C'est presque rendu prévisible. C'est arrivé trois fois à Sunrise vendredi. C'est arrivé une autre fois à Dallas le 31 au soir. Puis hier, de nouveau, à Brossard.

Mis à jour le 3 janv. 2019
Guillaume Lefrançois LA PRESSE

Le numéro 15 tente un tir. «Ping!» La rondelle aboutit sur le poteau.

Le commun des mortels voit de tels tirs et note que, pour un jeune de 18 ans, il dégaine déjà comme un attaquant de l'élite. Son tir des poignets est impressionnant à voir. C'est d'ailleurs l'observation qu'a formulée Claude Julien hier. «Il doit mener la ligue pour les poteaux! Il a un bon tir», a lancé l'entraîneur-chef.

Kotkaniemi, lui? Se croit-il simplement malchanceux quand il voit autant de tirs aboutir sur les tiges? «Je ne sais pas, c'est aussi un manque d'habileté. Pour moi, ce sont des tirs hors cible. Je dois être meilleur.»

Quarante matchs plus tard, le premier choix du Canadien au dernier repêchage demeure toujours aussi critique face à lui-même. On peut d'ailleurs soulever comme hypothèse que cette éternelle insatisfaction, cette forme d'humilité, explique pourquoi il s'entraînait avec le Canadien hier matin, au lieu de prendre part au duel Finlande-Canada d'hier au Championnat du monde junior.

On l'a souvent dit et on le répète : au camp de développement de juillet, puis au tournoi des recrues deux mois plus tard, plusieurs observateurs s'attendaient à ce que Kotkaniemi défende les couleurs de son pays, et non pas celles du CH, au temps des Fêtes. Mais le jeune homme a progressé de jour en jour au camp, et a continué à le faire dans cette première moitié de saison qui prend fin ce soir, avec la visite des Canucks de Vancouver.

Cette progression se traduit par les données dans le tableau ci-bas. Il y a lieu de croire que la colonne des buts et des points aurait plus fière allure si quelques-uns des tirs sur les poteaux avaient été convertis en buts.

Ça, c'est pour les chiffres. Et dans les mots de Julien, ça donne ceci.

«J'aime comment il a progressé de façon générale. Son rythme s'est amélioré, il s'est ajusté à la vitesse du jeu. Il avait de la difficulté en zone défensive au début ; c'est bien meilleur maintenant. Il est beaucoup plus fiable. [...] Je suis vraiment impressionné, pour un jeune de 18 ans. Le plus gros défi est à venir, mais je suis persuadé qu'il va bien s'en tirer. Je ne le vois pas ralentir. Parfois, tu vois des joueurs qui arrivent d'Europe ou du collège, où ils jouent surtout la fin de semaine, et le calendrier finit par les rattraper. Mais je ne le vois pas de signes de ralentissement.»

En fait, l'adaptation de Kotkaniemi a été telle qu'il a disputé, lundi, son 40e match de la saison, sans tambour ni trompette. Ce chiffre engendre parfois des dilemmes pour les dirigeants d'équipes, car il signifie que le joueur en question sera admissible à l'arbitrage et à l'autonomie complète un an plus tôt. Quelqu'un a réellement pensé, ces dernières semaines, que Kotkaniemi n'atteindrait pas ce chiffre? Poser la question, c'est y répondre.

Gestion d'énergie

En point de presse, hier, Claude Julien a révélé avoir eu une bonne discussion avec son poulain.

Visiblement, la gestion de son énergie était un des thèmes de la conversation. Julien a effleuré le sujet dans la première réponse citée plus haut, et en a de nouveau parlé quand on lui a demandé quel serait le plus gros défi de Kotkaniemi en deuxième moitié de saison.

«Ce sera son repos et sa récupération. S'il peut soutenir le rythme du jeu pendant 82 matchs, ce sera tout un exploit pour un jeune de 18 ans, a expliqué l'entraîneur-chef. Le reste de son jeu s'améliore. Même aux mises au jeu, il s'améliore. Il apprend à être plus fort. Mais ça, ce sont des choses que tout joueur de 18 ans apprend.»

On affirme souvent que la transition en Amérique du Nord est difficile pour les Européens, en raison d'un calendrier plus chargé. Cela dit, Kotkaniemi a disputé 84 matchs en 2017-2018, selon les données d'Elite Prospects: 57 en saison avec Pori, 7 autres en séries, 17 avec l'équipe nationale des moins de 18 ans et 3 avec les moins de 20 ans. Kotkaniemi, lui, arrive à un chiffre de 93, en calculant aussi les rencontres hors concours avec Pori.

«C'est le plus que j'ai joué en une saison, soutient-il. Cette saison, je calcule que j'ai joué 17 ou 18 matchs préparatoires. J'en ai joué avec Pori, avec l'équipe nationale, j'ai participé au tournoi des recrues ici et il y a eu nos matchs préparatoires. Ça fait beaucoup de matchs!»

C'est sans oublier que le printemps d'un repêchage est toujours exigeant pour un joueur, particulièrement pour les Européens, qui traversent l'Atlantique pour le camp d'évaluation de la LNH au début juin, puis pour le repêchage trois semaines plus tard.

«Je n'ai pas eu beaucoup de repos l'été dernier. C'est comme si c'était une longue saison qui a commencé l'an dernier et qui continue», a-t-il expliqué.

Visiblement, le message de Julien à Kotkaniemi a été bien reçu. C'est ce qui ressort quand on lui demande son plus grand défi pour la deuxième moitié de saison. «Je devrai être intelligent dans mon emploi du temps quand on aura congé. Je devrai me reposer et bien manger.»

Le Canadien amorce ce soir une séquence costaude de 8 matchs en 13 jours, une portion du calendrier qui mettra justement l'endurance physique de Kotkaniemi à l'épreuve. Par contre, avec la semaine de relâche et la pause du match des Étoiles qui se suivent, le Tricolore disputera un seul match entre le 20 janvier et le 1er février. Le genre de séquence qui lui permettra de recharger les piles.