que derrière les saisons passées à Boston, New York, Tampa, Anaheim, Ottawa, Los Angeles et maintenant Montréal, il y a une histoire de vie qui pourrait en inspirer plusieurs. C'est l'histoire d'un homme qui, à 32 ans, a décidé de remettre sa vie sur les rails en tentant de régler ses problèmes de consommation.

«J'ai vécu des moments sombres», a-t-il expliqué à La Presse hier, après l'entraînement du Canadien.

Le 10 octobre 2016, Thompson a tracé une ligne et ne l'a jamais franchie depuis. Tous les 10 octobre depuis, il publie sur son compte Instagram un message soulignant l'anniversaire de sa sobriété. Il tente aujourd'hui d'aider son prochain.

«Je me suis impliqué dans les Alcooliques anonymes. Ça m'a permis de connaître du monde, d'agrandir mon réseau d'amis sobres. C'est une communauté tissée serré, souligne le numéro 21 du CH.

«Quand tu vois quelqu'un qui est sobre, même si tu ne le connais pas, tu sais ce qu'il a vécu, tu le regardes dans les yeux et tu sais que tu es dans la même confrérie. Des gars comme Rich Clune, Brian McGrattan, Micheal Ferland. Je suis en contact avec eux. C'est comme d'avoir une fraternité.»

La mince ligne

Thompson garde toujours une certaine pudeur lorsqu'il revient sur ses problèmes passés. Aucun incident de notoriété publique ne s'est produit pour qu'il décide de s'attaquer à son problème.

(Transparence totale: le très petit vestiaire où les joueurs se changeaient hier était bondé et plus ou moins propice aux grandes confidences.)

Cela dit, dans ses entrevues précédentes, il ne faisait jamais non plus dans les détails. À Athlétique, en octobre dernier, il a parlé «d'incidents qui [lui] sont arrivés, qui [l']ont mis, [lui et ses] proches, en danger».

Thompson était membre des Ducks quand il est devenu sobre. Cam Fowler est parmi ceux qui l'ont aidé. Le défenseur habitait «à 10 maisons» de chez Thompson. Ils covoituraient pour se rendre à l'aréna et s'assoyaient toujours ensemble dans l'avion.

Fowler était-il inquiet pour son ami?

«C'est dur à dire, car tu ne sais jamais vraiment si c'est un réel problème ou si c'est simplement quelqu'un qui aime s'amuser. Je n'étais pas assez proche de la situation pour le savoir, raconte Fowler, rencontré après le match des Ducks dimanche. Mais il a été très honnête avec nous quand il a parlé de ses problèmes et en tant qu'organisation, nous l'avons entièrement soutenu.

«Je suis très fier de lui. Je n'ai pas eu beaucoup de cas de dépendance autour de moi. Mais si on compare comment il était avec ce qu'il est devenu aujourd'hui, c'est vraiment un changement positif. Sa femme, Sydney, a exercé une très bonne influence sur lui. Il a maintenant un enfant et il en est très fier. Il mène une bonne vie et c'est en grande partie parce qu'il a fait le ménage dans sa vie.»

Avant même ce ménage, Thompson était déjà un coéquipier populaire. Du ciment dans un vestiaire, pourrait-on dire pour traduire l'expression «glue guy».

«Ça ne le dérange pas d'accepter le rôle de plombier, même s'il est meilleur que ça. Il tire de la fierté à écouler les pénalités, à bloquer des tirs. Il a joué blessé en séries. Il va au bâton pour ses coéquipiers», résume Fowler, qui a passé trois saisons avec lui.

«Un bon gars»

Après Anaheim, après un bref intermède à Ottawa, Thompson s'est joint aux Kings, avec qui il a disputé deux moitiés de saison. Là aussi, il a laissé sa marque.

«Il n'a pas été ici très longtemps, mais on a eu le temps de devenir proches. On a passé du temps l'été ensemble. C'est un bon gars qui va tout faire pour toi. C'est un meneur qui parle fort et qui mène par l'exemple. Sur la glace, il fait tout le nécessaire pour gagner», décrit l'attaquant Trevor Lewis.

À Los Angeles, les joueurs n'ont pas connu l'avant/après, mais seulement le Thompson sobre. «Il sortait quand même avec nous, même si on prenait quelques bières. Mais il agissait intelligemment, il buvait de l'eau pétillante à la place. Mais il était toujours là», rappelle Lewis.

En fait, sa sobriété n'a fait qu'augmenter son capital de sympathie, parce que ça lui a donné une façon de plus d'aider ses amis.

«Son caractère et sa détermination sont admirables, parce que ce n'est pas facile de passer à travers ça, soutient le défenseur Alec Martinez. Il en a parlé publiquement. Je sais aussi avec certitude qu'il a aidé d'autres joueurs. Ça en dit long sur son caractère. Je me répète, mais c'est un des meilleurs gars que j'ai rencontrés.»

Thompson demeure humble quand on le questionne sur l'aide qu'il apporte aux autres.

«Je ne force personne à demander de l'aide. C'est le choix de chacun de le faire ou non, rappelle-t-il. Mais si quelqu'un veut parler, veut de l'aide, je suis là. J'ai dit aux joueurs que mon téléphone est toujours ouvert, car je suis passé par là, je comprends l'importance d'avoir quelqu'un à qui se confier.

«Quand j'ai d'abord essayé de devenir sobre, j'ai eu de la difficulté. Dans les premiers mois, j'ai reçu de l'aide de gars qui ont fait cette démarche. Quand tu vis une période sombre, que tu essaies de remettre ta vie sur les rails, tu penses que tu le fais seul, mais ce n'est pas vraiment le cas. Il y a des gens qui sont là pour t'aider. C'est un peu ça, l'idée. Tu vas mieux, et en faisant du progrès, tu aides quelqu'un d'autre. Quand tu aides quelqu'un, ça t'aide toi aussi. Ça, je l'ai appris. J'espère pouvoir aider plusieurs personnes.»

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Kotkaniemi et Drouin, six mois plus tard

Ils ont disputé les trois premiers matchs de la saison ensemble, sans grand succès. Claude Julien leur donnera une nouvelle chance ce soir. Jonathan Drouin a en effet été muté au sein du trio de Jesperi Kotkaniemi hier à l'entraînement, tandis que Paul Byron jouait à la gauche de Max Domi. Drouin n'avait obtenu aucun point en trois matchs avec Kotkaniemi en début de saison, tandis que le Finlandais de 18 ans avait amassé une aide. Julien a notamment expliqué que le trio de Domi avait besoin d'une étincelle. «On a fait des changements parce qu'on avait besoin de changement, a-t-il ensuite expliqué. Si on les a mis ensemble, c'est parce qu'on pense qu'il y a des possibilités là. Quand Jonathan est à point, il peut faire beaucoup de choses et rendre les autres autour de lui meilleurs.»

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Price malade

Carey Price s'est absenté de l'entraînement d'hier en raison d'un virus. Antti Niemi était donc le seul gardien sur la patinoire. La présence de Price ce soir demeure donc incertaine. Cela dit, aucun rappel n'avait encore été annoncé au moment de publier. Price a participé aux 14 derniers matchs de son équipe. Il en a amorcé 13 et a remplacé Niemi lors du seul départ du Finlandais, il y a deux semaines en Floride. Chez les Kings, Jonathan Quick devrait être désigné pour défendre le filet.