C’est bien connu, le temps d’utilisation fait foi de tout au hockey. Un joueur s’illustre ? Il augmente ses chances d’être employé dans les deux premiers trios, au sein des deux premiers duos de défenseurs. Et s’il montre des aptitudes offensives, on le verra aussi en avantage numérique.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

C’est avec ce type de gratification que les entraîneurs gèrent leurs effectifs. C’est ce qui a permis, par exemple, au joueur de soutien Jordan Weal de se retrouver en avantage numérique l’an dernier.

À l’inverse, quand des éléments s’essoufflent, ils perdent certains privilèges. C’est de cette façon qu’Alex Galchenyuk s’était jadis retrouvé au sein du quatrième bloc, comme on le dit au pays de Cristobal Huet.

Et le désavantage numérique ? Le rôle ingrat par excellence pour ceux qui en font partie. Entendons-nous : ceux qui y excellent en retirent une fierté certaine.

Mais entendons-nous sur cet autre point : on connaît bien peu d’enfants dont le rêve consiste à devenir des spécialistes du désavantage numérique. Pour un ensemble de raisons, la menace de réduire le temps d’utilisation n’a pas exactement le même effet.

Ce qui nous amène au Canadien, dont le désavantage numérique (67,6 %) vient au 30e rang de la LNH. Sur 31 équipes, doit-on rappeler. À l’entraînement hier, les duos d’attaquants restaient inchangés, malgré ces problèmes. Phillip Danault et Artturi Lehkonen. Nate Thompson et Joel Armia. Paul Byron et Nick Suzuki.

Claude Julien a-t-il vraiment d’autres options ? Il doit préserver trois attaquants offensifs qu’il peut envoyer sur la patinoire dès l’expiration de la pénalité. C’est pourquoi Max Domi, Jonathan Drouin et Tomas Tatar, par exemple, n’ont jamais joué en désavantage depuis qu’ils sont dans la LNH.

Jesperi Kotkaniemi ? Il y viendra sans doute un jour, mais à 19 ans, il apprivoise encore la grande ligue.

Brendan Gallagher ? Il s’est fait exploser les os de la main à deux reprises en bloquant des tirs. Et s’il devait subir une nouvelle fracture en se jetant devant une garnotte de Brent Burns ? L’émeute qui en découlerait au Centre Bell ferait un bon scénario de film, aucun doute.

La parole à Julien

Alors quelles sont les solutions ? De la vidéo et du travail sur la patinoire, afin de s’assurer que chacun comprenne son rôle, car trop souvent, les joueurs ne couvrent pas l’adversaire ou le bout de patinoire qui leur est assigné.

Rien de sorcier. Le même message, mais un autre messager : Claude Julien. C’est l’entraîneur-chef, plutôt que Luke Richardson, qui a animé la séance de vidéo et les exercices sur la patinoire.

« Quand tu travailles avec d’autres entraîneurs, c’est parce que tu as confiance en eux. Tu les laisses faire leur travail, a rappelé Julien. L’entraîneur responsable du désavantage, c’est le même que l’an passé, qui avait fait du bon travail. Et l’entraîneur en charge de l’avantage numérique cette année [Kirk Muller], c’est le même que l’an passé.

« Il y a des hauts et des bas. Quand tu vois une situation où tu dois intervenir, tu le fais. Peut-être que mon message, quand j’interviens, est plus agressif que celui de l’adjoint. L’adjoint, ça ne fait pas partie de son travail. Ça fait partie du mien. Ce n’est pas [une critique] du travail de l’adjoint, c’est [une façon d’obtenir] l’attention des joueurs. »

Vérification faite auprès de Jeff Petry, l’implication de Julien semble avoir eu l’effet escompté.

En général, ce n’est pas Claude qui s’occupe de la séance de vidéo du désavantage numérique la veille du match, ce sont plutôt les adjoints. Le temps était venu de nous envoyer un message et c’est à nous de le saisir. Le message était nettement plus direct [hier].

Jeff Petry

« L’an passé, on a vécu l’inverse. L’avantage numérique nous faisait perdre des matchs et perdre notre rythme pendant les matchs. Cette saison, c’est ce qui se passe avec le désavantage numérique. Ils ont cinq joueurs, on en a quatre ; c’est normal qu’ils marquent des buts. Mais 11 buts après 10 matchs, c’est quelque chose qu’il faut améliorer. »

Il ne s’agit pas d’une première pour Julien. L’an dernier, il s’était impliqué à fond dans l’avantage numérique lors d’un entraînement, quand cette unité éprouvait des difficultés. Mais il était intervenu fin janvier. Les résultats avaient été probants à court terme (4 buts en 19 occasions dans les six matchs qui ont suivi), mais le naturel allait ensuite revenir au galop.

Cette fois, son intervention survient très tôt dans la saison. Il devra espérer des résultats plus durables que l’an dernier, car le scénario commence à ressembler à celui de 2018-2019 : une équipe forte à cinq contre cinq, mais plombée par une des deux unités spéciales.

Les précédents

Remarquez qu’un mauvais désavantage numérique n’est pas une fatalité en soi. Chaque année, au moins une équipe se faufile en séries malgré des difficultés dans cet aspect.

Les cas des trois dernières années étaient toutefois le fait d’équipes dotées de force de frappe offensive. C’était le trio de Nathan MacKinnon avec l’Avalanche l’an dernier, les 102 points de Claude Giroux à Philadelphie il y a deux ans, Patrick Kane à Chicago avant cela.

Et il y a surtout le fait que les équipes de Julien ont historiquement connu du succès en désavantage. Dans les huit dernières années, si on exclut la 30e place de l’atroce saison 2017-2018, ses équipes n’ont jamais fait pire que le 12e rang. La campagne 2016-2017 est sans doute la plus fascinante : les Bruins étaient deuxièmes quand ils ont congédié Julien, tandis que le CH a pointé au premier rang de la LNH du moment où il a été embauché (le 14 février) jusqu’au terme du calendrier.

« Claude a toujours tiré de la fierté de son désavantage numérique, a rappelé Gallagher. Ça fait partie de l’identité des équipes qu’il dirige depuis le début de sa carrière. Il comprend bien cet aspect du jeu. »

Prochain match : Maple Leafs c. Canadien, ce soir, 19 h, au Centre Bell