Pendant des décennies, les Canucks de Vancouver ont constitué les cancres du repêchage.  

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

En 15 ans, entre 2000 et 2014, ils ont repêché seulement cinq joueurs d’impact : Bo Horvat (2013), Cory Schneider et Alexander Edler (2004), Ryan Kesler (2003), Kevin Bieksa (2002) et R.J. Umberger (2001). Ce dernier a néanmoins été échangé pour Martin Rucinsky avant d’atteindre la Ligue nationale.  

Remarquez ce vide entre 2005 et 2012. Huit longues années de sécheresses. Qui expliquent leurs cinq exclusions des séries lors des six dernières années, et le fait qu’ils n’aient pas remporté une seule ronde éliminatoire depuis leur participation à la finale de la Coupe Stanley en 2011. 

Tout recruteur peut se tromper. Mais quand les erreurs se succèdent, elles mettent l’organisation dans le bourbier. On ne pouvait évidemment pas prévoir le triste décès prématuré du premier choix de l’équipe en 2005, Luc Bourdon. 

En 2006, l’équipe a fait la même erreur que le Canadien : ignorer Claude Giroux. Michael Grabner, contrairement à David Fischer, a atteint la LNH au moins. Mais il s’agit d’un autre jeune échangé trop rapidement par Vancouver. Il a changé d’équipe six fois au cours de sa carrière et connu une seule grosse saison.

En 2007, Patrick White a été repêché en fin de première ronde devant David Perron. La dizaine de joueurs choisis par la suite n’ont pas connu une grande carrière, mais P.K. Subban était encore disponible. 

En 2008, Cody Hodgson, longtemps considéré comme un super espoir pour les Canucks, a été préféré à Tyler Myers, Erik Karlsson, Michael Del Zotto, Jordan Eberle et surtout John Carlson. 

On a misé à nouveau sur le mauvais cheval en 2009, Jordan Schroeder devant Marcus Johansson, Kyle Palmieri, Ryan O’Reilly et Jakob Silfverberg. 

Les Canucks n’ont pas repêché avant la quatrième ronde en 2010. Le choix de première a été sacrifié (avec Grabner) pour Keith Ballard, celui de deuxième pour Steve Bernier et le troisième pour Andrew Alberts. 

Même scénario en 2011. Niklas Jensen, 31 matchs en carrière dans la LNH, a été préféré à Rickard Rakell, Scott Mayfield, Boone Jenner, Brandon Saad, John Gibson, William Karlsson et Nikita Kucherov. Rater son coup dans une cuvée aussi riche demeure impardonnable.

En 2012, Brendan Gaunce a constitué le premier choix en fin de première ronde. Deux rangs devant Brady Skjei. Il n’y avait pas beaucoup de profondeur cette année-là, mais Damon Severson et Jake McCabe ont été repêchés en deuxième ronde, tout comme Shayne Gostisbehere, Esa Lindell, Colton Parayko, Frederik Andersen et Matt Murray en troisième ronde. 

Alexandre Mallet, de l’Océanic de Rimouski, a été choisi avant tous ces choix de troisième ronde. Il n’a jamais atteint la Ligue nationale et ne s’est pas établi dans la Ligue américaine. Il poursuit sa carrière en République tchèque.

L’équipe de recruteurs des Canucks a réussi un rare bon coup en 2013 en repêchant au 10e rang leur éventuel capitaine Bo Horvat. Mais leur second choix de première ronde, Hunter Shinkaruk, n’a jamais percé. On aurait été mieux avec Shea Theodore, J.T. Compher ou Artturi Lehkonen.

Le repêchage de 2014 a fait encore plus mal. On a repêché Jake Virtanen au sixième rang devant William Nylander, Nikolaj Ehlers, Dylan Larkin, Alex Tuch, Travis Sanheim et Nick Schmaltz. Jared McCann a constitué le deuxième choix de cette première ronde, un rang devant David Pastrnak. On semble au moins avoir trouvé le gardien d’avenir en deuxième ronde, Thatcher Demko. 

Les Canucks ont longtemps hésité à se départir de leur recruteur en chef, Ron Delorme, en poste depuis 2000 justement. Jim Benning a finalement eu le courage de le dégommer à son entrée en poste à titre de DG en 2014. Son successeur Eric Crawford n’a pas duré très longtemps. 

On a enfin trouvé le bon homme, Jude Brackett, en 2016. Brackett a effectué une grande purge un an plus tard en 2017 en congédiant 40% des recruteurs de l’organisation. 

Était-ce lié au choix du défenseur Olli Juolevi, le meilleur arrière disponible au cinquième rang en 2016 selon une majorité d'observateurs? Quatre ans après avoir été repêché, Juolevi est toujours dans la Ligue américaine. Certaines rumeurs avaient laissé entendre que sa progression avait été ralentie par sa dépendance aux jeux vidéos, mais la direction de l'équipe a toujours nié cette information.

Juolevi est le seul joueur repêché parmi le top 15 en 2016 à ne pas avoir disputé de match dans la LNH. Il a été choisi tout juste devant Matthew Tkachuk, des Flames. Mikhail Sergachev, Charlie McAvoy, Jakob Chychrun et Dennis Cholowski, quatre défenseurs repêchés après lui, sont déjà bien implantés dans la Ligue nationale.

Mais lors des repêchages de 2017 et 2018, avec un personnel à son goût, Brackett et les Canucks ont frappé fort : Elias Pettersson au cinquième rang et Quinn Hughes au septième rang un an plus tard. 

Il suffit parfois de peu pour relancer une organisation. 

On ne criera pas victoire trop vite, mais les Canucks ont remporté six de leurs neuf premiers matchs. Pettersson, 20 ans, a dix points à ses neuf premiers matchs après une saison de 66 points en 71 matchs l’an dernier. 

PHOTO BEN NELMS, LA PRESSE CANADIENNE

Elias Pettersson

Hughes, un défenseur gaucher de 20 ans seulement, mon choix pour le Canadien lors du repêchage malgré les performances de Jesperi Kotkaniemi, est déjà utilisé plus de 20 minutes par match. Il a amassé six points à ses neuf premières rencontres, avec une fiche de +3.

Brock Boeser, 22 ans, choix de première ronde en 2015, a sept points en neuf matchs. Il en a marqué 26 et 29 à ses deux premières saisons. 

Ed Willes, du quotidien Vancouver Province, a raison ce matin de parler du plus grand succès du DG Jim Benning depuis son entrée en poste : la restructuration de son groupe de recruteurs. Les années de vaches maigres sont sans doute terminées à Vancouver. 

Ron Delorme, lui, demeure muet depuis sa mise à l’écart. Il n’a pas voulu s’adresser aux journalistes même lors de son entrée au Temple de la renommée du hockey de la Saskatchewan l’an dernier. Malgré ses insuccès à Vancouver, il a constitué une grande inspiration pour les membres des Premières Nations. 

Je l’avais rencontré sur la réserve de Kahnawake lors d’une interview avec Gino Odjick il y a plusieurs années. Gino, un ancien joueur des Canucks, le regardait avec une admiration touchante. Il en était fier.

C’est probablement la victoire la plus importante de toutes pour Ron Delorme.

À lire

Le knockout subi par Paul Byron en mars, lors d'un combat inutile pour répondre supposément de ses actes, a-t-il affecté le jeu de celui-ci ? Richard Labbé a raison de poser la question. Il en parle avec le principal intéressé.