Les grands joueurs ont ce don de réussir les gros jeux dans les moments cruciaux. Alexis Lafrenière est justement identifié depuis plusieurs années parmi les joueurs de cette catégorie. Non seulement le meilleur de sa génération, mais le plus grand espoir québécois depuis Vincent Lecavalier en 1998.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Les Américains venaient à peine de provoquer l’égalité, avec un peu plus de trois minutes à jouer en troisième période, lors du premier match de l’équipe canadienne au Championnat mondial junior, quand Lafrenière a jailli de son poste d’ailier gauche à la mise en jeu pour exercer un échec-avant soutenu sur le défenseur américain.

Non seulement a-t-il démontré une force de caractère peu commune après un coup dur pour l’équipe du Canada, en avance par deux buts troisième, mais il a intercepté au vol la passe de K’Andre Miller, le leader en défense pour les États-Unis, avant de s’échapper devant le gardien Spencer Knight, choix de première ronde des Panthers de la Floride, à l’aide d’une belle feinte.

Malgré son jeune âge, Lafrenière était sur la glace en fin de rencontre lorsque les Américains ont retiré leur gardien, et il a réussi à extirper la rondelle du territoire canadien pour préparer le but d’un coéquipier dans un filet désert, pour sceller cette victoire de 6-4.

Il s’agissait pour Lafrenière de son quatrième point du match - un but et trois aides. Quatre points contre les Américains demeure toujours drôlement plus impressionnant que face à la Slovaquie ou le Kazakhstan.

Lafrenière aurait été éligible au repêchage de 2019 s’il était né quelques semaines plus tôt, comme dans le cas d’Auston Matthews en 2016 (né deux jours après la date limite). Mais son statut de joueur né sur le tard, un «late» comme on dit dans le jargon du hockey, n’aura aucune incidence sur le choix des recruteurs.

Les équipes de bas de classement comme les Kings de Los Angeles, les Red Wings de Detroit, les Devils du New Jersey, les Ducks d’Anaheim et les Sénateurs d’Ottawa (qui détiennent aussi le choix des Sharks) salivent déjà à l’idée de remporter la loterie.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Cole Caufield

Le premier choix du Canadien en 2019 (15e au total), Cole Caufield, à sa première expérience au Championnat mondial junior, s’est fait discret. À la surprise de plusieurs, il jouait au sein de la deuxième vague en supériorité numérique malgré ses quatre buts contre l’Allemagne lors de la dernière rencontre préparatoire et de ses succès à Wisconsin.

Trois fois, les Américains ont compté sur la première vague avant qu’il ne touche la glace, et deux fois est-il entré en scène avec une vingtaine de secondes à faire en supériorité numérique.

On l’a aussi séparé de son centre habituel, Alex Turcotte, un duo pourtant fort efficace à Wisconsin. À cinq contre cinq, il y avait très peu d’espace sur la glace; Caufield n’a jamais été en mesure de se démarquer ou d’obtenir une occasion de marquer.

Les attentes sont rendues tellement élevées envers lui qu’un match sans but de sa part constitue presque une déception, puisqu’il en a eu 12 en 18 matchs à sa première année à Wisconsin. Il a aussi marqué 72 buts en 64 matchs l’an dernier avec le programme de développement américain, sans oublier ses 14 buts en sept matchs au Championnat mondial des moins de 18 ans le printemps dernier.

C’est un match seulement. Et il a 18 ans. Voyons comment il rebondira.

Un autre espoir du CH, Jordan Harris, a bien fait au sein de la première paire de défense des Américains avec le capitaine Mattias Samuelsson.

AP

Quinton Byfield et Jordan Harris lors du match de jeudi.

Harris, un choix de troisième ronde en 2018, connaît une progression impressionnante. Il n’était pas sur les radars de USA Hockey avant cette année. Non seulement est-il déjà un pilier à Northeastern, mais il a gravi les échelons avec l’équipe américaine junior rapidement. Gaucher, on lui demande de jouer à droite contre les meilleurs éléments adverses en raison de la pénurie de défenseurs droitiers. On aura l’occasion d’en reparler d’ici la fin du tournoi.

À noter : André Tourigny a peut-être sauvé le match pour le Canada derrière le banc de son équipe en fin de rencontre en attrapant au vol une rondelle qui se dirigeait vers les estrades. Il a ainsi évité une punition car la rondelle avait été balayée au préalable par un joueur canadien. Le Canada aurait terminé le match en infériorité numérique et donné ainsi une chance aux Américains de provoquer l’égalité.