L’ajout le plus intrigant que les Sharks de San Jose ont fait l’été dernier, ce n’est pas sur la patinoire du Centre Bell ce soir que vous le verrez. On le croisera plutôt sur les passerelles de presse, quand il ne travaillera pas carrément de chez lui.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Cet ajout, c’est Ned Colletti.

Le même Ned Colletti qui a été directeur général des Dodgers de Los Angeles de 2006 à 2014. Celui qui a rappelé Russell Martin dans les majeures pour la première fois. Celui qui a pris la déchirante décision de laisser partir Éric Gagné après que les blessures l’eurent rattrapé.

L’homme de 65 ans sera désormais dépisteur professionnel pour les Sharks.

« À différents moments, j’étais proche des trois organisations de la Californie, raconte Colletti au bout du fil. Je connais Doug Wilson [directeur général des Sharks] depuis l’époque où il jouait à Chicago.

« Quand j’étais DG des Dodgers, j’allais souvent voir Dean Lombardi à Los Angeles, car les Kings s’entraînaient à 15 minutes de chez moi. J’assistais dans leurs rencontres de dépisteurs. Je suis aussi devenu proche de Brian Burke quand il était DG des Ducks.

« On a souvent parlé des défis qui venaient avec notre poste. Il pouvait y avoir des différences, comme un plafond salarial plutôt qu’une taxe de luxe. Mais les défis étaient les mêmes. Tu dois trouver des gens en qui tu peux avoir confiance, qui vont se sacrifier et qui ne seront pas égoïstes. »

Jean Béliveau en haute estime

Il faut comprendre que même s’il a fait carrière au baseball pendant 35 ans, chez les Dodgers, les Giants de San Francisco et les Cubs de Chicago, Colletti était d’abord et avant tout un amateur de hockey. C’est dans son Chicago natal qu’il est tombé amoureux du sport.

« Quand j’étais petit, les matchs à domicile des Blackhawks n’étaient pas télédiffusés, mais ceux sur la route l’étaient. Donc je les regardais à Hockey Night in Canada. »

J’étais peut-être le seul enfant de Chicago qui allait à la patinoire du coin avec un chandail de Jean Béliveau sur le dos ! On jouait sur une rivière, au parc, peu importe : c’était toujours ce chandail que je portais.

Ned Colletti

Dans les années 80, pendant qu’il travaillait pour les Cubs et que l’équipe était à Montréal pour y affronter les Expos, il a profité d’un trou dans son horaire pour aller rencontrer M. Béliveau à son bureau du Forum, sans même avoir rendez-vous. C’était, dit-il, le début d’une longue relation.

Colletti possédait même à son bureau une photo autographiée du « gros Bill ». La façon dont il l’a obtenue démontre bien la passion qu’il avait pour le hockey, même à l’époque où il travaillait dans le baseball.

« C’était il y a une douzaine d’années, je faisais un voyage de hockey dans l’Ouest canadien avec mes enfants. À ce moment-là, j’avais déjà reçu des lettres de M. Béliveau, mais pas de photo. Il y avait un encan au Saddledome de Calgary. Parmi les articles en vente, il y avait une grosse photo autographiée de lui. Je reconnaissais très bien sa signature.

« J’ai misé et je l’ai finalement gagnée. Mais comme c’était au début du voyage, j’ai dû la traîner avec moi tout le long. Je l’ai mise sur le siège arrière de l’auto. Alors quand je me retournais, il y avait mes enfants, et la photo de M. Béliveau entre les deux ! »

Neuf équipes à l’œil

Concrètement, le travail de Colletti consistera à épier neuf équipes : le Lightning de Tampa Bay, les Panthers de la Floride, de même que les équipes de la division Métropolitaine, à l’exception des Blue Jackets de Columbus. Il devra aussi avoir à l’œil les filiales de la Ligue américaine de ces équipes.

« J’aurai un ou deux matchs à suivre par jour, surtout à la télévision. Mais si une des équipes que je suis joue en Arizona ou à Anaheim, je pourrai y aller sur place. C’est beaucoup de travail, mais c’est comme ça que j’aime ça !

« Tout le monde a sa propre définition du travail. Je n’ai jamais considéré que ce que je faisais était du travail. Je suis un passionné. Je ne m’investis jamais dans quelque chose qui ne me passionne pas. Et j’aime l’esprit de compétition. J’ai grandi dans une petite maison de 900 pieds carrés où on n’avait que des céréales à manger. Il fallait que je compétitionne dans la vie et je l’ai appris à ce moment-là. »

NED COLLETTI SUR…

Éric Gagné
Avant de devenir directeur général des Dodgers, Colletti était adjoint au directeur général chez l’ennemi juré, les Giants de San Francisco. Il a donc été aux premières loges pour les glorieuses saisons d’Éric Gagné comme releveur de fin de match des Dodgers, de 2002 à 2004. Gagné était ralenti par les blessures quand Colletti a débarqué à Los Angeles, si bien qu’il n’a effectué que deux présences en 2006. « Je détestais entendre Welcome to the Jungle quand Éric s’amenait dans un match. Je l’ai entendue si souvent, je la détestais ! Et quand j’ai eu l’emploi chez les Dodgers, je l’ai seulement entendue deux fois… »

Russell Martin
C’est sous Colletti qu’un autre Québécois, Russell Martin, a commencé à faire sa marque dans les ligues majeures de baseball. C’est en effet en 2006 que Martin a été rappelé pour une première fois, et s’est aussitôt établi à temps plein. C’était le début d’une glorieuse carrière pour le receveur, marquée jusqu’ici par une participation aux séries dans 10 de ses 14 saisons. « C’était un joueur très important pour nous, souligne Colletti. Au baseball, il est plutôt rare de nommer un capitaine. Mais j’avais eu des discussions avec les propriétaires des Dodgers pour le nommer capitaine. Je ne sais même pas s’il est au courant ! À la base, c’étai un joueur d’avant-champ, qui présentait une belle combinaison de puissance et de vitesse. Il est devenu un excellent receveur. »