Plus tôt cette saison, le Canadien a demandé à Phillip Danault de jouer les animateurs de télévision et de présenter quelques scènes croquées dans l'avion du Canadien.

Mis à jour le 5 janv. 2019
GUILLAUME LEFRANÇOIS LA PRESSE

On y voit les jeunes défenseurs Victor Mete et Noah Juulsen assis ensemble. Plus loin, Max Domi, Tomas Tatar, Brendan Gallagher et Andrew Shaw jouent aux cartes. D'autres, comme Artturi Lehkonen, dorment à poings fermés.

Danault défile dans l'allée, puis arrive à la dernière rangée. Shea Weber et Carey Price, côte à côte, bien assis.

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« Ce sont comme les deux papas de l'équipe. Depuis que Webby est à Montréal, ils sont toujours assis ensemble dans l'avion. Ils viennent du même coin. Ce sont les deux papas qui surveillent ce qui se passe en avant ! », nous explique Danault.

Le mois dernier, il y a eu ce petit moment de tendresse de Weber. Trois secondes d'égarement pendant un échauffement d'avant-match. Weber qui salue Liv, la petite de Price et de sa conjointe, Angela, à travers la baie vitrée, avant de retrouver son visage de joueur de hockey.

Price est plutôt discret sur les réseaux sociaux. Une de ses dernières publications : le gardien attablé avec Weber et Jeff Petry dans un vignoble de Kelowna, en Colombie-Britannique.

Depuis que Josh Gorges, à l'époque où il jouait à Montréal, les a menés à se rencontrer, Price et Weber ont peu à peu tissé des liens. Les matchs des Étoiles, les sélections avec Équipe Canada et les étés passés dans la région de Kelowna leur ont donné des occasions de se côtoyer. La transaction qui a amené Weber à Montréal a multiplié ces occasions, si bien que les liens sont étroits entre le gardien numéro 1 de l'équipe et son défenseur numéro 1.

« Il est le seul joueur de mon âge ! », lance Weber à la blague.

Rinne, Mason...

Ce qui est fascinant, c'est qu'en grattant un peu, on réalise qu'entre Weber et les gardiens, ça a toujours cliqué.

Le premier cochambreur de Weber à Nashville ? Chris Mason. « À l'époque où les gardiens n'étaient pas seuls dans leur chambre d'hôtel ! », souligne à la blague Mason, aujourd'hui analyste des matchs de Predators à la télévision.

« Barry Trotz [entraîneur-chef des Predators à l'époque] voulait que je lui montre un peu la vie, poursuit Mason au bout du fil. On est devenus très proches en raison du temps passé ensemble à l'aréna et comme cochambreurs. On avait beaucoup en commun. On aimait beaucoup les sports, on était des joueurs de baseball et de football, je l'ai initié aux pools de baseball et de football. On s'était même acheté un PlayStation ensemble que l'on apportait sur la route ! »

En 2008-2009, Pekka Rinne - attendu ce soir au Centre Bell - a succédé à Mason comme gardien numéro 1 des Predators. Sa relation avec Weber ?

« Ils étaient les meilleurs amis du monde, se souvient Trotz, croisé à Denver le mois dernier. Ils étaient les meneurs de notre équipe. Quand les Predators m'ont congédié, les deux premiers gars à débarquer chez moi avec une caisse de bière et un gros sourire, c'était Webs et Peks. »

Comme avec Price, la relation entre Weber et Rinne ne s'est pas développée du jour au lendemain. Dans leur cas, ils se sont connus à Milwaukee, au sein du club-école des Predators, en 2005-2006, ont grandi ensemble dans l'organisation, avant de devenir eux aussi voisins de siège dans l'avion.

« On était dans la même position, on habitait seuls pour la première fois de nos vies. On a passé beaucoup de temps ensemble en neuf ans ! »

- Shea Weber

« Je sens qu'assez rapidement, on a tissé un lien, ajoute Rinne, joint au téléphone mercredi. J'avais encore de la difficulté à parler anglais, mais je me souviens bien de ces moments. Il était probablement deux fois moins grand qu'aujourd'hui ! Il était jeune, mince, mais déjà impressionnant comme joueur. »

Papa ours

Rinne se souvient très bien de sa fin de soirée le 15 avril 2013. Les Predators perdaient 5-2 contre les Canucks.

« Le jeu repartait vers la zone adverse, j'ai commencé à pousser Zack Kassian. Il s'est retourné et a répliqué. Shea partait dans l'autre direction, et il a dû revenir de la ligne bleue pour me défendre. C'est moi qui avais commencé, je ne fais pas ça normalement, mais j'étais frustré. Je l'ai remercié par la suite !

« J'arrivais de l'Europe, je n'avais donc pas l'habitude des combats, ajoute-t-il. Assez vite à Milwaukee, dès qu'un joueur me touchait, il me défendait et j'étais super impressionné. Je ne comprenais pas trop ce qui se passait ! Mais c'est ce genre de gars. Il s'assure que ça n'arrive pas. » 

« Sur la glace, il est comme le meilleur ami des gardiens. Il est bon défensivement, il ne laisse pas les joueurs foncer sur toi ou se tenir près du filet. »

- Pekka Rinne

Trotz : « Personne ne touche à ses gardiens. C'est le papa ours. »

Dans une réponse typiquement « wébéresque », le capitaine du Canadien a essentiellement minimisé cet aspect de son jeu.

« Je pense que tous nos défenseurs veulent protéger le gardien, a déclaré Weber. C'est le dernier rempart de notre défense. Ce sont les gardiens qui nous sauvent les fesses quand on commet des erreurs, donc on essaie de faciliter leur travail le plus possible. »

Les piliers

Dans le contexte du Canadien de 2018-2019, cette relation entre Weber et son gardien n'est pas banale, parce qu'on parle ici de deux joueurs qui devraient porter le bleu-blanc-rouge pendant plusieurs années. L'idée ne plaît pas aux adeptes du rajeunissement, de la reconstruction, de la réingénierie - employez bien le mot de votre choix -, mais leurs contrats expirent tous les deux en 2026. Ne serait-ce que pour la durée de leurs ententes, ils sont ancrés ici à long terme.

Le discours sera sans doute différent en 2022. Mais d'ici là, et malgré le fait que les vedettes de la LNH d'aujourd'hui sont surtout de jeunes patineurs rapides et bourrés de talent, le Tricolore se porte mieux depuis qu'il compte sur les deux meneurs en santé (malgré l'irritation et les étourdissements de Price). Depuis le retour de Weber, le CH présente une fiche de 11-6-0. Price présentait une efficacité de ,897 sans Weber cette saison. Depuis le retour du défenseur, c'est ,923.

« Ce sont deux grands meneurs de l'équipe, des joueurs de franchise, rappelle Danault. Les deux ont des contrats à long terme. Weber, c'est notre capitaine. Les deux jouent un gros rôle. Quand ils sont en santé, ça paraît. Chaque morceau est important, mais ce sont deux gros morceaux. »

PHOTO TIRÉE D'INSTAGRAM

Une des dernières publications de Carey Price : le gardien (à droite) attablé avec Jeff Petry et Shea Weber dans un vignoble de Kelowna, en Colombie-Britannique.