Il y a les évidences dans cette victoire du Canadien de Montréal 3-2 en prolongation contre les Bruins de Boston.

Mis à jour le 15 janv. 2019
Jean-François Tremblay LA PRESSE

Il y a la prestation de Carey Price, exceptionnelle encore une fois avec 41 arrêts. En troisième période seulement, il a repoussé 16 rondelles dans un moment largement dominé par l'adversaire. Il a fallu un tir superbe de David Krejci en fin de match, en situation de 6 contre 4, pour le battre.

Depuis le début décembre, Price est redevenu celui qui peut aller chercher les deux points à lui seul. Le Carey Price que l'on connaît, comme le répète chaque fois qu'il le peut Claude Julien. Dans la lutte de tous les instants pour accéder aux séries, il sera l'un des acteurs principaux. Mais ça, tout le monde l'a vu.

Il y a ce but de Jeff Petry en prolongation aussi. Encore un. C'est aussi lui qui avait marqué le gros but, dans le même contexte, contre les Stars de Dallas le soir du réveillon. Il a frappé au vol la rondelle, ce qui a rappelé à tout le monde qu'il avait beaucoup de baseball dans le sang. Son père Dan, doit-on le rappeler, était lanceur pour les Tigers de Detroit. Jeff Petry lui-même se débrouille plutôt bien lorsqu'il s'adonne au «passe-temps de l'Amérique». Mais ça aussi, vous l'avez tous vu.

Il y a cette bagarre de Nicolas Deslauriers, violente, contre Kevan Miller en première période. Le Canadien a fait 1-1 tout de suite après sur un tir de Petry dévié devant le filet par Brendan Gallagher. Ce combat a valu à Deslauriers la cape symbolique de joueur du match. Ses coéquipiers ont jugé que sa décision de jeter les gants contre un pugiliste aguerri avait changé l'allure de la rencontre.

«On ne jouait pas mal, mais il fallait donner plus d'énergie, a reconnu le Québécois. Notre trio, en plus, venait de passer deux ou trois présences dans notre zone. On devait amener quelque chose. J'ai trouvé quelqu'un pour danser. Je suis content, c'est une grosse victoire dont on avait besoin.»

Mais ça aussi, c'était impossible à manquer.

Analysons donc un peu plus en profondeur le travail de l'ombre. Celui de Phillip Danault, en l'occurrence. Voici comment il a réagi quand on lui a parlé de sa soirée chargée au bureau.

«Tu parles des 95 mises en jeu? a-t-il lancé d'entrée de jeu, sourire en coin. Combien j'en ai pris au juste? J'avais l'impression que j'en avais pris 60.»

La soirée Danault

En fait, il s'est présenté 29 fois au cercle. Il a gagné 17 duels, donc eu 59% d'efficacité. Il a gagné 60% de ses confrontations contre son grand ami, et accessoirement l'un des meilleurs joueurs de centre de sa génération, Patrice Bergeron.

Danault a pris 15 mises en jeu en zone défensive, contre 8 pour le reste de l'équipe au grand complet. Dans un contexte sur la route où Claude Julien ne dispose pas du dernier changement, Danault se retrouvait sur la glace dès que ça chauffait un peu. En fin de match, avec la victoire à l'enjeu, il était hors de question qu'il retourne au banc.

«J'approche ce rôle avec fierté. Claude me fait confiance sur les mises en jeu. Contre des gros centres aussi. Patrice Bergeron est excellent. Ça fait énormément de batailles dans un match, mais ramasser les deux points ça fait du bien.»

C'est le mot-clé, la fierté. Danault est de ces joueurs qui acceptent les rôles ingrats sans rechigner. Ce sont ces joueurs qui vont chercher les victoires.

Pas étonnant qu'il soit devenu l'homme de confiance de Claude Julien. L'entraîneur le change de trio au gré de ses besoins, l'envoie sur la glace constamment contre les meilleurs. Quand Nathan MacKinnon était sur la glace samedi, Danault était là. Quand Marchand était sur la glace hier, Danault était là. Quand il a été temps d'essayer de relancer Jonathan Drouin en mélangeant les trios, Danault était là.

«Le plus dur, c'est l'aspect mental, toujours être à l'affût, a reconnu le Québécois, qui a passé plus de 20 minutes sur la glace. Toujours penser, essayer de lire ce que l'autre centre va faire avant que la rondelle tombe. Ce sont tous les petits détails qui m'amènent à me pousser mentalement.»

«Il a été très bon ce soir, il a été fort et solide dans tous les aspects, que ce soit les mises au jeu ou dans son jeu contre certains joueurs, a analysé Claude Julien. Il a connu un fort match [son A-Game, pour reprendre les mots exacts de Julien].»

Contre les Bruins, Danault n'a pas autant frappé l'imaginaire que Price, que Petry ou que Deslauriers, mais il a tout autant contribué à la victoire. C'est dans les matchs comme celui-là, aux allures de séries éliminatoires, que son travail de l'ombre brille le plus.

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En hausse: Carey Price

Carey Price est un homme nouveau depuis le début de décembre. La performance d'hier s'inscrit dans cette même lignée.

En baisse: Michael Chaput

Le hockey est un sport qui peut être ingrat. Mais une telle pénalité pour avoir retardé le match, dans un tel contexte en plus, est impardonnable.

Le chiffre du match: 21 min 36 s

C'est le temps de jeu de Shea Weber, le plus petit depuis son retour.