Wayne Thomas était devant sa télé mardi soir, quelque part dans sa vieille maison du Massachusetts, quand il a eu la bonne idée de regarder deux matchs de hockey en même temps. Deux matchs impliquant deux de ses anciens élèves.

Mis à jour le 17 janv. 2019
Richard Labbé LA PRESSE

Les plus vieux se souviendront de Thomas comme d'un gardien réserviste qui a connu quelques moments de gloire dans les années 70; les plus jeunes s'en souviendront comme d'un assistant chez les Sharks de San Jose, qui a aussi entraîné plusieurs gardiens assez connus.

Antti Niemi, par exemple.

«J'étais en train de regarder deux matchs à la fois, celui du Canadien et celui du Wild, a expliqué Thomas hier en entrevue téléphonique avec La Presse. Devant le filet du Wild, il y avait Alex Stalock, que j'ai eu sous mon aile à San Jose. Devant le filet du Canadien, il y avait Antti [Niemi], que j'ai aussi eu comme élève à San Jose. J'aime regarder jouer les gars avec qui j'ai déjà travaillé, et puis à un moment donné, l'annonceur à la télé s'est mis à dire le nombre de tirs que recevait Antti, et je trouvais que c'était beaucoup...»

Ç'a été beaucoup, en effet. En tout, le gardien réserviste du Canadien a reçu 53 tirs dans sa direction lors de cette victoire de 5-1 sur les Panthers de la Floride, mardi soir au Centre Bell. Ce que l'on retient avant tout: ces 52 arrêts représentent le deuxième total d'arrêts dans un match de l'histoire du Canadien, à égalité avec Jacques Plante, qui avait lui aussi connu un match de 52 arrêts en 1955 contre Chicago.

Chez le Canadien, le record du plus grand nombre d'arrêts dans un match est de 53, détenu à la fois par Carey Price (en 2009 contre Nashville)... et par Wayne Thomas, qui avait reçu 57 tirs lors d'un match à Pittsburgh en 1974, ne cédant qu'à quatre reprises dans la victoire.

Devant son écran mardi soir, Thomas, un retraité de maintenant 71 ans, pouvait bien comprendre ce qui se passait dans la tête de Niemi.

«Je lui ai envoyé un texto après le match, et au lieu de me remercier, il m'a demandé qui détenait le record d'équipe avec 53 arrêts, de poursuivre Thomas. C'est son sens de l'humour, ça. Mais vous savez quoi? Je ne me souviens pas vraiment de ce match-là en 1974 contre les Penguins. Quelqu'un m'a parlé de ce match quand Carey Price a lui aussi connu une soirée de 53 arrêts il y a 10 ans, et puis j'avais complètement oublié que c'était arrivé.

«Je trouve ça quand même étonnant, mon match de 53 arrêts, parce que dans ces années-là, d'habitude, le Canadien n'accordait même pas 53 tirs en deux matchs! Je me souviens que les Penguins avaient des marqueurs dans leur formation, mais j'ai dû leur donner plusieurs rebonds! Le Canadien exigeait l'excellence alors comme aujourd'hui. Donc je ne peux pas croire que notre entraîneur Scotty Bowman ait été particulièrement heureux d'un match de 53 arrêts de la part de son gardien (rires)... Avec le Canadien, à cette époque, on ne s'attendait à rien d'autre que la victoire.»

La grosse soirée de Thomas s'était conclue par une victoire de 5-4 du Canadien sur les Penguins, mais cette performance éclatante ne lui a pas permis de saisir le poste de gardien numéro un malgré tout. «Devant le filet, il y avait un ménage à trois avec moi, Michel Plasse et [Michel] Bunny Larocque... C'était comme ça, à cette époque: la plupart des équipes avaient trois gardiens. Pendant ce temps, Ken Dryden était retourné sur les bancs d'école pour étudier le droit.»

On connaît la suite: c'est Dryden qui est revenu pour devenir le numéro un incontesté à Montréal, et Thomas, lui, s'est ensuite promené d'un filet à l'autre, occupant celui des Maple Leafs et des Rangers avant d'accrocher son masque pour de bon en 1980-1981. Il a ensuite été entraîneur des gardiens et assistant au directeur général chez les Sharks pendant 22 ans.

Il est à la retraite depuis 2015, mais cela ne l'empêche pas de passer ses soirs à garder un oeil sur ces gardiens qu'il a bien connus à San Jose, dont Niemi, de qui il garde d'excellents souvenirs.

«Je me rappelle que nous étions allés le chercher en 2010 quand il nous avait éliminés avec Chicago, d'ajouter Thomas. On cherchait un bon gardien, et Antti a été un bon gardien pour nous à San Jose. Il avait l'air d'être encore bon mardi soir...»